samedi 26 octobre 2013

Sables : Chapitre 09

ANNONCE : la version e-pub des chapitres de Sables est désormais disponible dans l'encart à droite. Il est mis à disposition gratuitement et mis à jour à chaque nouvelle sortie de chapitres. N'oubliez pas de répondre à l’enquête !




Saxxon regarde partout autour de lui. En moins d’un quart de temps, la salle principale des moteurs est devenue l’enfer sur terre. Plusieurs hommes sont à terre en train de hurler et se tordre de douleur. Une épaisse fumée grise envahie la grande pièce, faisant tousser et pleurer. Soudain, une explosion les déséquilibre tous.
— Le moteur auxiliaire a lâché ! On va tous y rester !
Un puissant jet de vapeur gicle sur l’un des mécanos qui hurle en se tenant le visage, il percute Saxxon, qui, perdu, cherche quoi faire. Son métier lui, c’est percer les roches, pas bidouiller un moteur ! Les hommes rescapés se bousculent, totalement désorganiser. Un sifflement puissant, couvrant les bruits des moteurs, les figent tous. Ils se tournent vers Yapee qui gesticule avec fièvre.
— Il… il dit qu’il faut stopper le moteur principal mais…
Une diffusion coupe la parole au tout jeune homme qui parle. La voix de Sura leur ordonne de donner plus de puissance.
— Ils sont fou ! on va tous y rester !
Un geste sec de Yapee, accompagné d’un regard exigeant les arrête.
Obéissez au capitaine !
Il continu toujours aussi sèchement.
— Nous allons faire ce qu’on nous demande. On arrête de paniquer. Il faut que…
Un choc, suivit d’un énorme grincement fait exploser quelques machines de plus. Un boulon se détache, venant frapper l’homme muet derrière le crâne. Saxxon se précipite pour l’aider. Les hommes se sont remis au travail malgré les dégâts et la fumée. Le Khamsin bouge enfin, Saxxon le sent sous ses pieds. Il prend de la vitesse mais d’un coup, le cœur s’emballe, la pression monte, les jauges explosent. Les hommes hurlent de nouveau. Saxxon regarde le vieil homme donner des ordres à son équipage. Malgré tous leurs efforts, les machines deviennent incontrôlables. Le jeune mécano qui travaillait sur le réacteur principal annonce d’une voix terrorisée.
— La pierre à carburant est en train d’entré en fusion, il n’y a plus rien à faire !
Comprenant cette signification, Saxxon repose le vieil homme encore sonné, se dirige vers la machine. Il n’y a plus beaucoup d’homme encore valide dû à la chaleur et à la fumée. Un autre s’écroule, son nez saignant abondamment. Regardant autour de lui, le mineur arrache sans ménagement le pantalon de l’un de ses collègues évanoui. Il y passe ses bras, avant d’ouvrir la porte du moteur. Le jeune homme s’interpose.
— Mais qu’est ce que tu fais ? Tu es fou ! On va se faire empoisonner par les vapeurs !
— Tu préfère vomir pendant quelques cycles ou mourir ?
Saxxon repousse le jeune homme d’un geste sec.
— Tu es fou ! Tu ne vas pas y aller à main nue ! Arrête !
Sans répondre, l’ancien mineur enfonce ses mains dans le cœur en fusion. La pierre à carburant n’est pas encore complètement désintégrée. La chaleur est intenable. Saxxon sens ses poils roussir et sa peau s’asséchée, puis se tendre et enfin se fendre alors qu’il s’empare de la pierre. Le cuir de sirène du pantalon qui protège ses mains et ses bras commencent à se consumer, brûlant sa chair déjà échaudée. Lentement, sans perdre son sang froid, il sort la pierre tandis que le feu le dévore. Il serre les dents contre cette douleur mais fini par hurler quand sa peau commence à fondre. Il lâche la pierre avant de s’écrouler à genou, puis s’évanouir. Le cœur rebondi encore brulant… mais la fusion étant stoppé par le contact de l’air, il atterrie noircie et fumant au pied de Yapee.
Saxxon tressaute dans son sommeil. Le rêve est récurant, revenant comme une litanie ; encore et encore. Son souffle est coupé par la douleur omniprésente. Il a l’impression que son corps n’est réduit qu’à cette souffrance qui tourne, s’enfonce, l’imprègne. Elle pulse, pulse encore. A chaque inspiration, il a mal. Sa peau lui semble rigide, tellement elle est desséchée. Le moindre mouvement pourrait la déchirer. Même respirer lui parait dangereux. Saxxon, les yeux fermés, respirant par petite bouffée, essaie d’effacer cette torture qui le tourmente. Des voix s’élèvent autour de lui mais il ne veut pas les entendre ou les écouter, cela signifie qu’il se réveille et donc que son supplice va reprendre. Des sons graves sans queue ni tête, puis cette sensation. Extatique ! Une fraicheur quasi divine soulage momentanément son visage et son cou. Ensuite un liquide amer mais d’une telle fraicheur qu’il l’aspire entre ses lèvres craquelées. Il coule dans sa gorge meurtrie par la fumée et les émanations toxique. Saxxon sent sa glotte déglutir tandis que le liquide divin continue sa course puis, disparait. Il presse ses lèvres l’une contre l’autre, l’une d’elle se déchirant sous le mouvement. Il en veut encore… plus ! Le mineur papillonne des yeux, avant de les refermer aussitôt. Encore un peu plus de douleur. Ces simples mouvement l’ont épuisé mais ont momentanément réveillé son esprit. Il sent la luminosité diminuée assez pour lui permettre d’entrouvrir une nouvelle fois les paupières. Il lui faut un instant pour faire le point. Enfin, l’ancien mineur devine des ombres en contre-jour. Au moins deux, voire plus. Une voix qu’il identifie comme celle de Borges s’adresse à lui.
— Ne tente pas de bouger ni de parler pour le moment. Tu as été sérieusement abimé, mon gars.
Saxxon dirige son regard vers la voix du médecin. Ce dernier lui sourit avec douceur.
— Le capitaine est avec moi. Je vais te faire boire un remède qui endormira la douleur. Je dois changer tes pansements. Cligne des yeux si tu as compris.
Ce que le mineur fait. Borges reprend tout en préparant la potion.
— Cela fait dix temps que tu es dans les pommes. Content de voir que tu es de retour parmi les vivants. On doit te remercier, Yapee dit que c’est grâce à toi si on est encore en vie. Ouvre la bouche… voilà… doucement. C’est bien.
Saxxon avale avec difficulté le breuvage. Borges continue à parler de propos anodin, le temps que la potion fasse effet. Lentement, Saxxon sent ses muscles tétanisés se détendre, puis la douleur refluer pour ne devenir qu’un point lancinant. Le médecin lui sourit.
— Voila qui est bien mieux. Je vais maintenant dénouer les bandages sur tes mains et tes bras. Tu as été sérieusement brûlé, tu sais.
Saxxon relève la tête pour suivre les manœuvres du médecin. Il voit le léger tissu souillé de rouge et de jaune se décoller lentement d’une première couche. Malgré la douceur de la manipulation médicale, Saxxon ne peut s’empêcher de gémir à chaque effleurement ou de ses membres. La gaze se déroule, Saxxon regarde apparaitre son bras dans un mélange de fascination morbide et de dégoût. La peau est noire et aussi friable que du parchemin. Dès que le médecin manipule son bras, la peau tombe en poussière. Dessous le rouge malsain de la chair semble palpité. Ses doigts sont démesurément gonflés et déformés. Il y a aussi des endroits où la peau a été tellement rongée par le feu, qu’on aperçoit les tendons blanc et les os.
— Oui, ce n’est pas très beau… mais nous allons arranger cela, n’est ce pas Capitaine ?
L’interpellé sourit malgré ses iris troublés par la vision des blessures.
— On fera le nécessaire. Tu as été valeureux, mineur.
Le pirate esquisse même un sourire. Saxxon plonge ses yeux dans ceux de l’homme. Un échange muet d’interrogations. Les deux hommes se jaugent cherchant chez l’autre son reflet et sa différence. Saxxon ferme les yeux, abandonnant au capitaine cette joute. Il se lèche les lèvres, assoiffé. Amaury l’aide à boire une eau tiède et sucrée. Ayant retrouvé un peu de salive Saxxon se racle la gorge. Sa voix est méconnaissable, éraillée et faible. Le capitaine doit se pencher pour l’entendre.
— Empêche la femme de venir, Pirate. Je ne subirais pas d’autres assauts.
Le médecin claque sa langue sur son palais tout en continuant ses soins.
— Te voilà épuisé maintenant. Tu es incapable de la lever même devant le vagin le plus mouillé du monde.
— Sura ne viendra pas, mineur. Cette garce ne sortira pas du Khamsin.
— Ah Capitaine, c’est pourtant vous qui l’avez ramené à bord… prenez-en soin. C’est de votre femme qu’il s’agit.
Le capitaine retient un grognement.
— Je suis au courant, Borges. Mais ca ne fait pas d’elle une femme fidèle ou amoureuse. C’est une femme ambitieuse et sa légitimité la rend dangereuse.
Saxxon suit l’échange avec attention malgré ses yeux fermés et sa respiration trop rapide. La femme qui le chevauchait est donc la femme du capitaine. Il ouvre un œil. L’homme a les traits fatigués et tendu. Ses yeux olive brillent d’intelligence et de rancœur. Des cernes bleutés soulignent l’intensité de ses iris particulier. Ses cheveux encadrent son visage aux traits acérés. Saxxon se demande si cet homme est considéré comme beau aux yeux des femmes. Sûrement, est la réponse qui lui arrive. Eudora apprécierait cette beauté froide. Eudora… il se demande si son amie a trouvé ce qu’elle cherche. Il l’espère en tout cas. Elle lui manque… que penserait-elle de ce qui se passe ? Lentement, Saxxon tombe dans l’inconscient, bercé par les voix des deux hommes. La drogue lui permettant un temps d’oublier la souffrance de ses mains esquintées.
Deux temps plus tard, Saxxon est pris de tremblements. Son corps parait glacé tandis que ses avant bras irradient de chaleur. Une sueur aigre coule sur son visage et sur son torse. Il se met à claquer des dents. La fièvre est forte, fulgurante. Il lui semble entendre une voix près de lui, une voix douce aux intonations graves. Cette voix lui sert de rempart. Il s’y accroche, la cherchant. Elle est le phare dans sa tourmente. Elle lui permet de ne pas perdre pied, de rester dans la réalité. Saxxon papillonne des yeux. L’ombre est là, en contre jour. Il aperçoit la blancheur d’un sourire, vite caché par un tissu frai sur son visage qu’il bénit en soupirant de soulagement.
— La fièvre est forte mais Borges a dit que cela pouvait t’arriver, Mineur. Ton corps combat les blessures mais te pompe ton énergie. Bois, c’est une potion pour faire baisser la température.
L’ombre du capitaine presse un gobelet contre ses lèvres craquelées tandis qu’une main sur sa nuque le relève. Saxxon boit avec avidité le liquide amer et piquant, puis retombe sur son oreiller.
— Que fais-tu là, pirate ?
— Je m’occupe de celui qui a sauvé mon vaisseau et mon équipage. Tais-toi donc. Il faut que tu guérisses. J’ai besoin de toi rapidement.
Un sourire désabusé glisse rapidement sur les lèvres du mineur. La gentillesse pure ne collait pas au personnage du capitaine pirate.
— Où sommes-nous ?
— Dans l’ancienne mine de Longrand.
— La maudite ?
Le capitaine éclate de rire.
— Superstitieux, mineur ?
— Pas plus que toi, pirate.
Les deux hommes échangent un sourire rapide. La drogue faisant effet sur Saxxon, ce dernier sentait son esprit plus clair que jamais, son corps étant, quant à lui, totalement engourdit. Notant les yeux vifs du malade, Amaury se redresse.
— Je vois que la poussière d’ange fait effet.
Les sourcils de Saxxon se froncent.
— C’est ce que tu m’as donné ?
— À petites doses, c’est un remède efficace. Au moins je ne te perdrais pas au milieu de notre discussion. Car nous devons discuter sérieusement, Mineur.
Le pirate aide le mineur à s’adosser aux sacs de tissus servant de coussin. Saxxon se laisse faire, intrigué par cette entrée en matière.
— De quoi veux-tu causer, pirate, qui ne peut attendre que j’aille mieux ?
— De notre survie, à toi comme à moi. Mais commençons par le début. Je m’appelle Amaury Hurlevent, Capitaine du Khamsin et pirate. Je ne peux pas te serrer la main pour me présenter dans les règles, cette-fois.
—Saxxon Brûlepierre.
— Brûlepierre. J’aime ton nom. Il est puissant.
— Cesse les flatteries. Elles sont inutiles. Je t’écoute.
— Le convoi que nous voulions attaquer était piégé. Nous avons subit de lourdes pertes en hommes et en matériels, empirées par l’attaque d’un Kamaï. Il n’aurait pas dû se trouver dans cette partie du désert, trop proche des falaises. Cela a causé des dégâts irréversibles sur mon vaisseau et sans ton sang froid, je l’aurais perdu, perdu mon équipage et perdu la vie. J’ai une dette envers toi que je vais alourdir en te demandant encore une fois ton aide.
Saxxon ne dit rien. Voir cet homme si fier s’abaisser à demander un service était un spectacle intriguant. Il fallait vraiment que l’homme soit aux abois pour en arriver à traiter avec celui qui avait tué son second et deux de ses hommes. Ne voyant aucune réaction, le pirate continue.
— Le convoi était la solution pour nourrir ta ville. Nous aurions fait disparaitre Narval de la carte, gardant son autonomie mais maintenant, eux comme nous sommes au bord de la catastrophe. Ils n’ont que trois jours de vivre, ici nous en avons pour encore moins… l’eau nous manque déjà. Tu as tué Moreau. Il aurait pu nous expliquer comment fonctionne les installations de la mine. Même Yapee s’arrache les cheveux. Il ne reste que toi.
— Je suis donc votre seul espoir. Ça se monnaye.
Le pirate se raidie alors qu’un pli amer marque sa bouche. Saxxon esquisse un sourire.
— Pour qui me prenais-tu, Hurlevent ? Tu m’as pris ma ville, tué mes amis, terrorisé mes voisins et voler notre liberté. Croyais-tu que j’allais accourir comme un héros pour vous sauver ? Énoch n’avait rien fait… vous l’avez tué comme un poisson, éventré de la gorge au ventre !
Cette fois Amaury fronce les sourcils.
— Qui est Énoch ?
Les yeux de Saxxon brûlent de colère, tandis qu’il revoit le corps de son ami au sol. Malgré leur état, ses mains se crispent, faisant jaillir des articulations abimées, un filet de sang.
— Tu ne sais même pas qui tu assassine !
— Je suis un pirate. Je tue les gens, qu’importe leur nom ou leur visage s’ils sont en travers de mon passage !
— Énoch ne méritait pas cela ! Galon non plus.
— Moreau et mes hommes non plus. Tu les as tués. Tu es un assassin toi aussi.
Hurlevent sourit, narquois.
— Toi aussi, mineur, tu ne connaissais rien de leur vie. Tu la leur as ôté sans remord, ni regret. Toi et moi sommes égaux, Brûlepierre.
— Ne me range pas dans le même sac que toi, Hurlevent ! Je ne suis pas un tueur !
— Il faudra bien que tu ouvre les yeux. Tu as les mains aussi rouges que les miennes.
Amaury, comme Saxxon, regarde les mains aux bandages maintenant souillés de sang frai.
— La douleur…
— Est présente, même une fois guérit.
Le pirate prend un plat rempli d’eau, puis commence à dénouer les bandages pour en refaire des propres. Leur regard s’accroche un long moment, Saxxon revoyant les cicatrices de l’homme. Il lâche un soupir, oubliant momentanément sa colère.
— Tu disais qu’il n’y avait plus d’eau alors que tu en utilise un plat complet.
Les muscles de Saxxon tressautent tandis qu’Amaury panse les brûlures.
— Une grande partie des réserves sont pour les blessés du Khamsin. Tu en fais parti. Nous avons déjà rationné les hommes mais il n’y a plus assez de puissance dans mon vaisseau pour filtrer et recycler l’eau. Moreau m’avait prévenu que chaque mine avait son secret et ses réserves. J’espère juste qu’il en reste quelque chose. Aucun de nous ne comprend les marques des mineurs.
— Que me donneras-tu en échange ?
— Que veux-tu ?
Amaury continue le nettoyage des mains du mineur. L’eau se teinte de rose, puis de pourpre. À la surface, quelques plaques de peau carbonisée flottent paresseusement.
— La liberté pour ma ville.
Le pirate sourit.
— Je leur offre l’indépendance face aux villes-bulles. Le commerce avec les oasis et les voyageurs est d’autant plus lucratif.
— Tu vas les affamer ! On ne peut pas vivre sans les produits des villes-bulles et les pillages ne nous sauveront pas !
— Que tu es naïf, Brûlepierre. Comment crois-tu que les oasis survivent, ou les Atréyade ?
— Les Atréyade sont un peuple déjà mort tandis que les habitants des oasis sont un ramassis de déchets humains. Nous avons besoin des villes-bulles !
— Erreur ! C’est eux qui ont besoin de vous ! Survivre sans eux, est possible ! Je le fais depuis huit ans !
— Parce que tu vole et tu pille la nourriture des autres ! Sans toi, et les pirates, l’équilibre serait parfait !
— L’équilibre n’est PAS parfait ! Toi et les tiens crevez dans les mines pour quelques grammes de pierre à carburant pendant qu’eux vivent dans leur maison sous les dômes ! Protéger du monde extérieur et tellement sûr de leur suprématie ! Que sais-tu de la colonisation ? Du pourquoi les hommes sont sur cette planète ? Rien ! Tu n’en sais rien et tu te vautre dans cette ignorance comme tous les autres ! C’est tellement plus simple de vivre comme tu l’as toujours fait ! Ouvre les yeux et regarde !
— Regarder quoi, pirate ! La mort dès que tu sors des grottes ? La vie de miséreux dans les oasis sordides ? Crois-tu que j’ai été mineur toute ma vie ? Tu ne sais rien de qui je suis ! Tu te pavane ici, croyant tous savoir sur tout mais tu te trompe ! Tu me soigne pour que je te sois redevable, je préfère crever que de te devoir quoique ce soit ! Ici, sous terre, que tu le veuille ou non, c’est moi qui suis en position de force. Avec mes règles, mes lois ! Tu as débarqué dans ma vie, tu l’as saccagé et maintenant tu voudrais m’apprendre à vivre ?
Les deux hommes se toisent. L’atmosphère est lourde. Amaury est le premier à fermer les yeux, lâchant un soupir pour se calmer.
— Je savais que te convaincre allait être ardu, mais pas à ce point.
Le capitaine esquisse un sourire.
— Soit, tu as raison, Saxxon. Sous terre c’est ton territoire. Je suis assez intelligent pour faire passer la survie de mes hommes avant ma fierté.
Le mineur rit doucement.
— Rien n’est perdu.
— Nos vies sont différente, mineur. Pourtant la mienne n’est pas aussi mauvaise que tu veux le croire et surement que la tienne ne l’ai pas non plus. Faisons un marcher : Tu nous aide, encore une fois, à survivre dans les mines et une fois sortie d’affaire, je réfléchirais à quitter Narval.
— Me prends-tu pour un idiot ? Je ne veux pas de l’hypothétique, mais du concret. Je vais t’aider et une fois sortie d’affaire, je te surveillerais jusqu’à ce que tu quitte Narval et oublie son existence.
— J’ajoute sans représailles des deux côtés Si je quitte Narval, vous oublierez vous aussi notre existence.
— J’ai ta parole d’homme, Pirate ?
— Sur mon honneur, Mineur. Tu es sous ma protection.
— Et toi sous la mienne.
Pour sceller leur accord, les deux hommes se fixent. Prunelles brunes contre prunelles vertes. D’un simple hochement de tête, ils entérinent l’affaire. Puis Saxxon lâche un soupir entre lassitude et douleur. Il se rallonge, ses yeux papillonnants de fatigue.
— Ton corps combat le mal. Tu es une force de la nature Saxxon Brûlepierre mais parfois cela ne suffit pas.
Le malade rit doucement devant cette évidence tandis qu’il sombre dans un sommeil réparateur. Amaury le veille un moment. Une fois l’homme endormis, il quitte l’alcôve pour rejoindre Bethlehem dans la sienne.




mardi 15 octobre 2013

Petite enquête sur Sables, ca prend deux minutes ^^

Salut tous le monde !
Un petit post rapide !

http://www.charlie-audern.fr/webfiction/

Une petite enquête de 5 questions sur Sables, si vous pouviez laissé votre avis... merci !

samedi 12 octobre 2013

Sables : Chapitre 08

ANNONCE OFFICIELLE : Kitty-Chan devient l'illustratrice de Sables. Grâce à son crayon, Saxxon, Amaury et les autres ainsi que les créatures de Sables prendront vie. J'espère que cette collaboration vous plaira !

 



Chapitre 08


— À l’abordage !
— Ordre du capitaine : à l’abordage !
La tension sur la plateforme de commandement est électrique. Les officiers sont concentrés et sur leurs consoles et sur la vision qu’offre le désert à cet instant. Au sol, les dunes pâles renvoient les rayons des Jumeaux percuter le flan massif du convoi. L’air est saturé par la chaleur, créant des murs tremblants de brume qui reflètent les objets. Le convoi est long d’une trentaine de mètres, tel un ver, sinuant sur le sable brûlant. Il accélère l’allure à la vue des pirates, les vibrations du moteur du train faisant vibrer les quelques rochers à portée. Les Chags chargent, leur canon sonique bombardant les mercenaires de sécurité.
— Prêt pour la première salve, Capitaine.
Les doigts de Cormoris volent sur sa console.
— Canons bâbord 3 et 4 en position. Canon tribord 1 en chargement.
— Bien. À mon commandement… Feu !
D’un accord parfait, les canons crachent une onde sonique basse fréquence, repoussant tout sur son passage. À la vigie, Tem crachote.
— Les Chags les prennent à revers mais… Capitaine !
Hurlevent se tourne vers son jeune officier. L’une des fenêtres est remplacée par une vision informatique de la scène. Plusieurs points quittent le transporteur par l’arrière et la coque du convoi rougit en deux endroits. La voix de la vigie est hystérique.
— Ils ont armé le convoi avec des canons laser. C’est un piège, Capitaine. Une quinzaine de chasseurs en vue. Capitaine !
— Calme-toi, reste concentré. Cormoris, bombarde-moi cette merde. Kelvin, rappelle nos hommes, vite. Varga, manœuvre d’évitement, maintenant.
— Impossible, Capitaine. Le moteur auxiliaire a des ratés. Je n’ai plus le contrôle bâbord.
La voix de Varga est tendue, elle reprend :
— Je tente de basculer l’énergie vers le moteur principal mais nous perdons de la puissance.
— Augmente le débit des pierres à carburant !
— On va cramer le moteur, Capitaine !
Kelvin prend la parole, d’un débit rapide :
— Les Chags font demi-tour mais l’ennemi était préparé. On a perdu trois vaisseaux.
Cormoris lance d’une voix blanche :
— On a perdu les canons avant !
Tem pianote follement sur sa console.
— Capitaine… Capitaine, j’ai un mouvement tectonique anormal…
Hurlevent serre les dents. Il va pour donner un ordre mais la voix de Bethlehem monte dans les octaves.
— Un Karmaï ! Un Karmaï ! Par le Sable, il est énorme !!
Tous les autres se tournent vers le jeune homme, puis sur l’écran. Un grondement puissant fait trembler le Khamsin. Les dunes entre le transporteur et le vaisseau pirate explosent, noyant la scène d’un nuage de grains blancs. La tête d’un ver géant des Sables apparaît ainsi qu’une partie de son corps qui ondule de façon menaçante. Il doit bien faire cinq à six mètres de diamètre. Son corps est recouvert de plaques squameuses oscillant entre le brun et le vert. Son œil unique pédonculé oscille de droite et de gauche, parfois tournant à 180°. La voix de Tem est tremblante.
— Ce n’est pas normal, pas normal…
Hurlevent qui est resté figé devant l’apparition à moins de dix mètres d’eux, serre les poings.
— Au contraire, Tem. C’est la suite logique.
— Mais un Karmaï… Il est trop près des falaises !
Kelvin prend la parole :
— Retour des Chags, Capitaine. Cinq disparus, dix blessés.
— Bien, qu’ils aillent à l’infirmerie. Varga, ce demi-tour ?
— Je fais de mon mieux, Capitaine.
À l’extérieur, le Karmaï bouge de plus en plus vite. Cormoris arme les canons.
— Il va charger, Capitaine !
— Impact imminent !
D’un mouvement rapide et souple, plus qu’il n’y laisse paraître, l’animal se jette sur le Khamsin. Les canons crachent leur jet sonique. L’animal recule, contractant ses anneaux de douleur.
— Capitaine…
Le ver sort un peu plus de son trou, chargeant une nouvelle fois.
— Varga !
— Oui, je sais Capitaine.
Cormoris tire une salve de plus mais le ver fonce sur eux.
— Varga ... !
— Hum…
La femme pianote fiévreusement sa console, concentrée comme jamais. Tem hurle :
— Impact !
Le vaisseau, percuté par l’animal, vacille dangereusement, broyant le métal et fissurant les fenêtres d’observation malgré l’alliage sensé être indestructible. L’animal crache un jet de salive corrosive sur celles-ci. Le verre ainsi que la coque du vaisseau pirate commencent à fumer.
— Varga, c’est maintenant !
— Impossible sans faire exploser les moteurs, Capitaine.
— C’est un ordre ! Sors-nous de…
Le Karmaï charge encore, son corps s’enroule autour du vaisseau malgré les tirs nourris de Cormoris.
Kelvin halète.
— Coque du vaisseau endommagée à 52%. On ne survivra pas à une troisième attaque. Perte de la cale arrière, fissures importantes sur le dôme ainsi que sur bâbord. Brèche constatée au quatrième niveau. Salle des réservoirs endommagée, le…
— Cormoris, vide les canons, il faut qu’on se libère. Varga, tu nous sors de là maintenant !
Dans un cri de guerre, Cormoris appuie sur les boutons de commande des canons, encore et encore, blessant l’animal, le transperçant. Varga rugit aussi, poussant le vaisseau à travers le corps de l’insecte géant. Le Khamsin tremble, gémit, crisse, puis finit par bouger. Plusieurs explosions résonnent à travers les coursives, les cris des hommes d’équipage se font entendre. Hurlevent serre les poings, tendu comme son vaisseau. Lentement, le Khamsin progresse. L’animal tente de resserrer son étreinte mais Cormoris le bombarde d’ondes soniques aussi coupantes qu’une lame. Dans un bruit mouillé, le Karmaï se déchire en deux. Les vitres se recouvrent d’un mélange de peau, de viscères d’un brun rouille, de sang fumant, s’évaporant et séchant presque immédiatement. Les fissures laissent entrer l’odeur nauséabonde du cadavre. Kelvin n’a que le temps de se retourner pour vomir au sol. Varga et Tem sont pâles, Cormoris respire par à-coups entre ses lèvres. Hurlevent, quant à lui, est blême de rage. Les Jumeaux faisant leur office, le mélange visqueux sur les vitres se craquèle, finissant par tomber par gros pans.
— Varga, ramène-nous à bon port.
— B… Bien Capitaine.
La voix de Sura retentit sur la passerelle.
— Capitaine ?
Hurlevent fait signe à Tem de brancher le micro.
— Ici le Capitaine Hurlevent. À tout l’équipage : reprenez vos postes. Les blessés seront conduits à l’infirmerie. Par section, faites parvenir à Kelvin le bilan des pertes et des avaries. On rentre à Narval.
Le capitaine se laisse tomber sur son fauteuil en soupirant. Il se masse les yeux puis sourit à son équipage.
— On rentre à la maison, les enfants.
Le soulagement est de courte durée. Sur la passerelle silencieuse un bip régulier se fait entendre. Les hommes et le capitaine se tournent vers Tem. La jeune vigie est blanche, une fine pellicule de sueur recouvre son visage, raidissant ses cheveux en de nombreux épis. Son corps, toujours mobile, a pourtant la rigidité du fer. Il avale sa salive. Pianotant d’une main nerveuse, il lâche son souffle d’un coup.
— Capitaine, nous sommes pris en chasse. Une dizaine de vaisseaux en escadrille nous piste. Ils nous rattraperont dans moins d’un temps.
— Et merde !
Le poing du capitaine s’abat violemment sur l’accoudoir.
— Relevé topographique, Tem ?
— En continuant vers l’est, nous arrivons près des falaises de l’Oural. Il y a trois mines désaffectées dans un rayon de soixante-quinze milles.
— Les rapports sont désastreux, Hurlevent. On ne tiendra pas longtemps à ce rythme ! Il faut trouver un abri !
— Reçu, Kelvin. Tem pousse à cent milles.
— Grotte de Longrand à quatre-vingt-dix-sept milles. Accessible par la traversée de la passe de l’aigle.
Varga grogne.
— Le vaisseau a perdu de sa maniabilité. Je ne pourrais pas le diriger convenablement dans un passage étroit.
— Pas le choix, Varga. Tem, mets le cap vers cette mine. Varga, tu fais au mieux, mais il faut l’atteindre avant la nuit !
La femme serre les dents en murmurant.
— Si on ne tombe pas en morceaux d’ici-là.
— Au lieu d’être défaitiste, trouve-nous un circuit pour semer les chacals.
— C’est en cours, Capitaine.
— Kelvin, transfère-moi les dossiers des dégâts sur ma console.
— C’est en cours de traitement.
— On va s’en sortir.
La voix de Sura résonne sur le poste de commandement.
— Feu dans la salle des moteurs, Capitaine.
— Il ne manquait plus que cela ! Varga, cette trajectoire !
— Coordonnées entrées. C’est bon. On y va.
Le vaisseau file entre les dunes de plus en plus hautes. Le capitaine reste nerveux.
— Tem, l’escadrille ?
— Sur nos traces, mais on prend de l’avance apparemment.
— Varga, essaie de les semer dans le dédale de dunes.
— C’est ce que je fais depuis tout à l’heure, bon sang !
Les Jumeaux gravissent le ciel, arrivant à leur zénith. Le sable est devenu d’un blanc aveuglant, rendant la navigation difficile.
— C’est le moment, ouverture !
La coque du Khamsin semble se craqueler mais pivote, révélant un revêtement miroir. Grâce au zénith des Jumeaux et l’absence d’ombres, le vaisseau disparaît par un effet d’optique. Une fois le navire camouflé, Hurlevent s’affale dans son fauteuil en soufflant tandis que ses officiers se détendent également.
Quelques temps plus tard, le Khamsin est à l’arrêt au fond d’une grotte. La voûte culmine à plusieurs mètres au-dessus de la rivière de sable brun. Après une visite sommaire des lieux, Borges a installé un hôpital de fortune pour soigner les membres d’équipage blessés pendant l’attaque et les diverses explosions des moteurs. Pendant ce temps, Hurlevent a divisé les valides en petites troupes armées pour fouiller plus en profondeur la mine déserte. Kelvin, Tem et Varga avancent de concert avec lui tandis que Cormoris ainsi que deux autres membres d’équipage font l’état des lieux des installations techniques. Le capitaine avance à travers les boyaux sombres et vétustes.
— Kelvin, que sait-on de cette mine ? Pourquoi a-t-elle été abandonnée ?
L’analyste pianote sur sa tablette.
— D’après notre banque de données, la mine de Longrand a été abandonnée il y a une quinzaine d’années. Les habitants ont subi plusieurs revers : épidémie, météo désastreuse, accidents, pillages… Le tout cumulé leur a fait quitter les lieux. Mais Longrand a la réputation d’être mauvaise.
Le capitaine éclate d’un rire bref.
— Alors elle nous convient tout à fait ! Fouillez les alcôves, il y a peut-être des restes utilisables. Trouvez de l’eau et à manger…
— Mais Capitaine, elle est abandonnée depuis longtemps…
— N’extrapole pas, Tem. Avec les réserves du Khamsin nous avons à peine de quoi nous nourrir. Va avec Kelvin vers le haut. Varga, tu m’accompagnes par-là.
Le groupe se scinde. Hurlevent progresse, lumière et armes au poing vers les alcôves qui s’alignent de part et d’autre de leur chemin. Derrière, Varga, le pas lourd, reste sur le qui-vive. Une fois les bruits de l’autre partie de l’équipe assourdis par la roche, Hurlevent entre dans une alcôve. Elle est petite, ne comporte qu’une pièce de vie totalement dénudée. Quelques objets cassés s’entassent dans un coin. Il lève sa torche laser bien haut, avant de trouver les restes de pot à feu. Sur les cinq que comporte le logement, deux s’allument en crachotant. La lumière est incertaine. Varga s’avance. Le capitaine se positionne pour bloquer l’accès. Il pointe son arme vers son pilote. La femme se raidit, redressant son corps massif, toisant le capitaine.
— Un souci, Hurlevent ?
— Des questions plutôt.
Lentement, la femme pose son arme sur la table taillée à même la roche, elle lève ses bras.
— Je ne résisterai pas. Pas la peine de me menacer.
Le chef des pirates sourit ironiquement.
— Voyons, Varga. Je te connais. Même sans laser, tu es une arme à toi seule.
La femme hoche la tête.
— Tu as toujours eu un faible pour les femmes dangereuses.
— Exact. Il y a un traître dans l’équipage.
Varga ne cille pas.
— Tu t’es dit que c’était moi ?
— Je doute de tout le monde. L’attaque de ce matin était un piège, le Karmaï n’était pas là par hasard. La mine de Narval n’est pas mieux. Qu’as-tu à dire ?
Avec des gestes mesurés, Varga croise ses bras, s’adossant à l’une des parois, son arme hors de portée.
— Je suis loyale, Hurlevent. Quand tu nous as parlés du plan pour Narval, j’étais contre et je te l’ai dit. Nous sommes des pirates, pas des troglodytes. Notre place est dans le désert. Mais j’obéis à tes ordres. Tu sais bien pourquoi ou bien dois-je m’humilier et te le rappeler ?
— J’ai demandé à Tem de faire des recherches sur toi.
La femme encaisse le coup, pâlissant. Amaury continue :
— Depuis quand tu acceptes qu’un homme te chevauche, Varga ?
Le visage du pilote se tord de dégoût.
— Depuis que je n’ai plus le choix. Sa queue n’est pas aussi repoussante que ça, tant que je ne vois pas son visage. Le plaisir charnel reste du plaisir. Tu es bien placé pour le savoir, Capitaine. Sura est une chienne et Kelvin un lapin. Crois-tu que personne ne le sait ?
— Je n’ai jamais caché mes préférences, Varga. Contrairement à toi.
— Je hais les hommes, leurs mains, leur odeur… mais le sexe, reste le sexe. Borges est arrangeant et ne pose pas de question, C’est suffisant pour ce que je lui demande.
Varga quitte le mur, s’avançant vers son capitaine.
— Depuis quand ma vie sexuelle t’intéresse, Capitaine ?
— Tu fais ce que tu veux de ton cul, tu le sais. Ce qui m’intéresse c’est que tu me l’aies caché. Si tu me caches cela, il est naturel que je me demande ce que tu peux cacher encore, ma petite.
— Me taper Borges ne fait pas de moi une traîtresse ! Je ne suis pas ta cible, Capitaine. Quand j’ai envie de te dire merde, je te le dis en face, capitaine ou non. Le Khamsin est autant ma maison que la tienne et si tu penses que je ne suis pas loyale à toi, pense que je le suis au vaisseau. Il est notre passeport pour la liberté, pour ne plus être ce que nous étions et devenir ce que nous souhaitons. Je n’y retournerais jamais ! Hurlevent, tu es le meilleur chef pour le Khamsin. Je te dois la vie et mon esprit. Si ça ne compte pas à tes yeux…
— L’appât du gain entre en compte. Tu es loyale au vaisseau donc si on te l’offrait, tu l’accepterais contre moi.
Varga hausse les épaules.
— Qui ne l’accepterait pas ! Mais devenir chef pirate ne m’intéresse pas pour le moment. Tu sais ce que je cherche et c’est suffisant pour moi.
— Suffisant jusqu’à quand ?
— Jusqu’à ce que je décide le contraire.
— Comment te faire confiance ?
— Tu n’as que ma parole. Si je dois te trahir, Capitaine, je le ferais en face. Pas besoin de plan compliqué. Je viendrais te voir et je te tuerais en te regardant dans les yeux. En ça, tu peux avoir confiance.
Le sourire de Hurlevent troue la pénombre de l’alcôve, suivi par celui de son pilote. Il abaisse son arme, tendant la main à la femme qui l’empoigne avec force. La poignée de main dure plusieurs secondes puis les deux pirates quittent cette alcôve pour visiter les suivantes.
Après deux temps pris pour visiter ce qui fut la ville troglodyte de Longrand, le capitaine et ses hommes reviennent à l’hôpital de fortune de Borges. Ce dernier n’a pas arrêté depuis l’installation de l’infirmerie. Il est débraillé, ses bras et sa blouse sont couverts de sang et son front brille de sueur. D’un geste négligé, il se l’essuie avec un bout de tissu plus très propre. Finissant une suture à l’arcade sourcilière sur l’un des mécanos, il sourit au capitaine.
— Ah ! Il y a un blessé qui vous réclame à cor et à cri. Heureusement que Yapee est muet sinon on l’entendrait à l’autre bout du camp.
Hurlevent fronce les sourcils.
— Yapee a été blessé ?
— Ouais, et pas qu’un peu pour une vieillerie de son âge ! Il a une jambe cassée. Pas de panique, Capitaine. C’est une vieille carne encore plus dure que le roc. Il est au fond.
Amaury traverse donc la place changée en infirmerie. Il finit par trouver Yapee, la jambe maintenue dans un plâtre de fortune, assis à côté d’un corps inconscient. Le vieil homme salue le capitaine d’un mouvement de main et d’un sourire édenté. Amaury observe le vieillard d’un œil acéré. Le chef mécano rit silencieusement, écartant ses bras avec bonhommie.
— De quoi tu t’inquiètes, mon garçon. Je suis entier.
Les doigts de l’homme bougent avec grâce et rapidité. La réponse du capitaine est plus nerveuse.
— Ne fais pas le malin avec moi, Yapee. Tu as une jambe cassée.
— Tant que ce ne sont pas mes doigts… Par contre, le Khamsin est bon pour la casse. Il est irréparable.
— Tu es sûr ?
— Fiston, je sais que tu adores ce rafiot, mais le moteur auxiliaire est cramé, le principal ne tiendra pas le coup sans une réparation complète. La coque est fissurée sur plus de deux tiers et les pans directionnels ont été arrachés. Ça a tué une dizaine de mes gars en bas. Un vrai carnage.
Les yeux du vieil homme dévient sur le corps endormi.
— Tu vois ce gars, sans lui, on n’aurait pas réussi à réduire la fuite de pierres à carburant. Je ne sais pas où tu l’as trouvé mais garde-le.
Amaury regarde à son tour le patient. Sans surprise, il découvre Saxxon. Les bras de l’ancien mineur sont enroulés dans de la gaze, maintenue à son tour, par des bandages qui commencent à être souillés. Yapee reprend.
— Il a foutu directement ses mains dans la fournaise pour arracher les pierres en train de fondre. Un sang-froid impressionnant. Il nous a sauvés la vie.
Le regard olive du capitaine pirate s’attarde sur le visage en sueur de Saxxon. Les cicatrices sur son visage d’un rouge agressif ressortent sur la peau trop pâle. La respiration de l’ancien mineur est un peu trop rapide. Soudain, Amaury voit la joue se contracter sous un tic de douleur. Yapee hoche la tête.
J’espère pour toi que tu ne comptes pas le laisser crever…
— Non. J’ai des projets pour lui…
Hurlevent fait un geste à Borges qui faisait sa ronde.
— Comment va-t-il ?
— Comme un homme brulé au 3e degré. À certains endroits, j’apercevais ses os.
— Il va mourir ?
— Si aucune infection ne se déclare, il s’en sortira. Il aura tout de même beaucoup de travail à faire pour retrouver la mobilité complète de ses bras et de ses mains. Mais vu ce que j’ai appris sur lui le temps de sa présence à l’infirmerie, je pense qu’il est assez costaud pour s’en sortir.
Le médecin a un rapide sourire sur son visage mal rasé. Le capitaine hoche la tête.
— Et pour les autres ?
Le sourire du médecin se fane alors qu’il se gratte la joue.
— Deux morts de plus et surement deux autres avant demain. Un blessé grave en plus de celui-ci mais le reste est soignable.
— Bien. J’organiserai demain une cérémonie de deuil. Si tu penses que les blessés sont transportables, il y a assez de maisons-grottes pour tous. Il y aura une distribution d’eau et de vivres au coucher des Jumeaux.
Borges fait un mouvement du menton vers Saxxon.
— Et lui ?
— Je m’en occupe.
Puis Amaury reprend pour Yapee :
— Tu as besoin de quelque chose, Pape ?
Le vieil homme secoue la tête, se relevant en s’appuyant sur une canne de fortune.
— Je vais me débrouiller, fils.
— Je passerai te voir ce soir.
— Occupe-toi de ton cul et de ceux qui en ont besoin.
Amaury éclate de rire, finissant à haute voix :
— C’est bon, j’ai compris. Borges, déplace le mineur dans ma grotte. Je vais organiser la distribution avec Kelvin.
Après avoir donné ses ordres, le capitaine remonte l’allée des blessés à la recherche de son analyste.