lundi 9 décembre 2013

Sables : chapitre 12



Bonjour tous !
J'espère que vous allez bien. je suis heureuse de vous retrouver pour le chapitre 12. J'espère que vous l'apprécierez ! Je ne suis pas sur d'être capable de sortir le chapitre 13 pour la fin de l'année (la faute aux fêtes et à quelques soucis de santé). Je ferai mon maximum mais pardonnez-moi d'avance si ce n'est pas le cas. 
Comme d'habitude, vous trouverez les chapitres version e-pub dans le petit encart. 
Merci à Laure pour ses corrections et suggestions.
A bientôt !!

Ils étaient partis la veille. Jusqu’à maintenant, le chemin avait été plutôt aisé. Ils l’avaient balisé avec des marques faites à l’arme sonique. Après être descendu dans la mine par le monte-charge et avoir pris les wagonnets, ils étaient arrivés à la fin des mines exploitables.  Il avait fallu à Saxxon quelques temps pour trouver le passage suivant : un boyau étroit qui descendait en pente douce vers les mines plus anciennes. Saxxon avait suivi la ligne des strates pour arriver au lieu du premier accident minier. La paroi s’était effondrée sur elle-même, ensevelissant hommes et matériel. Il leur avait fallu encore quelques temps de recherche pour trouver le chemin suivant. Ce dernier descendait en à-pic sur une crevasse vraisemblablement profonde. Une ébauche d’échelle avait été creusée à même la roche. La descente avait été laborieuse pour Saxxon dont les mains bandées avaient été soumises à rudes épreuves. Anir les avait nettoyées et bandées entièrement avec douceur, le tout silencieusement. C’était à peine si le jeune sang-mêlé avait ouvert la bouche depuis leur départ, contrairement à Cormoris et au capitaine qui avaient tempêté avec humour contre la vétusté des lieux. Ils avaient monté leur premier camp de base en bas de la crevasse. L’espace avait été à peine assez grand pour leur permettre de s’allonger en large mais elle s’était étendue loin dans l’ombre. Malgré le poêle à pierres à carburant, le froid avait été pénétrant, faisant naître des petits nuages de vapeur autour de leur visage à chaque parole. Une fois que le capitaine eut fini de remplir le journal de bord, ils s’étaient endormis les uns contre les autres, oubliant toute idée de pudeur ou de virilité.

Quand Saxxon ouvre les yeux, il ne voit que l’obscurité. Puis lentement, ses yeux distinguent les formes de ses voisins et du poêle qui chauffe encore. Celui-ci éclaire à peine les corps alignés. Le léger ronflement de Cormoris monte un moment dans les graves avant de s’apaiser. Il entend Amaury grincer des dents, ce qui l’avait surpris lorsque le pirate dormait dans sa couche. Le mineur se redresse lentement en s’appuyant avec précaution sur ses mains bandées. Il sent plus qu’il ne voit ou entend le jeune Anir se raidir. Saxxon fronce les sourcils, prêtant plus d’attention au jeune homme. La respiration du sang-mêlé est rapide et superficielle. Le mineur bouge, le souffle se coupe avant de reprendre. Le mineur soupire, parlant tout bas.
— Anir, tu es réveillé, n’est-ce pas ?
Anir s’assoit dans le noir.
— Oui.
— Tu n’as pas dormi de la nuit ?
— Comment le sais-tu ?
— Ton souffle me l’a dit. Viens, allons marcher un peu pour ne pas réveiller les autres. Il est encore tôt.
— Comment tu peux le savoir ?
Les deux hommes s’éloignent du camp, avançant dans l’ombre le long de la crevasse, ayant pour seul point de repère, la luminosité du poêle. Anir caresse la roche alors qu’il chemine avec le mineur. Le silence semble résonner autour d’eux. Bientôt la crevasse fait un léger coude, occultant la seule lueur au fond du gouffre. La respiration d’Anir s’accélère tandis que sa voix tremble.
— Faisons demi-tour. Demi-tour, s’il te plait.
Dans l’obscurité, Saxxon s’autorise un sourire. Il s’approche du jeune mécano, lui frôlant le bras. Il sent Anir sursauter.
— Tu as le mal des mines.
— Qu’est-ce que c’est, c’est quoi ?
— Tu as vécu toute ta vie à l’extérieur et te sentir enfermer te fait peur.
Anir commence à chercher son souffle, tremblant nerveusement.
— Je… J’ai l’impression que je vais me faire écraser, que je manque d’air, que je…
— Calme-toi, Anir. Prends une grande inspiration. Voilà c’est ça. Maintenant ferme les yeux. C’est fait ?
— Oui.
— Respire lentement… Doucement Anir.
Les tremblements du jeune homme se calment petit à petit. Saxxon est assez proche de lui pour qu’il ressente sa chaleur corporelle malgré la fraîcheur des lieux. Perdu dans ses sensations, Anir sursaute lorsque la voix de Saxxon murmure à ses oreilles.
— Ouvre lentement les yeux, Anir.
Le sang-mêlé obéit. Tout d’abord, l’obscurité lui fait perdre le souffle par son intensité, puis peu à peu, il commence à deviner des formes. En premier lieu, Saxxon lui apparaît comme une masse trop large devant ses yeux. Il finit par entr’apercevoir les traits de son visage. Le sourire fugace du mineur le surprend. Sa vision s’élargit, il distingue à présent les deux parois qui semblent s’enfoncer toujours plus loin dans la noirceur des sous-sols.
— Maintenant, regarde vers le haut.
Anir obéit. Il se rend compte que le plafond culmine très haut. Si haut qu’il se demande comment il arrive à le voir. Puis, toujours en écoutant la voix douce de Saxxon, il comprend que là-haut, les stalactites émettent leur propre luminosité.
— C’est… magique.
Le rire du mineur lui répond.
— Non, les roches ne sont pas magiques mais elles sont loin d’être stériles. Elles sont belles.
Anir se perd dans le nuancier du plafond : rouge sombre, gris, bleu. Sa claustrophobie est presqu’oubliée. Les voix de Cormoris et Hurlevent retentissent bientôt, incitant les deux hommes à revenir au camp de base. Après un petit-déjeuner frugal, ils lèvent le camp, laissant bien en évidence près d’une marque, la petite sphère message pour leurs suiveurs.
Il leur faut cinq temps pour quitter la crevasse. Les conversations s’éteignent d’elles-mêmes. Soudain, Saxxon s’immobilise. La crevasse se termine sur un à-pic. Hurlevent a juste le temps de tirer sur la corde pour éviter que le mineur ne tombe vers l’abîme.
— Et maintenant ?
L’artilleur fronce les sourcils.
— Pas d’échelle, pas de corde, pas de chemin ? On fait demi-tour pour trouver un chemin plus sûr ?
La luminosité étant plus grande due à la présence de pierres-lumières sur la haute voûte et le pourtour, Saxxon prend le temps d’examiner le terrain. Au-dessous de lui, à plusieurs mètres, s’étend un lac sombre. La rive opposée laisse entrevoir une plage de sable fin. Près de lui se démarque un anneau rouillé mais d’apparence solide.
— Il n’y a pas d’autre chemin. Nous avons des cordes. Descendons.
— Descendre ?
Le capitaine se penche prudemment dans le vide.
— Il y a un dénivelé d’une dizaine de mètres ! Les cordes ne suffiront pas. Sans parler qu’il n’y a que de l’eau.
Le sourire de Saxxon s’étire dans la lumière chiche du lieu.
— Tu ne sais pas nager, Pirate ?
Le capitaine lève le menton.
— Ne me provoque pas, Mineur.
Anir s’approche de Saxxon, cherchant inconsciemment sa chaleur. Le mineur le rassure d’un regard avant de revenir à Hurlevent.
— L’eau n’est pas profonde si on longe la paroi.
Cormoris le regarde suspicieusement.
— Comment le sais-tu ?
— Regarde attentivement. L’eau est beaucoup plus claire sur le pourtour.
— Pour toi, cela signifie qu’elle est peu profonde ?
— Si tu ne me crois pas, fais-moi descendre, je te le prouverais.
Cormoris et Hurlevent se concertent d’un regard avant que le capitaine des pirates ne hoche la tête pour donner son accord. Les quatre hommes se débarrassent de leurs cordages ainsi que de leur chargement. Après quelques manipulations, la corde finit enroulée autour de l’anneau rouillé d’un côté, et autour de la taille du mineur de l’autre. Anir fixe les mains du mineur.
— Mais tes mains ? Comment vas-tu faire ?
Saxxon sourit de l’inquiétude du mécano.
— Je compte sur toi pour me refaire les bandages une fois au sec de l’autre côté.
C’est sur le regard troublé du sang-mêlé que Saxxon passe par-dessus le terre-plein. Douloureusement, en s’aidant du moins possible de ses mains, il glisse le long de la roche, parfois aiguisée. À l’autre bout, Cormoris et Hurlevent font contrepoids pour soulager le mineur en l’aidant dans sa descente pendant qu’Anir marque le mur d’une marque de laser sonique pour prévenir l’équipe qui les suivra. Lorsque Saxxon touche l’eau, il y sombre lentement. Il lâche un sifflement sous sa froideur. Celle-ci s’infiltre patiemment à travers ses chaussures et ses vêtements. Il finit par toucher le fond. Celui-ci semble meuble mais stable. L’eau lui arrive plus haut que la taille. Le mineur fait un geste à ses compagnons qui empaquètent hermétiquement leurs affaires dans de grands sacs étanches. Puis, un à un, les sacs sont descendus le long de la paroi, réceptionnés par Saxxon. Les trois hommes le rejoignent. Étant le plus petit, Anir se retrouve avec de l’eau jusqu’au niveau des aisselles tandis que Cormoris et Hurlevent rivalisent avec de l’eau à mi-poitrine. Cormoris récupère la corde pour se sangler ainsi que ses compagnons. Anir et Hurlevent vérifient le matériel alors que Saxxon examine le grand lac. Le jeune sang-mêlé commence à claquer des dents. Saxxon fait signe à l’équipe d’avancer.
— Nous nous réchaufferons en bougeant. Restez bien dans les zones claires.
Le mineur en tête, ils avancent lentement, contraints à des mouvements amples et lents par la résistance de l’eau. Anir murmure.
— Je… je n’ai jamais vu autant d’eau de ma vie. C’est magnifique !
Sans se retourner, Saxxon sourit. Oui, les mines sont belles et si riches qu’il se demande ce que les gens peuvent trouver à la vie extérieure.
— Elle est vraiment froide ! Et il y a du courant ?
Saxxon se retourne vers Hurlevent en hochant la tête.
— Un lac en siphon. C’est pour cela qu’il faut rester près du bord. Le fond tombe rapidement à-pic.
Anir fronce les sourcils.
— Cela veut dire qu’au centre se trouve un trou ? Pour aller où ?
— Dans un autre lac, peut-être totalement fermé dans la roche, ou plus probablement une rivière souterraine.
Soudain, l’eau s’agite au centre du lac. Des remous envahissent la surface alors que de grosses bulles d’air explosent. Hurlevent sursaute.
— De l’eau chaude ?
En effet, des volutes tièdes s’enroulent autour de leurs corps, soulageant un instant les hommes de la température glaciale de l’eau. Les vagues provoquées par le rot du siphon s’écrasent sur la roche, passant par-dessus les têtes des voyageurs. Les quatre hommes sont submergés et plaqués contre la roche du pourtour, le temps que les remous se calment. Crachant et toussant, ils progressent malgré tout. L’onde se lisse, le sable retombe sur leur pied. Subitement, Cormoris se raidit en lâchant un cri.
— Il y a quelque chose !
L’artilleur du Khamsin regarde nerveusement autour de lui dans l’eau.
— Là ! Qu’est-ce que c’est ? Ah !
Hurlevent fait un bon en avant.
— Je suis attaqué aussi ! Par les Jumeaux, mais… !
Aussi rapide qu’un lézard, Anir plonge sa main dans l’eau, attrapant l’un des attaquants. Il ouvre lentement le poing, découvrant un petit poisson de quelques centimètres qui se tortillent.
— Qu’est-ce que c’est ?
Saxxon prend le poignet du jeune homme pour le remettre dans l’eau.
— Un poisson.
Anir articule en silence le mot, comme s’il n’y croyait pas. Cormoris et Hurlevent se tortillent, tentant d’éviter les poissons qui pullulent maintenant autour d’eux. Saxxon sourit alors qu’il déroule ses bandages. La peau de ses mains est d’un rouge maladif et un mélange de sang et de sébum se dilue dans l’eau du lac attirant les poissons par centaines. Les petits invertébrés semblent s’attaquer aux bras du mineur. Il soupire doucement.
— Les Garra Rufa sont des poissons nettoyeurs. Ils filtrent l’eau en mangeant les algues parasites ou les animaux morts. Ils ne sont pas dangereux pour nous. Au contraire, laissez-les faire.
— C’est… dégueulasse…
— Cormoris !
— Mais quoi, Capitaine ! Ces… ces bestioles se glissent partout, j’en ai même dans mon slip ! Et la sensation est…
Saxxon reprend sa progression le long du lac.
— Ils partiront bientôt. Ils vivent dans de l’eau chaude.
Tirés par la corde, les trois autres lui emboîtent le pas. Les poissons les suivent sous les grognements de Cormoris et le léger rire d’Anir, fasciné par les petits alevins qui gravitent autour d’eux. Puis, l’eau se refroidit, entraînant les frissons du jeune sang-mêlé qui commence à claquer des dents. Les poissons disparaissent. Le temps s’allonge et les conversations s’éteignent. Le mur d’eau ralentit leurs mouvements, les fatiguant à outrance.
Ce n’est que plusieurs temps plus tard que Saxxon pose enfin le pied sur la plage de sable blanc, puis Cormoris, Hurlevent et Anir. Les paquetages sont tirés sur le sable alors que les hommes tremblent de froid. Nerveusement, avec des gestes saccadés, ils se délestent de leurs habits trempés, les éparpillant en tas sur la petite plage sans une once de pudeur. Tandis que Cormoris ouvre maladroitement les paquetages de ses doigts gourds, Saxxon sonde la paroi à quelques dizaines de mètres d’eux. Il s’approche, passant sa main vierge de bandage sur la roche lentement. Ses doigts sont rouges et encore gonflés mais les poissons l’ayant débarrassé des peaux mortes et corrompues, la main est saine quoique sensible.
— Qu’est-ce que tu cherches, Mineur ! Il nous faut nous réchauffer avant de continuer sinon nous allons tous mourir ici !
— Justement Hurlevent, je cherche notre salut !
Saxxon retombe dans le silence avant de lâcher un « Ha ! » ravi.
— Il y a assez d’espace dans cette crevasse pour faire brûler de la pierre à carburant et sécher nos affaires. L’ardoise est conductrice de chaleur. En étendant nos affaires contre elle, elles sécheront rapidement.
— Et nous, on reste à poil ? Il fait froid comme dans le cul d’une morte !
Le rire du capitaine des pirates résonne sous la voûte, se répercutant contre l’onde sereine.
— Tu parles d’expérience, Cormoris ?
— Ne vous foutez pas de ma gueule, Capitaine ! Vous n’êtes pas en reste non plus. Je n’ai pas l’intention de claquer des dents ici !
Anir, quant à lui, est recroquevillé, à genoux sur le sable, les bras entourant ses jambes. Ses dents claquent, ses lèvres sont bleues de froid et la chair de poule recouvre sa peau d’ébène. Hurlevent s’accroupit à côté de lui, son pagne humide, cachant son sexe, colle à sa peau. Il est le seul à avoir gardé un vêtement. Il pose sa main sur l’épaule du jeune homme.
— Anir, ne reste pas comme ça. Lève-toi et bouge.
— J… J’ai tr…trop froid p-pour bouger, Cap-pitaine.
Hurlevent le tire par les aisselles.
— Lève-toi donc ! Bouge ! Cormoris !
L’artilleur s’avance vers les deux hommes mais Saxxon le devance.
— Va plutôt allumer le poêle dans la cavité, je vais aider le capitaine.
Cormoris toise le mineur de toute sa taille.
— Ne me donne pas d’ordre !
La voix du chef des pirates claque.
— Ne commence pas, Cormoris. Fais ce qu’il te dit !
Les deux hommes s’affrontent un instant du regard avant que Cormoris abdique de mauvaise grâce. Saxxon rejoint Anir qui se lève difficilement, passant un bras autour des hanches du métis. De part et d’autre du jeune homme, Hurlevent et Saxxon l’aident à se déplacer. Le jeune homme gémit à chaque pas à cause de la raideur de ses muscles. Ses dents claquent sans interruption.
— Il faut qu’il se réchauffe, il ne tiendra pas longtemps. Bouge Anir ! Cormoris ce poêle ?
— Je fais ce que je peux, Capitaine !
— Fais-le plus vite !
— C’est bon Capitaine !
Les deux hommes dirigent Anir vers le chauffage qui ronfle déjà. Le jeune métis papillonne des yeux, prêt à tomber dans les pommes sous la tétanisation de ses muscles.
— Ce n’est pas le moment !
Hurlevent lui claque le visage, faisant gémir le garçon qui, déséquilibré, s’écroule contre le mineur. Amaury montre Anir du doigt.
— Réchauffe-le le temps qu’on attache les couvertures. Débrouille-toi comme tu veux, Brûlepierre, mais réchauffe-le.
Le capitaine et Cormoris sortent les couvertures des paquetages ainsi que de la ficelle. Ils nouent les coins des couvertures pour en faire une plus grande, puis chaque coin est lié à une aspérité de la roche, créant ainsi une tente, maintenue au sol par des cailloux. Une fois leur montage réalisé, les quatre hommes se retrouvent avec un abri assez large pour qu’ils y tiennent tous assis. Après quelques aménagements, la tente reçoit le jeune Atréyades grelottant. Ce dernier soupire d’aise une fois que la chaleur l’enveloppe. Laissant Anir se réchauffer, les trois autres prennent enfin le temps de souffler, l’urgence du moment étant passée. Cormoris est nu, comme Saxxon. Seul le capitaine porte encore un sous-vêtement mouillé, bleuissant ses lèvres et laissant sa peau couverte de chair de poule. Le regard du mineur s’arrête sur l’habit. Il pince les lèvres devinant la naissance de quelques cicatrices aussi rouges que celles de ses mains. D’ailleurs ces dernières, maintenant débarrassées des peaux mortes et nettoyées par les poissons, lui semblent plus saines. Bien sûr, la peau est crevassée par l’eau et la reconstruction mais il se rend compte qu’en pliant les doigts délicatement, il peut les bouger. Saxxon presse son pouce contre ses doigts, ressentant à la fois de façon ténue et de façon prononcée son propre contact. Sa nouvelle peau est sensible et frémit au moindre contact mais celle du dessous semble amortir les sensations. Le mineur fronce les sourcils. Ses yeux font encore le voyage vers les hanches cachées du pirate. Amaury capte son regard, fronçant les sourcils sur la défensive, défiant Saxxon d’oser parler de ce qu’il a vu quand ils se sont affrontés dans la cabine. Saxxon sursaute mais finit par détourner le regard, revenant sur ses mains. Cormoris, trop occupé à fouiller les paquetages, n’a pas prêté attention à cet échange muet. L’artilleur finit par sortir les combinaisons noires servant à affronter le désert.
— Si ça nous protège des Jumeaux et de leur chaleur, ça fera de même pour le froid.
Chacun enfile son habit noir puis les affaires mouillées sont mises à sécher contre l’ardoise qui est maintenant d’une chaleur réconfortante. Anir sort également de la tente, habillé et réchauffé.
— Merci Capitaine pour…
Hurlevent, fait un simple mouvement de tête pour couper court aux remerciements du mécanicien.
— Garde-toi au chaud et en bonne santé.
Cormoris s’est approché de Saxxon, montrant le lac d’un signe du menton.
— Une chose est sure, nous avons suffisamment d’eau.
— Oui, elle a été filtrée par plusieurs strates. Elle est buvable.
— Hé Mineur, toi qui sais tout. À part les poissons bouffeurs de peau, il y en a d’autres ? Ça ferait de la nourriture fraîche.
L’eau du lac souterrain est calme, allant du bleu clair sur les bordures à noir d’encre. Aucun frémissement ne trouble sa surface. Brusquement, elle s’agite et de grosses bulles éclatent en son centre, créant une mini tempête qui se calme presque aussitôt, ne laissant sur l’onde que quelques ondulations ainsi qu’un peu de vapeur très vite dissipée.
— Si tu veux attraper du poisson, c’est maintenant.
— Je ne vais pas tirer dans l’eau sans voir ce que je touche ! L’éruption a l’air récurrente alors j’attendrai la prochaine. En attendant, je vais m’assurer que tout le matos électronique fonctionne.
Laissant Saxxon sur les bords du lac, Cormoris retourne vers le fond de leur plage. Amaury est assis sur un rocher, en train de faire le journal de bord. Un dernier regard vers ses mains et le mineur s’en retourne à son tour.
Anir s’approche de Saxxon, tenant la petite boîte de secours. Il lui sourit nerveusement répondant au hochement de tête du mineur. Sa voix est emplie de timidité.
— Je dois examiner tes mains, maintenant.
Saxxon qui était assis contre le mur tiède, à quelques mètres de la tente de fortune, les lui tend. Anir s’agenouille pour les lui prendre. Le métis évite à tout prix de croiser le regard de Saxxon.  Se concentrant sur sa tâche, c’est pourtant d’une main tremblante qu’il lui attrape la main droite pour l’examiner à l’aide d’un rayon lumineux. Le mineur reste silencieux. Les doigts encore frais du jeune homme sont mobiles, comme si garder le contact au même endroit un moment, le dérangeait. Saxxon, amusé, prend un instant pour détailler son soigneur. Anir doit avoir, comme lui, une vingtaine d’années, peut-être un peu plus mais son visage aux traits discrets n’aide pas. Comme Sura, il a le physique caractéristique des Atréyades : pommettes hautes, lèvres sensuelles, yeux en amandes, nez retroussé. Sa peau est pourtant moins sombre que celle de Sura. Là où celle de la femme est aussi foncée que l’ébène, celle d’Anir est plus nuancée. Ses yeux ne sont pas noirs mais marron et ses cheveux, loin d’être blancs, ressemblent à la couleur du sable sous les Jumeaux au zénith. Son corps, loin d’être maigre ou chétif est plutôt délié. C’est son regard doux et ses gestes timides qui font qu’on pourrait le prendre pour fragile ou androgyne. Mais c’est un homme et non un enfant que Saxxon a près de lui. Il respire lentement l’odeur d’Anir. Contrairement à Amaury dont l’odeur est sauvage, celle d’Anir est discrète. Pourtant, il y découvre l’odeur métallique de l’eau et du vaisseau ainsi que celle, délicate des pierres chauffées par les Jumeaux. S’ajoute à cela une pointe d’amertume correspondant à sa peur des autres. Le mineur sourit tandis qu’il lui soulève délicatement le menton de sa main libre pour voir ses yeux. Dès que l’homme le touche, Anir émet un petit cri tout en lâchant sa lampe sous la surprise. Elle tombe, puis roule sur quelques centimètres. Anir est comme tétanisé. Saxxon entrevoit dans les yeux de son vis-à-vis un mélange d’angoisse et d’impatience. Son pouce glisse sur la joue du jeune homme, créant un frisson chez ce dernier. Le mineur finit par hocher la tête, comme si tout était dit. Il le relâche. Anir avale sa salive avant de chercher fébrilement sa petite lampe.
— Tes mains vont beaucoup mieux.
— Oui. Le traitement de Borges a été très efficace. Elles sont encore un peu gonflées mais je n’ai plus mal et surtout je peux bouger les doigts.
Anir caresse la peau de la paume avec douceur, stoppant d’un coup quand il s’aperçoit de son geste. Un coup d’œil rapide au mineur le rassure. Celui-ci semble accepter.
— Il ne faut surtout pas forcer. Quelques exercices d’assouplissement et des massages à l’huile de sirène. Et surtout, maintenant que la peau est en grande partie régénérée, protège-les le temps qu’elle s’épaississe.
— Tu aurais dû faire soigneur au lieu de travailler au moteur.
Anir secoue la tête.
— Je préfère le contact des machines. Au moins je sais qu’elles ne mentent pas. Quand elles sont en panne, il suffit de quelques tours de vis pour les réparer.
Le sang-mêlé sourit à la main de Saxxon qu’il finit d’examiner.
— C’est tout pour le moment. Elles vont bien mieux que Borges ne le croyait. Il disait vrai quand il disait que tu étais une force de la nature.
Le mineur hausse distraitement les épaules : il avait toujours été robuste. Alors qu’Anir s’éloigne, Saxxon rejoint Cormoris et Hurlevent vers le bord du lac. L’artilleur explique à son capitaine le plan qu’il a monté pour attraper du poisson. Plan qui marche pratiquement à la perfection lors de l’éruption suivante.

3 commentaires:

  1. J'espère que pour ta santé ce n'est pas trop grave. Je te souhaite de bonnes fêtes de fin d'année.
    Je serais aussi au rdv l'année prochaine pour suivre les aventures de Saxxon, Armaury et son équipage...

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    1. Merci Ume. La santé, ce n'est pas très grave mais un peu fatiguant. Les cachets sont assez fort. Je pense en avoir fini bientôt, pas de soucis. Bonnes fêtes à toi également et au plaisir de te revoir au prochain chapitre !!

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  2. Voilà je suis amoureuse d'Anir, il se distingue tellement !! Tu l'as vraiment mit en avant et développé dans ce chapitre. . . pas pour m'en déplaire, les relations qui se nouent et s'emmêlent j'aime beaucoup on ne sait pas vraiment ce qu'est ton but, tu nous tends des perches qui sont bien trop grosses pour être saisies et me font rester sur la défensive ! Pourtant ça me titille de les attraper. . . ahlala je verrais bien ou ça mène et si ça me plait pas je pousserai ma gueulante XD

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