dimanche 6 avril 2014

Sables - Chapitre 16



Salut à Tous !
Le mois d'avril c'est le mois du camp NaNo ! C'est a dire que je me suis donner l'objectif d'écrire 10.000 mots en un mois. C'est à dire que c'est l'équivalent de 2 à 3 chapitres. J'ai écris ce chapitre en 5 jours. Si je pouvais garder le rythme... ça serait plus que bien ! Merci à Laku pour la correction rapide. Je vous réserve des surprises pour les chapitres à venir ! 
Bonne lecture !!

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Les Saures sont d’immenses reptiles qui ressemblent à des lézards géants. Quatre mètres au garrot, long de six, douze avec leur queue armée de cornes. Leur utilisation est multiple : Vivants ils servent pour le transport, la guerre, les ports de charge, l’allaitement, les soins. Morts, tout est utiliser autant la viande que les os ou les cornes sans oublier les viscères ou la graisse. Pour le moment, Anir et d’autres Atréyades, hissés sur leurs animaux, encadrent le saure qui porte Hurlevent et Saxxon. En tout, une dizaine d’animaux progressent entre les dunes brûlantes. Hurlevent est tendu depuis l’apparition des « secours ». Même s’il connaît Anir, les autres lui sont étrangers et les armes qu’ils portent à leur avant-bras ou à leur ceinture ne lui disent rien. Cela vaut également pour les regards qu’ils échangent. Nerveux, le pirate cherche sur sa cuisse l’arme qui aurait dû y être, sa main se referme en poing dans le vide. Derrière lui, Saxxon semble dormir, son corps bouge comme s’il ne faisait qu’un avec l’animal tandis que son regard à demi-clos est fixé sur l’horizon. Les Atréyade leur ont fourni des tenues plus adaptées à la chaleur des Jumeaux, mais malgré l’épaisseur du cuir et des protections, Amaury sent la sueur couler sur son corps. L’odeur de sa propre crasse, de celle de Saxxon ainsi que la puanteur de l’animal le dérange. Il se sent sale. Il est sale. De mauvais souvenirs tentent de remonter à sa mémoire… des associations d’idées qu’il repoussent loin en lui, le rendant encore plus nerveux qu’il ne l’est déjà. Il doit se laver. C’est un impératif ! Les Jumeaux déclinent lentement. Les saures avancent d’un même rythme sans marquer la moindre fatigue. À mesure de la journée, le dos du pirate plus que tendu finit par lui faire mal mais Hurlevent n’ose pas baisser sa garde. Il sent l’hostilité autour de lui. Son instinct lui hurle de se méfier, de partir. Il se crispe, retenant un cri lorsque la main de Saxxon se pose sur sa nuque. Elle bouge lentement en cercle sur ses omoplates. Le pirate siffle agressivement entre ses dents, tournant la tête vers l’autre homme.
— Qu’est ce que tu fous, Brûlepierre ?
La seconde main rejoint la première. Les doigts larges du mineur pétrissent avec puissance le cou et les épaules d’Amaury. Malgré lui, le pirate se détend sous le massage. Il en arrive presque à somnoler à son tour sur la selle confortable des saures. Pourtant toute la sérénité du moment disparaît lorsque d’un mouvement, l’animal lui fait bouger la tête. Amaury rencontre par accident le regarde haineux d’Anir. Dans les yeux noirs du métis brûle un feu intense de rage pure faisant exploser la bulle de bien-être dans laquelle le pirate se trouvait. D’un mouvement d’épaule, Amaury se débarrasse des mains bienfaitrices du mineur avant de se redresser en selle. Le chef du convoi lève la main. Il parle dans la langue gutturale des Atréyades : un mélange de syllabes râpeuses et de consonnes claquantes. Les bêtes s’arrêtent. Amaury ne voit que des dunes et du sable mais apparemment ils sont à destination. Anir approche sa bête de la leur.
— Nous sommes arrivés. Aucun non-Atréyades n’a jamais vu notre camp et ne le verra jamais. Vous allez avoir les yeux bandés.
Deux autres hommes s’approchent, tenant des bandeaux de tissus dans les mains.  Autant Saxxon se laisse faire avec douceur, autant le capitaine rechigne. Les sourcils d’Anir se froncent.
— Dans le désert, ce sont les Atréyades les maîtres. Obéissez Capitaine. Les règles sont les nôtres.
Hurlevent finit par accepter le bandeau. Après vérification, les Atréyades lances des trilles aiguës. Le sol se met à trembler et devant eux, la dune s’ouvre telle une fleur dans une pluie de sable. Le ronronnement des vérins est presque tendre. La dune se fend en quatre, dévoilant les habitations cachées à deux ou trois mètres en contrebas. En effet, le sol a été nivelé et creusé profondément mettant les habitations à fleur d’horizon. Une fois les reptiles arrivés, Les Atréyades font descendre les hommes. Anir ôte les bandeaux d’Amaury et Saxxon. Le capitaine, enregistre ce qu’il voit très rapidement : une succession de tentes en peau et en cuir. Environ une centaine de tentes plantées en cercle, ainsi que des bâtiments fait en pierres taillées dont l’utilité lui échappe. Un claquement sec se fait entendre alors que le dôme, conçu d’une matière translucide se met en place, atténuant ainsi les rayons des Jumeaux. La lumière est plutôt tamisée sous le dôme.
— Nous sommes sous le sable ! C’est merveilleux !
La voix du mineur incite le pirate à reprendre pied. Autour d’eux, la vie qui avait suspendue son cours à l’arrivée du convoi, reprend lentement mais dans une ambiance feutrée : pas de cris, pas de voix forte ou de rire, aucun enfant qui joue de façon turbulente. Anir sourit à Saxxon.
— Nous effleurons la surface.
— C’est ainsi depuis toujours ?
La bouche d’Anir prend un pli amer alors qu’il se positionne entre Hurlevent qui vient de parler et Saxxon.
— Il semblerait, oui.
— Vraiment ingénieux.
— Vous puez, Capitaine.
Les deux hommes échangent un regard peu amène.
— Merci de me le rappeler. Comment faites-vous ici ?
— Nous nous baignons, Capitaine.
Amaury toise le métis. Il commence à ouvrir la bouche dans le but de réprimander le jeune homme lorsqu’une femme s’approche. Elle est belle, de race pure autant que Sura. Mais là où le visage de la femme d’Hurlevent est d’une beauté diabolique, celui de l’arrivante est plus serein. Pourtant le regard d’un noir profond est sans équivoque. Elle commande et entend se faire obéir. Elle semble plus âgée qu’Amaury mais avec sa peau lisse et ses cheveux naturellement blanc, il est difficile de le déterminer. Sa tenue est un mélange de peau de saure et de tissu thermique. Elle tient fermement un bâton taillé et coloré qui est le symbole de sa fonction, quelle qu’elle soit. Elle prend la parole. Son phrasé est hésitant et emplie de l’accent râpeux des Atréyades.
— Je suis Tacia. Vous êtes chez moi ici. Rare sont les visiteurs autres que les nôtres. Ici ce sont mes règles et mes lois. Vous êtes des étrangers, vous ne connaissez pas tout. Je serai clémente s’il arrivait une erreur mais jusqu’à un certain point. Venez.
Sans attendre un mot des deux hommes, elle fait volte-face pour s’enfoncer dans le camp. Saxxon et Amaury lui emboîtent le pas, encouragé par Anir qui marche respectueusement deux pas derrière la femme. Arrivés au centre du village et des tentes, la femme monte sur une pierre plate taillée en sphère. Son bâton cogne contre la roche en trois coups clairs qui semble se répercuter partout autour d’elle. Les gens ainsi prévenus, s’avancent jusqu’à former un cercle autour de la femme. Elle montre Amaury et Saxxon du doigt, parle rapidement dans la langue des habitants du désert, lève les bras puis fait une succession de geste. Elle frappe de nouveau la pierre avec le bâton et les gens disparaissent entre les tentes. Anir prend la parole.
— Elle a dit aux miens que…
— Je parle Atréyade, j’ai compris.
— Vous peut-être, Capitaine, mais pas Saxxon.
Le métis tourne délibérément le dos à Amaury, touchant le bras de Saxxon qui baisse les yeux vers lui. Anir reprend doucement.
— Elle leur a dit que vous logerez chez nous un moment avant de poursuivre votre route. Vous logerez à la tente des invités et vous avez le droit d’aller librement dans le camp mais accompagnés. Nous aussi avons des secrets. Et il est demandé à ceux qui savent parler la langue générale de la parler en votre présence.
La main du mineur effleure le creux du poignet du jeune homme en souriant.
— C’est normal. Guide-nous Anir. Nous avons besoin de nous laver, de manger et de vêtements propres.
— Dormir ne serait pas un luxe non plus.
La voix du capitaine est railleuse. Anir fusille Amaury mais c’est Saxxon qui intervient.
— Pas de dispute. Nous devons parler et ça ne se fera qu’après que nos besoins biologiques soient satisfaits. Montre-nous le chemin, Ahouvi.
Le sourire qui étire les lèvres du métis est digne d’un levé des Jumeaux. Les joues café au lait d’Anir se foncent sous les rougeurs tandis qu’il prend la direction extérieure des cercles de tente. Amaury regard le mineur avec étonnement, puis les lèvres pincées.
— Tu parles Atréyade, Mineur ?
— Quelques mots. Suffisamment pour calmer la situation. Tu as besoin de repos et de te détendre, Amaury.
Saxxon emboîte le pas d’Anir et quelques instants après, Amaury les suit également. L’utilisation de son prénom a stupéfié le capitaine, plus qu’il n’aurait dû. Alors qu’ils traversent l’autre partie du campement, Amaury s’interroge tandis que les larges épaules de Saxxon le précèdent. Comment se fait-il que le mineur sache quoi dire à quel moment. Il a réussi à désamorcer la situation qui s’envenimait en deux phrases. Normalement, pour le peu qu’il en savait, les Primaires étaient de la chair à canon, plus que des machines à penser. Saxxon est-il vraiment un Primaire ? Autre chose ? Dans ce cas, qui est-il ou qu'est-il  ? Amaury fait vaguement attention aux indications d’Anir qui n’a d’yeux que pour « amour ». Quel surnom ridicule, surtout entre hommes. Ils arrivent devant un groupement de tentes plus petites que les autres, un peu à l’écart. Anir ouvre le battant de peau de la première.
— Les tentes des visiteurs. Elles ne sont pas très spacieuses mais normalement elles possèdent un bon confort. Choisissez-en une chacun. Un peu d’intimité fera du bien à tout le monde.
Ensuite il montre un bâtiment de pierre à quelques mètres de là.
— Ce sont les commodités. Il s’agit autant d’un lieu d’aisance qu’une salle de bain. Mais pas de panique, l’un et l’autre sont propres et séparés.
Saxxon regarde avec insistance le bâtiment.
— Il y a de l’eau si près de sol ? Et elle ne s’évapore pas ?
— Les Saures survivent grâce à leur faculté à trouver des points d’eau. La bâche qui nous protège est faite avec les intestins et les estomacs des Saures. La nature est très bien faite.
Saxxon et Amaury lève les yeux vers le dôme. En effet, il semble veiné de fibres bleutées et lié par de fines coutures piquées avec précision. Leur attention est dirigée une nouvelle fois vers le bâtiment en pierre désigné par Anir qui les y entraîne. Il leur montre le lieu d’aisance rapidement, puis leur montre la partie bain. L’eau est boueuse au possible.
— C’est de l’eau argileuse. Il faut s’y plonger totalement pour que le corps, la tête et même les cheveux soient recouverts de boue. Ensuite il faut la faire sécher en s’installant sur l’un des bancs ici. Une fois qu’elle est sèche, elle se décroche d’une simple friction. Il ne reste plus qu’à remplir des seaux d’eau, attendre que la glaise retombe au fond pour se rincer en entier. Il y a aussi des outils de rasage ainsi que des miroirs dans cette pièce. Pour les vêtements, vous porterez les habits traditionnels. Nous discuterons ensuite autour d’un bon repas. Je ne suis que le porte-parole ici et Tacia est l’ancienne. Vous parlerez avec notre dirigeant. L’heure est marquée d’un coup de gong tout les deux temps. Retrouvez-moi au rond central dans trois coups pour manger. Profitez de ce laps pour vous laver et dormir.
Le métis sourit à Saxxon avant de faire demi-tour après un rapide hochement de tête envers le capitaine. Ce dernier le suit du regard alors qu’il disparaît entre les tentes.
— Il est différent de sur le Khamsin. Il n’est plus l’Anir que je connais.
— Peut-être ne l’as-tu jamais connu.
— Il m’a surtout bien dupé en ne me montrant qu’un jeune homme introverti et discret. Rien à voir avec ce qu’il est parmi les siens.
— Son statut de métis y est sûrement pour quelque chose.
— Il n’y a pas de racisme sur mon vaisseau, Brûlepierre ! C’est justement une des conditions pour y être accepté.
Le sourcil de Saxxon se lève d’incrédulité mais il n’ajoute rien. Il pousse le rabat de l'une des tentes.
— Je prends celle-ci. Profitons un peu du moment pour prendre du repos.
— Je vais surtout aller me laver. Je déteste être sale, c’est au-dessus de mes forces.
Sans plus attendre, le capitaine se dirige vers les thermes. L’obscurité de la nuit est là, pourtant le camp continue son activité à la lueur de lampes à pierre à carburant qui s’allument progressivement. Le capitaine touche la pierre. Elle est chaude sous ses doigts. L’odeur de l’eau est présente ainsi que son clapotis. À présent pressé de se décrasser, Amaury se précipite presque à l’intérieur. Il y fait sombre et l’endroit est assez exigu. Il n’en découvre que des détails sommaires grâce à la lampe qui vient de s’allumer à quelques pas de lui : Un carré de pierre au sol, délimite le bassin. En se serrant, quatre hommes peuvent y tenir pour se détendre mais non se laver. Le capitaine trouve un cordon sur sa droite qu’il tire, allumant une lampe. Elle inonde la pièce d’une lueur vive. L’eau du bassin est claire à la surface mais bouillonne en dessous. Une légère vapeur s’en échappe, à l’odeur minérale.  Amaury se dévêt rapidement, jetant ses vêtements dans un coin puis s’enfonce avec précaution dans l’eau. Elle est presque trop chaude pour sa peau pâle qu’il en a la chair de poule. Son pied s’enfonce dans la terre, douce sous lui, s’enfonçant jusqu’à mi-mollet. Au moindre mouvement, celle-ci se mêle à l’eau, créant un mélange particulier de glaise qui colle et s’étale sur la peau, telle de la peinture liquide. D’abord méfiant, le capitaine se laisse vite conquérir, étalant avec bonheur la boue sur son torse, son visage, ses cheveux. Il sort de l’eau pour s’occuper du reste de son corps. Il n’est plus qu’un homme de boue, un Golem des légendes d’ailleurs. Amaury sent la glaise le recouvrir, s’accrocher aux poils de sa barbe et de son torse, couler le long de son dos, s’insinuant entre ses fesses ou autour de son sexe mutilé. Le liquide épais s’enroule comme un serpent sur ses cuisses et ses mollets dans une lenteur toute sensuelle. Le sexe d’Amaury sursaute légèrement, ce qui le fait sourire. L’homme s’allonge ensuite sur la pierre plate et chaude, permettant ainsi à la boue de sécher sur lui. Il est nu, ses cheveux longs s’étalent comme une corolle autour de sa tête tandis qu’il est simplement recouvert d’une fine pellicule de boue. Bras et jambes en croix, il ferme les yeux, totalement vulnérable, acceptant ce sentiment. Une sensation qu’il n’a pas éprouvée depuis longtemps. L’homme se dit qu’il accepterait l’homme ou la femme qui se présenterait à cet instant pour réclamer son corps. Cela lui arrache un autre sourire qui se change en léger rire. Le rire finit par envahir l’espace, libérateur. Amaury se calme progressivement et ferme les yeux. De toute façon la terre sèche freine le moindre mouvement, faisant s’effriter l’argile. Amaury reste encore un temps complet sur la pierre puis il se rince en puisant de l’eau claire de la surface à l’aide d’un seau. Une fois cela fait, le pirate passe sa main sur son visage. Il décide de s’occuper de sa barbe qu’il commence à avoir hirsute. Il décide de ne garder qu’un léger bouc. L’homme remarque avec amusement que sa peau a bronzé sous les Jumeaux mais qu’il n’a aucun coup de soleil. Encore une anomalie à imputer à Saxxon. Comment ont-ils survécu sous les Jumeaux ? Combien de temps y sont-ils restés ? Amaury rechigne à renfiler ses vêtements qu’il renifle avec dégoût. Leur odeur lui donne un léger haut-le-cœur. Hors de question qu’il les remette tant qu’ils n’ont pas été lavés. Prenant ce qui semble être un poncho, il s’y enroule le temps de traverser l’espace qui le sépare de la tente qu’il a choisi. La tente est assez grande sans être colossale. Du sol au plafond, tout est recouvert de tapis épais tressés dans un matériau étrange, teint aux couleurs allant du rouge sang à l’ocre puis aux verts. La tente se découpe en trois parties. Une pièce principale où trône une table en pierre taillée à même le sol, entourée de tabourets en os cachés sous les tapis. Au fond, derrière un rideau épais d’un rouge cramoisi retenue par un cordon, se trouve le coin « lit » : un entassement de coussins, couvertures, tapis qui semblent moelleux à souhait. L’endroit est assez grand pour y faire dormir une famille. La troisième pièce, plutôt un réduit d’ailleurs, est sûrement le lieu pour ranger les bagages des visiteurs.
— Plutôt pas mal.
Le sourire aux lèvres, le capitaine fait le tour de son domaine pour les cycles à venir. Il découvre une malle qu’il soulève. À L’intérieur se trouve des vêtements ainsi que des objets du quotidien d’une technologie rustique mais bien présente. Le communicateur à ondes courtes pourrait lui être utile s’il arrivait à le trafiquer pour émettre jusqu’à l’oasis où se trouve son équipage. Le stylet sonique pourrait servir d’arme s’il arrivait à augmenter sa puissance. Amaury fait encore des découvertes utiles, puis il décide de prendre du repos. Gardant le stylet réglé au maximum de sa puissance à portée de main, il s’allonge enfin sur les coussins, s’abandonnant au sommeil.

Les muscles puissants du large dos du mineur bougent avec aisance alors que ses reins plongent entre les cuisses brunes d’Anir. La naissance de ses fesses se découvre tandis que les draps qui le couvre glissent sur le coté. Le dos de Saxxon est étrangement brun, la sueur longe la colonne vertébrale et s’écrase contre la peau tendue des hanches. Les deux hommes soupirent de plaisir. Le va-et-vient de leur corps est contrôlé alors que pointe l’urgence de la jouissance. Les mains du métis s’accrochent aux bras scarifiés du mineur, ses chevilles se nouent au creux de son dos, ses soupirs se changent en gémissement plus prononcés. Saxxon jette sa tête en arrière dans un ultime spasme. Sa chevelure noire est striée de blanc. Le cri d’Anir qui arrive juste ensuite prévient de l’extase du jeune homme. Ils se regardent dans les yeux, Anir souriant tandis qu’il essuie la pellicule de sueur sur le front de Saxxon.
— Tu es étonnant, Saxxon Brûlepierre.
— C’est un compliment, j’espère ?
Saxxon roule sur le dos à coté d’Anir, repoussant les draps pour permettre à son corps de respirer. Après s’être essuyé sommairement, Anir en profite pour allumer un bol d’huile odorante et ainsi avoir de la lumière. Il revient près du mineur, se rehaussant sur son coude. De sa main libre, il dessine la peau du torse de Saxxon.
— Ta peau est brune comme la mienne… mais pas entièrement. Cela fait comme une tâche qui s’élargit. Tes cheveux et tes poils aussi deviennent blancs. Qui es-tu, Saxxon ? Tu es en train de devenir un Atréyade. Même les mots secrets, tu les connais. J’ai mis trois jours à retrouver ta trace avec l’aide des Saures… trois jours ! Je pensais retrouver vos cadavres. Comment as-tu fais sans eau, sans protection et en portant le capitaine ?
La main qui dessinait les taches sur le torse, descend sur le ventre, frôlant les poils pubiens entre blancs et noirs, finissant sur le sexe encore gonflé mais au repos. Saxxon prend la main qui le caresse pour l’embrasser, puis la poser entre eux.
— Le capitaine pense que je suis un Primaire. Je n’ai aucun souvenir de comment je suis sorti de la champignonnière et de comment je suis arrivé au milieu du désert. Je ne sais pas ce qui est arrivé à Cormoris ni comment tu as réussi, à ton tour, à nous retrouver. Je me pose autant de question que toi, tu sais.
Le silence se fait entre les deux hommes. Anir reprend la conversation.
— J’étais juste derrière toi à la sortie des tunnels, mais quelques pas plus loin. J’ai eu la chance que ma peau noire recouverte de poudre m’ait cachée à la vue des agresseurs. J’ai attendu et écouté. Cormoris a vendu le capitaine pour la prime. Soit pour payer ses dettes, soit pour acheter encore plus de drogue. Je l’ai vu ensuite quand je me suis faufilé. Il ne vivra pas vieux. Il a déjà les furoncles autour du nez et de la bouche. Les mineurs sont peu nombreux, j’ai attendu la nuit pour joindre les Atréyades avec un combiné à ondes courtes. J’ai vu qu’il y avait des traces de passage de Saures. Mais tu t’es échappé avant leur arrivée. La porte a explosé, tu as foncé avec le capitaine sur toi, tu as résisté aux autres et même aux tirs de tazer. Je n’ai jamais rien vu de tel ! Tu es…
— Tu as peur de moi ?
Le rire d’Anir lui répond.
— Tu crois que je ferais l’amour avec toi si tu me faisais peur ?
— Ce n’est qu’un acte biologique de bien-être, tu sais.
Anir se redresse d’un coup, dévisageant Saxxon entre incrédulité et colère.
— C’est ce que tu penses ?
La voix du métis monte dans les aiguës. Saxxon se tourne vers lui, touchant le visage encore jeune du mécano.
— Je ne suis pas totalement humain, tu le sais. Je ressens les choses différemment. J’aime faire l’amour avec toi. J’ai aimé ressentir du plaisir avec toi. Je sais à présent que mon manque d’empathie est lié à ce que je suis. Regarde ma peau et les cheveux. Explique-moi pourquoi je deviens Atréyade… physiquement. Pourquoi  est-ce que je protège le capitaine et que je deviens presque une machine quand il est en danger ?
Saxxon fait face au jeune homme, son visage impassible légèrement plissé de contrariété.
— Je veux savoir, Anir.
Anir baisse la tête.
— Je… je ne sais pas. Je ne sais pas qui tu es mais je m’en fiche ! Je veux que tu reste ici, avec moi.
— J’irai avec le capitaine.
— C’est trop tard…. Je suis désolé.
— Trop tard ? Comment ça ?
Anir pince les lèvres.
— Il est en route vers City-Hall accompagné des Marshals.
La main de Saxxon se referme sur la gorge du jeune homme, serrant jusqu’à lui couper le souffle. Les mains d’Anir agrippent celle du mineur pour l’obliger à lâcher, griffant la peau. Saxxon relâche la prise légèrement.
— Qu’as-tu fais, Anir ?
— Les Atréyades doivent s’adapter pour survivre… nous sommes un peuple mourant. La capture d’Hurlevent assure notre protection par un traité.
— Traitre.
Saxxon le repousse sur le lit. Il se lève et s’habille. Anir se frotte la gorge, se la racle.
— Cela dépend de quel point de vue tu te place. Je t’aime Saxxon. Je pensais que tu m’aimais et que tu resterais avec moi.
— Je ne connais pas ce mot. Tu vas me donner un moyen d’aller à City-Hall.
— City-Hall est à plus d’un mois à dos de Saure. Tu ne tiendras pas une semaine et mourras en chemin.
Le mineur sangle sa combinaison de désert, passant au dessus une protection Atréyade. Il rejoint le lit où le jeune homme est à genou, les yeux trop brillants. Il lui sourit en lui caressant la joue.
— Tu as raison, tes choix sont différents des miens. Tu as agi pour le bien d’autres que toi et j’agis de même.
— Comment fais-tu pour être aussi calme ?
Un sourire étire les lèvres du mineur.
— Je ne suis pas humain. Je ne pense pas comme toi et ne ressens pas comme toi. Pourtant je comprends ce qui t’anime puisque c’est ce que j’ai au fond de moi.
Du pouce, il essuie le coin de l’œil droit du métis. Sa voix est plus douce encore.
— Aide-moi, Anir.
Celui-ci pince les lèvres, sans le regarder dans les yeux. Ses mains se serrent sur les draps avant qu’il ne prenne sa décision en abandonnant toutes résistances.
— Nous allons contacter l’oasis. L’équipage de Hurlevent doit y être. Un jour à dos de Saure d’ici. Ils sauront quoi faire.
— Merci. Tu viens avec moi ?
Un sourire triste glisse sur les lèvres d’Anir.
— Et souffrir à chaque fois que je te regarderai parler au capitaine ? Ou finir étripé par l’un des membres d’équipage ? Non. J’ai fait mon choix. Ma vie est ici. Le traité entre mon peuple et City-Hall est signé. Ce qui arrive si Hurlevent s’échappe ne me concerne plus.
Saxxon aide Anir à quitter le lit. Tout est dit. Les Jumeaux pointent à l’horizon tandis que Saxxon quitte le campement à dos de Saure avec suffisamment de vivres et d’eau pour tenir jusqu’à l’oasis.

1 commentaire:

  1. Se sont un peu les indiens du désert les atréyades ! Bon on comprend mieux ce qu'il c'est passé et la fin de cette relation nous est imposé de façon évidente. C'était sympa, un petit moment de romance dans toute cette guerre pour souffler un peu ! Mais même si j'aime beaucoup Anir, je préfère toujours Amaury :p

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