vendredi 2 mai 2014

Sables - Chapitre 18

Bonjour tous, me revoilà avec le chapitre 18. Je suis heureuse de vous annoncer ma réussite au camp NaNo d'avril avec 10537 mots d'écrit, soit 3 chapitres. Je ne pense pas garder ce rythme mais je vais tenter d'écrire régulièrement ! J'espère que ce chapitre vous plaira et merci à Laku !!



Chapitre 18

Le Sharav fend les dunes mouvantes, laissant derrière lui une écume de sable qui s’efface presque aussitôt, engloutie par les rafales de vents qui talonnent le navire. Dans la traîne, des Sirènes encore jeunes jouent en espérant quelques rejets biologiques du vaisseau. L’inclinaison de la planète en cette saison fait que les Jumeaux ont moins de puissance, ils lancent des rayons rougeoyants sur les roches qui émergent occasionnellement du sable.  Les hommes d’équipage, une bonne vingtaine de gars sans attache, ont été embauché à l'oasis pour remplacer les blessés ou manquants. Leur formation par les anciens membres du vaisseau se fait sur le tas, de même que la sélection. Varga et Sura sont les deux seules femmes à bord. La radio crépite en continu alors que Bethlehem cherche à joindre amis et connaissances pour prêter main forte ou soutien dans l’entreprise de sauvetage. Il veut reprendre contact avec ses anciennes connaissances au pied de City-hall, dans les bidonvilles à la sortie des évacuations en tous genres. En effet, une fois chassé de la ville, il est quasi-impossible d’y entrer de nouveau. Elle est autonome et n’ouvre ses portes que pour les échanges commerciaux strictement surveillés. L’exception sera pour le convoyage de Hurlevent, le prisonnier le plus recherché de la planète.
Chaque ville vit en autarcie et s’étend sur plusieurs centaines de kilomètres carrés. Les dômes sont immenses, créant un écosystème équivalent à une planète de classe M, qui regroupe toute les caractéristiques de viabilité pour les humains (oxygène, météorologique…). Toutes les cultures et l’agriculture sont robotisées. Les villes sont situées au centre du dôme, tout en hauteur. La population est régulièrement régulée pour éviter la surpopulation. Les gens utiles sont gardés, les autres expulsés par les conduits d’évacuation. Ceux qui survivent à la Descente doivent survivre dans les bidonvilles. Peu y arrivent : entre les blessures, les maladies, le manque de nourriture et surtout la puissance des Jumeaux… ceux qui partent pour les oasis sont les Parias. D'autres, encore moins nombreux, décident de rejoindre les mines, trop rudes et trop lointaines. Les villes-bulles sont si énormes que les bidonvilles sont séparés en quartiers. Chaque quartier a sa propre hiérarchie, ses propres lois et sa propre façon de vivre. Certains sont très pieux, d’autres sont dirigés par des gangs… une reproduction des villes-bulles en plus extrême encore.
Pendant tout le voyage vers City-hall, Tem leur a révélé son monde jusqu’à sa rencontre avec Kelvin et Amaury. Lui-même est né libre et n'a connu que le désert. Sa mère, quant à elle, venait de la ville. Elle a survécu à la Descente mais a perdu sa beauté en se brûlant une partie du visage et du dos. Traquée par les violeurs de chair, elle s’est réfugiée dans cette communauté où on lui assurait protection et soin contre sa matrice. Elle a donné naissance à dix-huit enfants de douze pères différents. Seulement dix ont survécu. Elle est morte lorsque Tem atteignit l’adolescence. Il n’en n’a ressenti aucun réel chagrin puisque depuis sa naissance, il avait été élevé par les hommes de la communauté religieuse. Pourtant, il n’a jamais réussi à « croire ». Il répétait et appliquait les préceptes de ses maîtres, mais plus par automatisme et mimétisme, sans en comprendre le fond. Ses professeurs n’arrivaient pas à endiguer son besoin profond de connaissance. Bethlehem s’intéressait à tout, lisait tous les livres qu’il trouvait alors que ceux-ci étaient particulièrement rares ! Ne sachant plus quoi faire, les hommes envoyèrent l’adolescent chez la seule autre personne à son niveau : Yapee. Il vivait en marge de la communauté au plus près du désert. Malgré la difficulté de communication, les deux hommes s’entendirent rapidement. Chacun apprit de l’autre. Ils commencèrent la rénovation d’un squelette de vaisseau, fouillant les débris et chassant le métal. En soudoyant les autres clans, ils récupérèrent technologie et matériel. Pourtant leur entreprise était vouée à l’échec. Comment trouver les pièces maîtresses d'un vaisseau qui n’est disponible qu’à l’intérieur de la ville-bulle ? C’est au retour d’une de leur expédition dans la plus grande des décharges qu’ils assistèrent à la Descente d’une dizaine de corps. Tous morts, ce qui arrivait malheureusement souvent. Mais alors qu’ils allaient faire demi-tour, une autre Descente se produisit. Une Descente imprévue. Deux corps imbriqués l’un dans l’autre, se serrant à étouffer. Deux corps en vie mais sérieusement blessés. Deux corps qu’ils ramenèrent chez Yapee.
Pourquoi s’embarrasser de deux privilégiés des villes-bulles ? Pourquoi soigner ceux-ci alors qu’ils auraient pu tout aussi bien les laisser mourir sur place… ou survivre ? La question n’a jamais été soulevée. C’était ainsi. Il fallut plusieurs jours aux deux blessés pour reprendre connaissance et plusieurs semaines pour être en mesure de bouger. Les blessures étaient très laides et infectées. Leurs emplacements laissaient entrevoir le sadisme de leurs bourreaux, pourtant aucune des deux personnes n’en n’a jamais parlé. Que s’était-il donc passé au-dessus ? Cette question aussi resta silencieuse.
Finalement la vie de Tem et Yapee reprit son cours malgré la présence de leurs deux nouveaux colocataires. Au début, troublé par la spécificité biologique de Kelvin, et ne sachant s’il fallait parler de lui au féminin ou au masculin, ce dernier trancha. Il avait été femme dans son autre vie, il serait homme dans celle-ci. Le projet de Yapee rapprocha les quatre hommes, l’activité étant préférable à la morosité, ils s’investirent tous dans la construction du vaisseau, pièce après pièce, boulons après boulon… un projet qui mit pratiquement deux ans à voir le jour. Au fil du temps d’autres personnes se joignirent à eux, l’information faisant écho. Construire un navire à partir de rien, un projet fou !
C'est Par une nuit entre Perpétuité et Tempêtes qu’Amaury devint Hurlevent. Il revint avec un moteur à pierres à carburant pour le vaisseau. Le cœur du navire. Le cœur du Khamsin. Juste avant le lever des Jumeaux, le vaisseau fendit les dunes pour la première fois. À son bord, l’équipage était au complet. Son but : la vengeance et la liberté.

Le Sharav stationne derrière une dune encore stable malgré les rafales d’une violence folle d’une des tornades annonçant la période des Tempêtes. Tem vérifie une dernière fois ses cadrans ainsi que ses relevés.
— Nous n’irons pas plus loin. Nous sommes à la limite des lasers de contrôle. Il faudra faire le reste du chemin sur les Chags.
La vigie se gratte sous l’oreille gauche, à l’emplacement d’un pansement sous lequel se trouve la puce sous-cutanée introduite par Borges. Il regarde Varga qui est inquiète, puis Kelvin qui hoche la tête dans sa direction, un léger sourire aux lèvres. Un coup d’œil de l’autre coté lui permet de voir Saxxon. Sa peau et ses cheveux sont redevenus comme avant. Il a les yeux à moitié fermés mais est attentif à tout. Bethlehem prend une grande inspiration un peu nerveuse. Il se sent parcouru de milliers de fourmis puis souffle en fermant les yeux. A présent, c’est à lui de jouer. Le jeune homme repousse soudain son siège.
— Il faut y aller à présent. Profitons de la nuit. Si la communauté n’a pas bougé, nous aurons un point d’ancrage ; sinon il faudra faire par nos propres moyens. La communauté est pacifique mais autant être prêts. Prenez des armes facilement dissimulables. Le plus dur sera d’entrer en ville. Ensuite…
Kelvin se lève à son tour.
— Ensuite je m’occupe du reste. Je sais où frapper pour avoir mes réponses.
Varga hoche la tête.
— Bien. De toute façon, on n’a plus le choix. Hurlevent est le capitaine et nous le sauverons.
— … ou bien nous mourrons en essayant.
— C’est cela la loyauté, oui.
La femme capitaine sourit à Tem qui a lancé la réplique. Elle agite la main.
— Préparez-vous, la tempête sera sur nous dans moins de deux cycles. Autant s’en servir pour s’approcher sans être repéré.
Moins de deux cycles plus tard, les Chags s’élancent à travers les dunes, cachés par les nuages de sables. La visibilité est quasi-nulle, une bénédiction pour eux qui se faufilent entre les lasers de sécurité. Il leur faudra au moins quatre cycles pour atteindre les bordures des bidonvilles, là où l’aventure commence vraiment.

Le silence… puis le froid. Voilà les deux premières impressions de Hurlevent. Sans ouvrir les yeux, il tente de capter le moindre bruit qui lui indiquerait son lieu de résidence. Il sait qu’il est allongé. Qu’il y a de la lumière mais tamisée en biais de lui. Pourtant une chose le dérange… quelque chose qu’il n’a pas ressenti depuis longtemps. Quelque chose de tellement flou, qui lui échappe. Un grincement le fait se tendre. La porte s’ouvre. Le capitaine reste immobile. Une voix résonne. Cette voix. Cette voix qu’il haït.
— Je sais que tu es réveillé, Amaury. Inutile de jouer les plus malins avec moi, je t’ai tout appris.
Amaury s’assoit sur sa couche, un sourire torve au visage. Il sait exactement où il se trouve à présent.
— Marcus, ça fait un bail !
— Tu n’es pas content de me voir, on dirait ? J’ai pourtant sué sang et eau pour que tu rentres à la maison, petit frère.
— Je suis plus âgé que toi.
— Oui, de trois minutes. Maman s’est fait tellement de souci.
— L’ironie te va mal, Marcus. Nous savons parfaitement toi et moi que ce qui intéresse maman n’est rien d’autre qu’elle-même.
Marcus, qui était à contre jour, s’avance dans la petite pièce. La lumière éclaire son visage en tout point semblable à celui d’Amaury. La seule différence visible de leur physionomie est la longueur des cheveux du capitaine pirate. Même le bouc récent d’Amaury est le même que celui de Marcus.
— Allez, rentrons à la maison. Tout cela n'a que trop duré.
— Je ne rentrerai pas.
La claque fuse, laissant le pirate à bout de souffle et la joue en feu.
— Écoute-moi bien, espèce de connard, tu vas venir avec moi et reprendre ton rôle là où tu l’as laissé. J’ai étouffé l’affaire et fait de toi un malade en cure de repos. Nous avons des choses à faire et tu sais que tu dois les faire. Tu ne peux plus reculer ou t’enfuir. Ta catin est considérée comme morte. Reprends ton rôle !
Amaury tourne lentement la tête pour faire face à son jumeau.
— Non.
Un sourire fugace éclaire le visage de Marcus.
— Maintenant que tu es ici, conscient ou non, tu vas le faire. Je peux te droguer, tu sais. Alors, que choisis-tu ?

Le vent empêche pratiquement les hommes d’avancer. Ils ont laissé les Chags dans un hangar en pierre renforcé d’acier, et se dirigent maintenant vers la plus grosse des cahutes de la communauté. Ils sont obligés de se tenir les uns aux autres pour parcourir la centaine de mètres qui sépare les deux endroits. Leur combinaison noire les protège mais le sable aiguisé s’insinue tout de même entre leur peau et le tissu mêlé de kevlar. Enfin, ils arrivent près de la porte. Après une négociation à travers le judas, on les laisse entrer. La maison est longue et large. Dedans est regroupée toute la communauté. Hommes, femmes, enfants, tous dévisagent les nouveaux arrivants. Tem est le premier a ôter sa capuche, libérant ses cheveux fous. Ses yeux scrutent la foule à la recherche d’un visage connu à défaut d’être amical. Quand enfin il repère quelqu’un, il s’avance d’un pas, s’adressant à lui.
— Bonsoir Père Refaèl.
L’homme auquel Tem s’adresse est grand et maigre, tout comme lui. Sa barbe est longue et pointue, lui arrivant à la poitrine. Son visage est strié de ridules légères, accusant l’âge de grand père. Ses yeux d’un brun profond sont quant à eux, trop sombres. Ils s’assombrissent plus encore lorsqu’il découvre les deux hommes derrière lui. Refaèl quitte sa chaise pour s’avancer dans le silence de la salle.
— Tu n’es pas le bienvenu ici, Bethlehem ! Surtout avec ta putain et un étranger.
— Depuis quand la communauté n’accepte plus d’aider les voyageurs ? Le cœur des tes dieux est-il devenu si sec et  vide ?
— N’insulte pas mes dieux dans ma maison ! Cette communauté t’a fait confiance, ainsi qu’à l’ancien. Cela ne nous a apporté que des ennuis ! Mais tu ne t’es jamais soucié de nous qui t’avons donné la vie et élevé ! Tu t’es accoquiné avec de mauvaises gens, tu a péché avec ta putain venue de la ville, tu nous a tourné le dos ! Tu as tourné le dos à tes Dieux !
Bethlehem ferme les yeux, les points serrés. Il s’attendait à ce genre de réaction de la part des anciens. À quoi bon argumenter contre eux qui sont si sûrs de leur vie. Le jeune vigie sent derrière lui la tension de Kelvin mais ne peut rien faire pour lui venir en aide. Lorsqu’il va ouvrir la bouche, Saxxon le rejoint.
— Je m’appelle Saxxon Brûlepierre. Je viens de la mine de Narval. Nous ne voulons qu’un toit pour cette nuit. Nous partirons après la tempête. Considérez-nous comme simplement de passage.
— Tu es autant mineur que je suis athée, Saxxon Brûlepierre. As-tu un dieu ?
Saxxon étire ses lèvres.
— Si avoir un dieu est de croire en lui, de s’abandonner à sa volonté… alors j’en ai un.
Tem et Kelvin le regardent avec étonnement. Ses paroles sont aussi claires qu’elles sont ambiguës. Que s’était-il passé depuis leur descente dans les grottes ? Refael toise l’ancien mineur.
— Que venez-vous faire ici, Parias ?
Cette fois-ci la question s’adresse à tous. Saxxon prend de nouveau la parole.
— Comme nous te le disons, nous sommes de passage. Juste le temps de nous reposer un temps ou deux. Ensuite nous partirons.
— Quel risque pour nous de vous héberger ?
— Aucun, car personne ne sait que nous sommes là. Si jamais la question était posée, hé bien la vérité est le mieux. Trois hommes de passage.
— Notre communauté refuse le mensonge, Brûlepierre. Que répondrons-nous si les questions deviennent plus pressantes ?
— La vérité. Donc nous ne dirons rien de plus.
Saxxon hoche la tête, tout aussi calmement. Sa posture décontractée n’est en rien menaçante, il dégage simplement de la force et de la sérénité. Le rire cynique du gardien du troupeau retentit.
— Bethlehem vient de chez nous. Et nous connaissons bien sa putain !
Saxxon fronce les sourcils.
— Cessez de l’appeler comme cela. J’aurais presque envie de dire que derrière le dégoût que tu mets dans ces mots, se cache de la concupiscence.
— Comment oses-tu… ?
— De la même façon que tu traite mon ami de putain.
Un silence de mort tombe sur la pièce. Le religieux et l’ancien mineur se toisent. Kelvin secoue la tête.
— C’est bon Saxxon, j’ai eu l’habitude.
— Ce n’est pas une raison.
L’analyste a un sourire amer mais n’ajoute rien. Saxxon sort d’une bourse cachée dans sa combinaison quelques grains de pierre à carburant. Il les dépose dans une assiette vide.
— Une nuit, à manger, de l’eau et du matériel. Pas de question, pas d’insinuation.
Un murmure général traverse la salle. Les grains de pierre à carburant brillent dans la pénombre. Refael rafle les graines dans un grognement.
— Il reste de la place en bout de table, là-bas avec les enfants.
Tem grimace sous l’affront. Mettre des adultes avec des enfants c’est ne pas reconnaître leur âge. Sans s’émouvoir, Saxxon traverse la salle vers la table occupée par une quinzaine d’enfants. Il les salue d’un mouvement de tête. Ceux-ci le dévisagent bouche bée. Il est rejoint par Kelvin qui s’installe a ses coté, libérant ses cheveux blond cendré et Tem. Progressivement les conversations reprennent. Les enfants sont tous des garçons, âgés de cinq à quinze ans. Les filles étant avec les femmes à l’autre bout de la pièce. Leurs traits ne sont pas apparentés à une ethnie mais leurs yeux brillent de la même curiosité.
— Vous êtes des pirates ?
Le petit garçon d’environ huit ans qui vient de parler est penché vers Tem. Ses joues rondouillardes sont roses d'impertinence, d’excitation et de curiosité. Bethlehem sourit.
— Vrai de vrai.
— Alors vous avez des armes. Vous avez déjà tué quelqu’un ?
Cette fois-ci la voix cassée par la mue vient d’un jeune homme châtain clair qui semble le plus âgé du groupe. Kelvin hoche la tête.
— Oui.
— Même vous, madame ?
Un garçon ressemblant à Tem regarde Kelvin avec de grands yeux remplis d’incrédulité. Cela arrache un sourire à l’analyste.
— Pour sauver ma vie et celles de mon capitaine.
— Qui est le capitaine ? Vous ?
Saxxon secoue la tête alors que le garçonnet qui a posé la question répond par une moue boudeuse.
— Vous avez déjà vu des Karmaï ?
Les questions ne s’arrêtent plus. Tout y passe : la faune, la flore, les mines, les oasis, les armes… La cloche sonne la fin du repas. Les enfants se lèvent puis débarrassent les tables tandis que les adultes se réunissent par petits groupes autour des braseros. Au dehors le vent souffle, faisant trembler les toits. Les trois hommes s’installent à leur tour autour d’un petit feu, faisant une dernière fois le récapitulatif de leur plan. Une fois celui-ci établi, Kelvin soupire en se massant la nuque.
— Difficile de revenir ici… et de se faire appeler « madame ».
Il passe ses doigts dans ses cheveux pour les lisser. Tem lui enserre les épaules de son bras un instant.
— Je ne me souvenais pas d’un tel manque de connaissance chez les enfants… c’est fou. Ai-je été comme ça un jour ?
La tête de la vigie bouge doucement comme si ses TOC eux-mêmes se sentaient nostalgiques.
— Tu ne peux rien pour eux, Tem. Ce sont leur choix et leur mode de vie. Certains partiront comme toi, la majorité restera. Mais ce choix ne t’appartient pas.
— Je sais, Kelvin, je sais. Ça m’effraie un peu.
— Pourquoi donc ? Ils sont en sécurité et ils ont à manger. Des petites biosphères pour avoir des légumes. Ils sont beaucoup plus heureux que la majorité des habitants des oasis ou des mines.
Kelvin lève la main pour interrompre Tem qui ouvre la bouche pour répondre, puis continue sa phrase.
— Et si jamais quelques choses devaient arriver, cela arrivera. Tu ne peux pas sauver le monde entier, ni le porter sur tes épaules. Nous avons déjà quelqu’un à sauver. Il faut déjà voir cela, puis ensuite, si nous sommes encore en vie, si nous en éprouvons le temps ou l’envie, nous pourrons envisager de sauver le monde.
Bethlehem éclate d’un petit rire.
— Toi alors !
Saxxon qui avait gardé les yeux dans les braises desserre lentement le poing qu’il avait fermé depuis leur entrée dans le bâtiment. Au centre, de la poudre mouillée de sang. Il la laisse tomber sur le feu. Celui-ci grésille, change un instant de couleur, augmente en intensité, puis se calme. Il n’a aucune marque dans la paume. Les deux autres le regardent prendre une autre graine de pierre à carburant et la serrer de nouveau dans sa main.
— Qu’est ce que tu fais ?
La voix de Tem est aussi basse qu’une légère brise.
— Je travaille. Je veux voir de quoi je suis capable pour sauver Amaury.
Kelvin se pince les lèvres. Le mineur appelle le capitaine par son prénom. Cela l’ennuie. Il a été le seul à avoir ce droit pendant longtemps. La question fuse dans l’atmosphère tendue.
— Il te baise ?
Saxxon relève la tête vers l’analyste, les yeux écarquillés par la rudesse des mots.
— Non.
— Kelvin !
— Ne joue pas les prudes, Tem. Cela te va très mal.
Puis revenant vers le mineur.
— Tu l’aimes ?
Saxxon réfléchit.
— Cela changerait quelque chose ?
— C’est un « oui » ?
En réponse le mineur hausse les épaules. Il reprend les contractions de son poing en se murant dans un silence. Irrité, Kelvin reprend.
— Amaury n’aime personne.
— Moi non plus.
L’analyste plisse les yeux à cette réponse plus qu’agaçante du mineur. Tem intervient, posant sa main sur l’épaule de son compagnon.
— C’est assez. Saxxon a raison et tu le sais.
Kelvin foudroie Tem du regard, avant de s’adoucir.
— C’est vrai, j’ai tendance à trop le materner.
Saxxon lève les yeux au plafond.
— La tempête faiblit, préparons-nous.

1 commentaire:

  1. Aah Saxxon est reposant ! Un peu trop, j'aimerai le secouer de la tête aux pieds pour qu'il réagisse un peu plus mais bon il est ainsi. . . En tout cas je ne comprend pas Amaury est l'homme le plus recherché pourtant son frère sous entend qu'il a trompé tout le monde de son absence et qu'il doit revenir faire on sait pas trop quoi. . . bref c'est encore bien flou tout ça !

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