lundi 6 janvier 2014

Sables - Chapitre 13



Bonjour et bonne année 2014 ! Mes meilleurs vœux pour vous (amour, réussite, argent, santé, bonheur...). Je suis heureuse de vous retrouver pour une nouvelle année. Sables entame maintenant son 7e mois de publication. J'espère que l'histoire vous plait toujours ! Si vous voulez lire quelques bonus concernant l'histoire, vous trouverez sur ma page facebook des interviews des personnages. Vous pouvez aussi me retrouver moi aussi en interview. Interviewé par Vera Sayad pour une radio (dans l'encart de droite). Pour les amoureux de lecture numérique, j'ai pu mettre Natalh - Transition sur Kobo et Kindle et toujours disponible aussi chez lulu. com.
En attendant, je vous laisse retrouver nos héros. Je classe ce chapitre en +18. A vos commentaires !
TTFN !

— Encore un petit effort, Anir. Je vois le bout du tunnel.
La voix de Saxxon est étouffée par les parois rapprochées du tunnel. Depuis un temps, le groupe progresse à quatre pattes. La roche de couleur rouille les entoure et les larges épaules du mineur frottent de chaque côté, délogeant une poussière âcre à l’odeur ferreuse. Il leur a fallu grimper à hauteur d’homme sur la paroi du lac pour trouver une ouverture vers la suite de leur parcours. Depuis, ils avancent tant bien que mal dans cet étroit boyau. La respiration d’Anir est rauque et superficielle alors qu’il essaie de contenir une crise de claustrophobie. Il rampe plus qu’il n’avance derrière Saxxon, le capitaine le suit et Cormoris ferme la marche, tirant les sacs à l’aide d’une corde. La progression est malaisée mais n’ayant pas le choix, les hommes persévèrent. La poussière de fer agresse le nez et la gorge, les faisant éternuer et tousser à intervalles réguliers. Puis, après ce qui semble un temps infini à Anir, ils débouchent enfin vers la sortie. L’un après l’autre, ils se redressent. Pas besoin de lumière artificielle dans cette partie du souterrain. Les murs sont recouverts d’une espèce de mousse fluorescente d’un vert laiteux. La salle est immense autant en longueur qu’en hauteur. Du plafond, culminant à plus d’une dizaine de mètres, pendent des stalactites allant de la plus fine aiguille au plus épais pilier. Du sol monte tout autant de stalagmites. Parfois certains se rejoignent pour ne former qu’un seul corps. Une odeur d’humus apporte à la fois de la fraîcheur et de l’écœurement. Mais le plus impressionnant pour ces hommes habitués au sol désertique, à la roche sèche et aride, est la pluie. Une pluie fine et constante. Un nuage de gouttes d’eau en suspension ou dévalant les excroissances rocheuses. Toute l’immense salle résonne de ce bruit insolite sous terre. Les hommes restent sans voix. Puis le ton bougon de Cormoris troue le silence relatif.
— On va encore être trempés ! Pas sûr qu’on puisse se sécher cette fois.
Le regard insistant qu’il porte sur Saxxon, fait hausser les épaules à ce dernier.
— Il y a toujours des solutions.
Hurlevent se retourne pour observer le boyau par où ils sont sortis. Il secoue la tête.
— Impossible que les blessés passent par là. Il n’y a pas d’autre chemin, Brûlepierre ?
— Tu l’as vu autant que moi, Pirate. Tu l’as dit toi-même. Il n’y a que trois solutions pour ton équipage : survivre en restant à Longrand, passer par le sous-sol ou bien avoir de l’aide extérieure. As-tu si peu confiance en tes hommes ?
Hurlevent le défie du regard.
— J’ai toute confiance en eux, moins en cette foutue planète.
Le regard du pirate se plisse, défiant une fois de plus Saxxon de parler sur le traître devant Cormoris et Anir. Une nouvelle fois Saxxon garde le silence. Le capitaine s’approche d’Anir, posant une main sur son épaule.
— Tu te sens comment ?
— Bien mieux, Capitaine. Je m’en veux de vous retarder comme ça.
Le pirate lui sourit gentiment.
— Cela ne se contrôle pas, c’est rien.
Il lui tend une barre énergétique sucrée.
— Mange et bois. Pareil vous autres.
Cormoris s’exécute de bonne grâce alors que Saxxon regarde autour d’eux.
— Chut. Il faut parler à voix basse. Là où il y a de l’eau et de la flore, il y a forcément des animaux. À savoir si ce sont des créatures dangereuses ou non. Autant être prudent.
En réponse à cela, Cormoris réajuste le laser qu’il porte à la ceinture. Le groupe se met de nouveau en marche, plus prudent que jamais. La pente douce les amène sur un sol argileux, glissant à cause de l’eau en condensation. La progression est lente. La salle est tellement immense que les hommes ont l’impression de faire du surplace. Leurs pieds dérapent sur le sol glissant. Rapidement, ils se retrouvent recouverts de gouttelettes qui roulent sur leurs combinaisons. Ces dernières luisent mais résistent à l’invasion de l’humidité… pour le moment. Anir baille, se frottant les yeux. Cormoris, voyant le manège, éclate de rire, vite stoppé par le regard noir du capitaine. Il finit par glousser en sourdine.
— Alors gamin, tu t’endors ?
Anir secoue la tête.
— C’est le bruit… C’est apaisant. Je n’en ai jamais entendu de pareil.
— Tu es un grand sensible. C’en est presque… touchant.
Le ton est ironique ainsi que le sourire de l’artilleur. Saxxon regarde le métis se recroqueviller sur lui-même, baissant la tête. Il lui prend la main, la serrant un instant sans parler. En récompense, le mineur a le droit au léger sourire du mécano. Le capitaine hausse un sourcil devant la proximité d’Anir et Saxxon. Il observe Cormoris qui a repris la marche, plus en avant. Les paroles du mineur reviennent dans sa mémoire. Maintenant qu’il est au cœur des mines, à plusieurs kilomètres de toute vie, il peut prendre le temps de réfléchir. Ses yeux s’égarent tout autour de lui. Le grandiose du paysage est à couper le souffle, loin du désert infini et du sable brulant. L’eau bruisse lentement, il la sent sur son visage qui semble se dilater sous cet afflux d’hydratation. Les murs brillent d’une lueur fantomatique, rendant les ombres plus vivantes que jamais. Trop vivantes. Le capitaine se fige, sifflant doucement pour prévenir les trois autres. Hurlevent plisse les yeux. Les ombres grouillent de vie. Il est rapidement rejoint par Cormoris qui se met en position de défense, Anir et Saxxon juste à côté. Ils fixent les ombres.
— Écoutez !
La voix de Saxxon les fige tous. En effet, au bout d’un moment, une sorte de chuintement retentit légèrement. Puis un tapotement régulier, comme une cavalcade. Parfois quelques claquements. Soudain, un trait sombre attire le regard des hommes, trop rapide pour être réellement identifié.
— Qu’est-ce que c’était ?
Anir se rapproche de Saxxon.
— Là encore ! Par les Jumeaux, c’est…
Hurlevent coupe Cormoris.
— Des insectes ? Ils sont énormes !
À cet instant, une nuée de ces insectes sort de l’ombre, se ruant vers les murs lumineux. Le cri de Cormoris retentit, suivi d’un tir de laser. Le trait lumineux se répercute contre la paroi, disparaissant dans les ténèbres. En réponse, les insectes se roulent en boule, se laissant tomber du plafond telle une pluie de cailloux. En-dessous, les quatre hommes se protègent comme ils peuvent.
— Ce sont des cloportes, pas des insectes ! Vite, partons d’ici. Leur carapace est aussi dure qu’un petit rocher, on va se faire assommer !
Ils prennent leurs jambes à leur cou, s’enfuyant sous l’averse de cloportes. Certains les percutent, leur faisant lâcher des cris de douleur, d’autres roulent entre leurs jambes, les faisant trébucher. Une carapace plus aiguisée qu’une autre entaille la joue d’Hurlevent. Cormoris vacille alors qu’un des crustacés s’écrase sur son nez, faisant jaillir le sang. Saxxon semble passer à travers, tirant Anir dans son sillage. La pluie de cloportes se tarie rapidement, laissant les hommes à bout de souffle quelques centaines de mètres plus loin. Aussi vite qu’elles sont apparues, les bêtes disparaissent. Saxxon traîne Cormoris vers une petite cuvette naturelle, épongeant le sang comme il peut. Anir, de son côté, s’occupe de la joue du capitaine. Après plusieurs hésitations, Anir jette un rapide coup d’œil à Saxxon et Cormoris qui se trouvent à quelques pas. Il tamponne délicatement la joue.
— Capitaine, il faut que je vous parle… de Saxxon.
La voix du métis est basse. Hurlevent baisse les yeux vers le jeune homme avant de lâcher un grognement d’acquiescement. Il vérifie également que les deux hommes ne peuvent pas les entendre. Anir avale sa salive avant de continuer.
— Borges m’a demandé de le surveiller. Surveiller la guérison de ses mains.
— Et alors ? Ça se passe mal ?
Anir secoue la tête.
— Non, Capitaine, au contraire. Cela se passe trop bien. L’accident du Khamsin a eu lieu il y a à peu près une semaine et ses mains sont quasi complètement guéries. Comme la chute qu’il a faite quand vous l’avez arrêté. Normalement, un homme n’aurait pas pu survivre sans quelques os brisés. Lui n’a quasi rien eu. Borges… Borges pense que c’est un Primaire.
En disant ces mots, Anir baisse les yeux et la voix. Il sent le capitaine se raidir près de lui.
— Un… Primaire ? Tu es sûr ?
Le métis secoue la tête.
— Borges l’est. Moi je n’en sais rien. Les Primaires ne quittent jamais les villes-bulles. Ils ne peuvent pas vivre à l’extérieur. Puis Saxxon n’a pas le physique pour en être un. Il est comme nous.
— Un Primaire…
Le capitaine reste pensif un long moment, laissant Anir finir de le soigner. Il lui sourit gentiment.
— N’y pense plus. Borges doit certainement se tromper.
Anir hoche la tête. Les deux hommes rejoignent Saxxon et Cormoris. Ce dernier râle alors que Saxxon lui applique une compresse humide sur le nez.
— Saloperie ! Non mais plus jamais je ne mettrais les pieds dans ces foutues grottes ! C’est un monde de dingue ! Aïe ! Vas-y mollo, le bouseux !
Saxxon fronce les sourcils, appuyant plus fort sur le visage de l’artilleur qui couine un peu plus.
— J’ai dû mal entendre. Tu as dis quelque chose ?
L’artilleur se débat, repoussant le mineur qui ne bouge pas d’un centimètre.
— Tu me fais mal ! Évite de me prendre de haut, gamin. J’en ai maté des plus costauds que toi !
— CORMORIS !
La voix de Hurlevent résonne dans la haute grotte, faisant fuir les cloportes comme un nuage noir sous la tempête. L’artilleur se fige, fusille Saxxon du regard, son nez saignant de plus belle. Sa mâchoire se crispe alors qu’il serre les dents. Le capitaine se dresse de toute sa taille devant son subordonné.
— Tu te calmes à présent ! Nous sommes dans le même merdier, tous autant que nous sommes mais nous devons avancer. Qu’est-ce qu’il te prend depuis hier ?
Cormoris garde le silence, le regard fixe devant lui, sans pour autant voir son supérieur. Le capitaine fronce les sourcils.
— Je te connais, Cormoris. Qu’est-ce qui se passe ? Tu sais garder ton sang-froid en toutes circonstances. Là, j’ai l’impression que tu cherches les embrouilles.
L’homme ferme les yeux un instant en lâchant son souffle, puis fixe pour de bon son capitaine.
— Cela ne se reproduira pas, Capitaine. J’ai hâte de sortir. C’est un lieu que je ne maîtrise pas, je déteste ça.
Hurlevent hoche la tête.
— C’est compréhensible. Nous sommes tous un peu à bout de nerf. Alors dépêchons-nous de quitter cette grotte et de nous mettre au sec.
Une fois les sacs réinstallés sur le dos de leurs propriétaires, le groupe reprend la marche d’un pas rapide. L’eau coule en continue, commençant à s’infiltrer à travers leurs combinaisons. La lumière chiche de la mousse fatigue leurs yeux. Le sol argileux glissant les ralentit. Depuis plusieurs temps, le paysage est identique, l’odeur de végétaux en décomposition est écœurante, la fatigue s’insinue dans leurs corps. Hurlevent trébuche une énième fois, finissant cette fois au sol.
— Il faut se mettre à l’abri. Nous n’en pouvons plus.
Saxxon regarde devant eux, la salle semble s’étirer à l’infini. Puis il se retourne, étudiant leur trajet.
— Nous n’en avons pas fait la moitié.
Anir passe une main sur son visage, à la fois pour ôter l’eau et pour détendre son visage, tiré par la fatigue.
— Mais nous marchons depuis au moins dix temps !
— Treize exactement.
Le mineur sourit à Anir avant de reprendre.
— Il nous faut dormir ici.
Cormoris regarde autour d’eux.
— Quoi ? Ici ? Mais les tentes ne tiendront jamais ! On sera trempés avant demain.
— Cormoris a raison, Brûlepierre.
Saxxon secoue la tête.
— Il suffit de recouvrir les tentes avec l’argile du sol. Cela les alourdira mais empêchera l’eau de s’infiltrer. Nous serons au sec et au chaud au moins pour cette nuit.
— Et demain ?
Saxxon hausse les épaules.
— Demain nous verrons bien, Cormoris.
L’ancien mineur étudie le terrain avant de pointer le doigt vers la paroi de gauche.
— Nous nous mettrons ici. L’eau est moins présente sur les bords et le renflement fera une protection pour nous.
Coincée entre deux énormes piliers faits de la rencontre de stalactites et stalagmites, une excroissance formée grâce à l’écoulement de l’eau sur la roche, réserve une protection précaire mais bien présente au groupe d’explorateurs. Amaury est le premier à se diriger vers l’endroit indiqué. Il l’inspecte à son tour, puis commence à déballer les affaires nécessaires au montage de leur abri. Le groupe se met à l’ouvrage. Le camp est monté en moins d’un temps, puis Saxxon commence à badigeonner les tissus d’argile brune et odorante. Cela lui prend trois temps pour recouvrir convenablement leur nouveau gîte. Anir, quant à lui, décide d’aller chercher de la mousse luminescente pour leur permettre d’économiser leur lampe. Cormoris se désigne pour la cuisine, laissant le capitaine rédiger le journal de bord. Fermé convenablement avec une partie des toiles de tentes, cela leur fait un abri qui chauffe et sèche rapidement grâce au poêle de pierres à carburant. Avec l’autre partie des toiles, ils ont réussi à aménager deux espaces plus intimes à l’intérieur de leur gîte.
Deux temps plus tard, les hommes sont assis autour de leur pitance. Un mélange de poisson et de gruau. Maintenant qu’ils sont au chaud, l’humeur est plus détendue. Les conversations sont légères et décontractées. Les rires fusent régulièrement. Saxxon regarde le jeune Anir assis près de lui. Ce dernier a mis de côté sa timidité même si c’est le plus silencieux du groupe. Puis les yeux du mineur se portent rapidement sur Cormoris sans s’attarder pour finir sur le visage soucieux du capitaine. Des rides de tension marquent le coin de ses yeux et le pli de sa bouche est amer malgré son air décontracté. Le mineur se demande si, un jour, il verra le pirate totalement détendu. Sa main glisse contre celle du métis qui se raidit un court instant. Cormoris continue à parler comme pour combler le silence. Mais ce dernier gagne et les voix s’éteignent. L’agitation de Cormoris est visible par ses mouvements incessants ce qui fait froncer les sourcils du capitaine. L’artilleur a un comportement de plus en plus instable alors que le connaissant depuis quelques années, Amaury était habitué à son contrôle en toutes circonstances. Un crépitement les fait tous sursauter. Un grésillement suit, incompréhensible, tandis qu’Hurlevent sort précipitamment la radio de sa ceinture. Il appuie avec force sur le bouton.
— Ici le Capitaine Hurlevent ! Répétez !
—… taine…ga…rad…che…ver…sis…
Tous se rapprochent de Hurlevent pour tenter de comprendre les paroles de Tem dont l’intonation est reconnaissable.
— Répétez, Khamsin !
— Capitaine… Capi… vous…cevez ?
— Deux sur cinq ! Deux sur cinq !
Un sifflement puissant les éloigne de la radio, tenue à bout de bras par le capitaine, un son de modulation de fréquence, puis des crépitements. La voix de Tem retentit cette fois-ci de façon nette.
— Capitaine, vous me recevez ?
— Impeccable !
— Par les Jumeaux ! Nous avons essayé de vous joindre toute la journée. Comment allez-vous ?
Amaury regarde ses trois compagnons.
— Pas trop mal. Quelques plaies et quelques bosses mais tout est en ordre. Et de votre côté ?
— Nous avons rétabli la liaison radio en mettant une antenne à l’extérieur. Aucune perte à déclarer mais de magnifiques coups de soleil.
Le rire de la vigie les détend tous. Tem reprend.
— Où êtes-vous ?
— Encore sous terre dans une salle immense. Je ne sais pas combien de temps il nous reste pour sortir et rejoindre la mine. Comment vous vous en sortez niveau nourriture ?
— Une équipe est allée chasser et nous a rapportés de la sirène. C’est un peu carne mais nous avons le ventre plein. Nous avons pu contacter Soledad. Il nous récupère d’ici deux cycles.
Le capitaine lâche un discret soupir de soulagement.
— Vous revenez, Capitaine ?
Hurlevent consulte Saxxon du regard. Le mineur secoue la tête.
— Non. Le retour sera trop long et certains passages difficiles. Nous continuons vers la mine. Nous nous retrouverons à l’oasis comme prévu. Tout va bien, sinon ?
— Oui Capitaine. Borges surveille Sura de près. Sa grossesse ne l’empêche pas de faire… hum… ce qu’elle fait d’habitude. Mais ne vous inquiétez pas, Varga assume parfaitement son rôle de capitaine suppléant. Content d’avoir de vos nouvelles, Capitaine. On se faisait du souci.
— Nous avons eu quelques embûches mais pour le moment nous sommes tous entier. Les grottes sont fascinantes.
— Ah… je dois vous laissez. Les batteries sont faibles. À bientôt Capitaine.
— À bientôt Tem.
Un dernier grésillement et la radio s’éteint. Le groupe la regarde un moment en silence avant que le capitaine ne la range.
— Nous voilà rassurés. Il ne nous reste plus qu’à sortir de là au plus vite et rejoindre l’équipage comme prévu. Allons dormir.
Hurlevent rabat la toile de tente du côté droit, faisant signe à Cormoris de venir dans le réduit, laissant Anir et Saxxon le côté gauche. C’est un espace juste assez grand pour que deux corps puissent s’allonger l’un contre l’autre. La température est douce et la glaise sèche agrémentée de quelques couvertures leur fait le lit le plus douillet depuis un moment. Le plus naturellement du monde, le mineur s’installe, invitant Anir à en faire autant. C’est maladroitement que le métis s’allonge, laissant Saxxon rabattre le tissu, les séparant des autres. Aussi raide qu’un piquet, les yeux grands ouverts, Anir regarde le plafond bas de leur abri. Toujours en silence, Saxxon s’allonge à son tour, se tournant vers lui. Le mineur l’observe un moment dans la pénombre, notant la respiration rapide du jeune homme et ses mains crispées sur son ventre. Lentement et sans un mot, Saxxon tend la main. Il la pose sur la joue d’Anir qui hoquète. Puis il tourne le visage de l’Atréyade vers lui, se penche pour lui effleurer les lèvres, lui laissant tout le temps pour s’échapper ou se dérober. La respiration du mécano se coupe alors que Saxxon presse une nouvelle fois ses lèvres contre les siennes. D’un coup, Anir se détend, lâchant son souffle dans un léger gémissement. Entre témérité et timidité, les mains du métis se posent sur le torse puissant de Saxxon, remontant vers son cou pour s’accrocher à sa nuque tandis que le baiser s’approfondit. Leurs corps se rejoignent et s’épousent, leurs bassins se pressent bougeant l’un contre l’autre. Leurs respirations s’accélèrent. Le plaisir monte. Le baiser n’en finit pas. Leurs mains se cherchent, s’étreignent avec force, puis se relâchent alors que le plaisir enfin assouvi, reflue. Allongés l’un contre l’autre, sur le dos, les deux hommes reprennent leur souffle. Leurs doigts s’entremêlent de nouveau entre eux. Aucune parole n’est échangée. Ils savourent le silence après l’explosion de leur sens. Puis Anir tourne la tête vers le mineur, observant son profil avant de murmurer un « merci ». Saxxon se tourne à son tour, le dévisageant avant de se mettre sur le côté en appui sur son coude.
— Pas de merci, Anir. Je le voulais autant que toi. Je ne connais pas ton peuple ni ses coutumes. Ai-je fait quelque chose de défendu ?
Anir reste silencieux.
— Les relations entre hommes sont rares et non dites. Comme les relations entre femmes. Nous sommes trop peu nombreux pour perdre une lignée. C’est pour cela qu’une femme est libre, si son mari ne peut lui donner d’enfant, d’aller se faire féconder par un autre homme sans conséquence. Ainsi, une fois que la femme tombe enceinte, elle est libre de quitter son mari et son mari de trouver une nouvelle épouse.
— Donc Sura et Hurlevent ?
— Ils se sont mariés pour diverses raisons mais non par amour même s’il y a entre eux une alchimie particulière.
— Mais l’enfant que porte Sura sera métis.
— Oui. Les Atréyades sont condamnés au métissage pour survivre mais peu des miens l’acceptent. Nous ne sommes plus le peuple guerrier d’autrefois qui régnait sans partage sur le désert. Sura est déjà une renégate et une bannie. Que son enfant soit métis ou non, elle ne pourra jamais revenir dans son peuple.
— Et toi ?
Anir reste silencieux. Il plisse les lèvres et son regard se durcit.
— Je n’y retournerai pas. Ma place est ici, auprès du capitaine. Je ne suis peut-être qu’un simple mécano ou à la rigueur un aide-soignant mais je préfère cette place et cette vie à celle que j’aurais chez moi.
— Pourtant tu l’appelles encore « chez toi ». C’est que quelque part tu n’as pas encore fait le deuil de ton ancienne vie.
— Je suis en train. Cette expédition est un bon moyen et…
— Et je suis l’autre.
Saxxon sourit à Anir en lui embrassant le front.
— Ça me va.
Anir lui sourit en retour.
— Je n’aurais jamais pensé que…
— Pas la peine d’y penser. C’est ainsi. Il faut prendre ce qui est à portée de la main quand c’est offert.
— Tu es étrange, Saxxon. Tu ressembles à un rocher et tout coule autour de toi. Tu as tué un homme…
— Trois.
— Failli mourir, été fait prisonnier… Tu as été brulé si sérieusement aux mains que Borges pensait que tu allais y rester ou les perdre et cela en tentant de sauver les gens qui t’ont fait tout endurer… Et maintenant nous.
C’est à Saxxon de rester silencieux tandis qu’il caresse du pouce celui de son amant.
— Mes mains vont bien. Je n’ai plus mal, elles sont juste marquées et le resteront.
— Mais le reste ?
— Est-ce si important ?
— Je me demande pourquoi, simplement.
— Je l’ai fait, c’est tout. C’est ainsi et c’est passé. Ça n’a plus d’importance.
— Hurlevent aurait pu te tuer. Cela ne te fait rien ?
— Pas vraiment.
— Et d’avoir tué des hommes ?
— C’était nécessaire. Je ne les connaissais pas et leur vie ou leur mort me laissent indifférent.
— Et moi ?
Saxxon cligne des yeux, surpris.
— Tu ne me laisses pas indifférent.
— Tu ne me connais pas non plus.
— C’est vrai. Pourtant je veux être proche de toi. Tu m’interpelles. Quand je te vois, je ne vois pas de l’ombre ou du brouillard. Tu me marques, m’attires.
Saxxon fronce les sourcils, cessant de caresser la main d’Anir.
— Je ne comprends pas.
Anir rit doucement.
— C’est toi qui me parlais de ne pas réfléchir.
— Tu m’obliges à le faire.
— Chut, je me contenterais de ce que tu m’as dit. Il faut dormir à présent.
Saxxon ferme aussitôt les yeux, prenant une respiration lente, tout comme Anir. À l’extérieur de leur abri, les gouttes clapotent lentement sur les roches et l’argile, berçant les hommes en les conduisant vers les limbes du sommeil.

2 commentaires:

  1. Salut!
    Encore des révélations! Shura continue de faire des siennes ça je m'en doutais un peu. Je suis très intrigué par le comportement de Cormoris, quand à Anir, je le trouve très attendrissant. Je sens un grand manque de confiance en lui et surtout un manque cruel d'affection. Quand à Saxxon, la brume s'épaissit autour de ce personnage. Qu'est-il vraiment? Je suis curieuse de voir la réaction du beau capitaine après cette nuit. Après tout les tissus ne sont pas des murs et les soupirs et gémissements sont toujours très audible dans le silence.

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  2. Huhuhuhuhuhuhuhuhuhuhuhuhu... ais-je besoin de dire autre chose hein ?
    Bon en tout cas j'aime les scènes que tu exposes, si semblable à ce qu'on peut trouver sur terre mais bien plus terrifiante car ce n'est pas la terre !
    Le mystère s'épaissit mais les pistes se multiplient ! Bref on nage tranquillement et on a même le droit à des courants chauds ;)

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