dimanche 29 septembre 2013

Sables : Chapitre 07


Bonjour : Une nouvelle catégorie voit le jour : Illustration. Elle se rempliera au fur et à mesure. Merci d'encourager l'illustratrice Kitty - Chan.

Saxxon ouvre les yeux dès que la porte de l’infirmerie coulisse. La pièce est remplie d’obscurité mais comment arriver à dormir avec le bruit lancinant du moteur du Khamsin ? C’est la quatrième nuit qu’il passe sur le vaisseau pirate depuis son réveil. C’est la troisième nuit que cela se reproduit. Quelques pas de pieds nus sur le sol, un souffle près de son oreille, une main qui se faufile sous le drap cachant sa nudité. Des doigts trouvant sans difficulté le sexe. Un rire. Une odeur sucrée. Le drap est repoussé, dévoilant la main qui s’active sur le sexe. Ce dernier gonfle et se dresse. Saxxon regarde le plafond, perdu dans ses pensées. Son corps réagit mais son esprit pense à tout autre chose. Puis le lit s’affaisse. Deux cuisses musclées l’enserrent. La main guide le pénis entre elles, le maintenant droit pendant que le corps s’empale sur lui dans un souffle. Saxxon grogne. C’est chaud, humide, serré… Deux mains le plaquent contre le lit alors que le corps s’active : en haut, en bas, de plus en plus vite. Le mineur ferme les yeux en serrant les dents. Le plaisir est présent, brut. Saxxon ouvre les yeux. Au-dessus de lui, une femme à la peau sombre et aux cheveux blancs se balance sensuellement. Lorsque les yeux d’onyx croisent ceux du mineur, un sourire carnassier troue l’obscurité du visage. Dix ongles longs s’enfoncent dans ses flancs tandis qu’elle accélère. Des sons bestiaux s’échappent d’entre ses lèvres pleines ainsi que des mots étranges. Saxxon serre les poings, prisonnier de ses liens. L’adrénaline inonde ses muscles. Soudain la femme se fige, le corps tendu en arrière par un orgasme. Saxxon sent le plaisir de la femme mouiller son pubis. Puis elle se retire avec grâce avant de disparaître. L’homme reste le souffle court, le sexe tendu et palpitant de plaisir mais dans l’incapacité de l’assouvir. Le mineur ferme les yeux, prenant de grandes inspirations, calmant son corps, comme son esprit. Il reste les yeux ouverts sur le plafond blanc dans la nuit de la pièce.
Quatre jours que Saxxon ne dort que par intermittence et d’un sommeil peu régénérant. Comment dormir dans ce lieu de métal à aucun moment silencieux ? La vibration continue du moteur, les pas précipités des hommes dans les coursives, les échanges vocaux à portée d’oreille…  Sans parler du capitaine. Chaque jour depuis son réveil dans cet univers aseptisé, le capitaine vient le voir. Parfois l’homme lui parle du Khamsin, parfois il l’interroge, souvent il reste silencieux. Saxxon se demande quoi penser de lui. Dès qu’il le voit, la montée d’adrénaline qu’il ressent est inexplicable. Il oscille entre vouloir écraser son visage de ses poings jusqu'à faire disparaître ce sourire suffisant et vouloir l’écouter encore, surtout lorsqu’il parle de son vaisseau et du désert. Les visites nocturnes de la femme ne le perturbent pas plus que cela. C’est physique. La frustration est la plus difficile à gérer. Une journée comme la veille, suivie d’une nuit avec la femme laisse pourtant Saxxon fatigué et empli de questions. La veille, une longue visite du capitaine qui est resté silencieux pendant plus de deux temps, simplement à l’observer comme s’il le jaugeait, a mis Saxxon mal à l’aise. Mais la colère a été plus difficile à évacuer lorsque le mineur comprit que le Khamsin quittait la grotte et glissait désormais sur la mer de sable. Une appréhension diffuse s’infiltre désormais dans ses veines. Le désert n’est séparé de lui que par la fine membrane du vaisseau. Le sable à l’infini, le soleil plus lourd que le plomb, la lumière aveuglante des Jumeaux… Un frisson fait se dresser chaque poil de l’épiderme de l’homme. Il repousse au fond de son esprit le souvenir qui essaie de se faufiler au premier plan de ses pensées. Non, plus jamais ! Comme en réponse à ce cri muet, les muscles des bras du mineur se gonflent tandis qu’il tire sur ses liens. Le métal grince mais résiste. Saxxon prend une autre inspiration, bandant ses muscles à nouveau un peu plus que précédemment pour forcer les menottes. Encore un échec. Encore et encore, le mineur force ses chaînes. Lentement, le métal bouge et joue sur sa peau, l’entaillant à sang. Soudain, le premier boulon crisse puis saute dans un miaulement désagréable. Saxxon est en sueur. Cette petite victoire renforce sa détermination, voilà quatre jours qu’il affaiblissait ainsi ses attaches. Comme le travailleur de fond qu’il est, c’est méthodiquement qu’il continue son ouvrage. Il sait que le départ de la femme, lui laisse le reste de la nuit. Personne ne vient jamais le voir. Pourtant, il s’inquiète. De par ces efforts répétés, les machines reliées à son corps commencent à enregistrer des données excentriques : le souffle rapide, le cœur qui s’affole, la tension qui monte… Mais en jetant un coup d’œil à l’une des machines, il remarque qu’un petit bouton rouge clignote. La femme a coupé les alarmes pour satisfaire sa libido et a oublié de les remettre. Saxxon sourit, c’est sa chance ! Mettant tous ses muscles en œuvre et sa force, il arrive en un temps à faire céder définitivement les attaches de ses poignets. Ce n’est qu’un jeu d’enfant ensuite de se libérer les chevilles ainsi que des fils et perfusions le reliant aux machines.
Saxxon se retrouve ainsi libre. Lentement il s’assoit sur son lit, toujours entièrement nu. Après une petite pause, il dépose son pied droit sur le sol, savourant le contact tiède du sol ainsi que l’étrange vibration du moteur. L’autre pied rejoint son frère. En prenant son temps, le mineur se redresse. Il a un instant peur de perdre l’équilibre, mais non. Un pied après l’autre, ankylosé et hésitant, Saxxon se dirige vers les armoires. Il en ouvre une au hasard, cherchant de quoi se vêtir. Il finit par tomber sur une blouse du médecin. Celle-ci est bien entendu trop petite mais lui permet de cacher son intimité et ainsi de se sentir moins vulnérable vis-à-vis des autres. Il déniche plusieurs outils médicaux, arrêtant son choix sur un scalpel qu’il cache dans la poche de la blouse. Avec prudence, il quitte l’infirmerie. Les coursives semblent vides. Son but est simple : trouver Hurlevent pour le maîtriser. Mais où se trouve la cabine du capitaine ? Il décide d’aller sur sa gauche. Tant que l’alerte n’a pas été donnée, il a toute latitude pour réaliser son plan. Coursive après coursive, le jeune homme remonte le Khamsin, se cachant dès qu’il entend des pirates parler ou se déplacer. En tendant l’oreille près d’une salle où cliquètent des machines, Saxxon comprend que les hommes sont en effectif réduit, le capitaine ayant laissé une partie de ses hommes à Narval. Plus confiant, il reprend sa progression. Il n’a que le temps de tourner le dos lorsqu’une porte disparaît devant lui, laissant sortir Varga et Cormoris. Les deux gradés sont en train de parler avec véhémence. La voix de la femme gronde.
— Tu oses prétendre que tu maîtrises la situation ? L’effectif de l’équipage est à 60% ! Comment veux-tu que nous arrivions à nous emparer du convoi 17 ?
L’homme a un geste brusque de la main.
— Le convoi 17 n’a que cinq hommes d’escorte. Ça commence à t’effrayer, petite fille ?
— Ne me prends pas pour une de tes femmes, Cormoris, j’en ai castré pour moins que cela !
Le rire de l’homme est métallique.
— Même pour dix kilos de pierre à carburant, je ne voudrais pas de toi dans mon lit.
— Ta gueule, limace, c’est moi qui ne voudrais pas de toi. Le capitaine m’inquiète depuis que nous sommes arrivés à Narval, il ne quitte sa cabine que pour aller voir l’autre terrien.
— Tu n’es pas sa mère. Il reste opérationnel.
— Opérationnel, mon cul. Il reste dans sa cabine, comme un rapace dans son aire et rumine. Si Kelvin ne lui avait pas dit qu’on manquait de crever de faim, il…
Les voix se perdent alors que les deux officiers montent dans un ascenseur. Saxxon grogne de dépit pourtant satisfait d’avoir obtenu l’indice qui lui manquait : la cabine du capitaine se trouve au-dessus. Trouvant un passage de mécanicien, il remonte les coursives jusqu’au sommet du Khamsin. Le mineur stoppe un instant. Devant lui, la coursive est recouverte d’une moquette amortissant les pas et les murs sont peints. L’odeur qui se dégage de cet étage est particulière. Saxxon prend une grande inspiration. L’odeur du capitaine. Il se lèche les lèvres, tentant de ressentir le parfum jusque dans sa bouche : minéral, salé… épicé aussi. Une odeur sèche, propre comme lorsque les Jumeaux tapent de tous leurs rayons sur la pierre, la réduisant progressivement en sable. Il se surprend à prendre une large inspiration. Sa main s’enfonce dans sa poche, serrant le scalpel, alors qu’il progresse vers la seule porte de cette coursive. Celle-ci est recouverte de bois précieux. Saxxon la frôle des doigts, touchant avec révérence ce produit d’une richesse obscène dans ce monde minéral. Étonnement, à ce simple contact, la porte coulisse en silence. L’odeur de l’homme le percute, plus forte. La pièce qu’il découvre est plongée dans le noir. A tâtons, Saxxon se dirige vers l’arcade qu’il entrevoit sur sa gauche. Cette pièce, plus petite que l’autre, n’a que très peu de meubles dont un grand lit qui emplit presque toute la totalité de l’espace disponible. Un corps y est couché, recouvert d’un drap qui crisse à chaque mouvement. La main de Saxxon se convulse sur son arme improvisée. Sa respiration s’accélère alors que l’adrénaline noie son cœur et son cerveau. Il entre dans la pièce, s’approche du lit, lève le bras tandis qu’il pose un genou sur le lit. Ce dernier s’affaisse. Le capitaine soupire en se tournant.
— C’est toi, Kelvin ? Tu es de retour ?
Dans un cri de rage brute, Saxxon abat son bras sur son ennemi. Le capitaine a juste le temps de rouler sur le côté, le scalpel se plante à quelques centimètres de son oreille.
— Ouverture !
Hurlevent roule sur le lit, le quittant rapidement le temps que Saxxon récupère son arme. Il est nu alors que les rideaux en métal s’ouvrent, dévoilant les fenêtres. Les Jumeaux sont en train de monter dans le ciel blanc. Saxxon se retourne d’un bloc vers l’homme, lui fonçant dessus. Il percute le capitaine qui s’écroule sur le sol. Saxxon, à cheval sur les hanches de l’homme, sa blouse déchirée ouverte sur son corps nu, lève le scalpel avant de l’assener sur le pirate. Ce dernier se protège de son bras, arrêtant l’arme à fleur de peau de sa gorge. Saxxon grogne, appuyant avec son autre main sur son poignet pour forcer la pénétration de la lame. Au moment où le pirate cède par manque de force, le rideau de métal finit sa course. Les Jumeaux sortant de derrière une dune illuminent la chambre de leurs rayons de feu. Saxxon hurle de douleur, se reculant d’un coup du corps d’Hurlevent. Il se roule en boule, les mains sur son visage. Le scalpel git sur le sol tandis que le mineur gémit en tentant de soulager la brulure sur ses rétines. La voix d’Amaury claque.
— Teinte 70%.
Aussitôt les vitres foncent. Le capitaine ramasse l’arme.
— Novice ! Tu n’es pas assez doué pour me tuer, Mineur. Les gens de ton espèce qui vivent tels des rats sous terre, ne supportent pas la lumière des Jumeaux.
Amaury s’agenouille près de Saxxon, prenant ses cheveux à pleine main. Il lui tire la tête en arrière d’un geste sec, la lame du scalpel sur la gorge. Hurlevent se penche vers le mineur en souriant. Les yeux de Saxxon sont striés de rouge et inondés de larmes. Le rire du pirate est presque tendre tandis qu’il appuie légèrement sur la lame, faisant perler le sang.
— Tu souhaites donc tellement mourir, Mineur ? Qu’aurais-tu fais, une fois que tu m’aurais tué ? Pris ma place ? Tu n’as pas les couilles pour cela et mes hommes t’auraient largué sur la mer. Quel est ton but, Mineur ?
Amaury appuie un peu plus fort sur la gorge de l’autre. Une fine ligne écarlate apparaît, gouttant paresseusement le long du cou de Saxxon.
— Parle donc, Mineur !
Toujours les yeux larmoyants, Saxxon les cligne plusieurs fois. Ses yeux sombres se plongent dans ceux olive de son assaillant. Un moment, les deux hommes se fixent, se défient, se cherchent. La communication interne les fait sursauter, brisant le duel de volonté.
— En vue de l’objectif, capitaine. Nous serons prêts à l’abordage dans un demi-temps.
Hurlevent fixe toujours son adversaire au sol.
— Bien reçu, je vous rejoins… dans un moment.
— Bien capitaine. Tout va bien ?
— Ne t’inquiète pas comme ça, Tem. Tout va bien.
La transmission se coupe. Amaury sourit à Saxxon.
— Alors Mineur, qu’est-ce qu’on fait à présent ?
Saxxon serre les dents. Le capitaine soupire.
— Toujours aussi loquace à ce que j’entends… Tu es désespérant. Dois-je te saigner comme un goret pour entendre ta voix ?
Amaury rit doucement.
— Non, même ça, je suis persuadé que je ne t’arracherais aucun son. Tu es un homme au fort caractère, Mineur.
Amaury s’assoit sur les hanches de Saxxon, la lame toujours sur la gorge de l’homme sous lui. Saxxon bande ses muscles pour le déloger. Le capitaine secoue la tête avec un claquement de langue.
— Voyons… sois sage. Nous sommes dans une impasse, toi et moi. T’en rends-tu compte ? Si j’appelle mes hommes, tu es mort. Tu n’as pas envie de mourir, pas vrai ? Tes yeux sont tellement brûlants de haine ! Tellement farouches…
Le pirate lâche la chevelure hirsute du mineur pour venir caresser la peau rêche du visage, piquée de cicatrices et de barbe.
— Cela en est presque… envoûtant.
Saxxon grogne en dégageant son visage des doigts d’Amaury. Ce dernier rit doucement. Il se réinstalle comme il faut sur le corps tout aussi nu que le sien, maintenant le mineur toujours au sol. Il fait mine de réfléchir.
— Bon, alors nous n’avons pas beaucoup d’options. La mort étant exclue, il ne nous reste que l’emprisonnement. Mais même cela, je suis sûr que tu arriveras à m’échapper. Que dirais-tu de m’aider ?
— Aider un pirate ? Jamais !
— Ne jamais dire jamais, Mineur. De toute façon, tu n’as pas le choix. Je vais te faire travailler au moteur. Tu toucheras au cœur du Khamsin. Mes hommes t’auront à l’œil. Tu m’intéresses, Mineur. Tu m’intéresses beaucoup ! Si tu voulais accepter de voir le monde comme je le vois… La mine n’est pas la vie. Notre planète est si grande, si merveilleuse…
— La mine n’est pas la vie, c’est ma vie.
Le capitaine secoue la tête.
— Plutôt une vie parmi tellement d’autres. Pourquoi se contenter de celle-ci sans connaître les autres ?
— Rejoindre les pirates n’est pas une vie qui m’intéresse.
— Pourtant elle n’est pas si désagréable : le sexe facile, la liberté… Sais-tu que nous avons vu des lacs salés qui jamais ne s’évaporent ? Nous avons dansé sous la pluie froide. As-tu jamais vu quelque chose de si beau ?
Saxxon sourit.
— Quoique tu en penses, Pirate, la mine n’est pas uniquement faite de roches sombres. Il existe des grottes qui brillent comme un ciel étoilé, des lieux où l’eau recouvre tout, des pierres qui, une fois polies, peuvent concurrencer les Jumeaux en personne.
Amaury s’allonge sur le corps du mineur, le gardant toujours en respect avec l’arme. Leurs corps mats s’alignent parfaitement.
— J’aimerais bien connaître ton monde, Mineur. Il a l’air aussi beau que le mien.
Saxxon se détend.
— En effet.
Un silence presqu’amical s’installe dans la cabine puis le capitaine se relève. Saxxon a un mouvement de recul en apercevant le corps nu d’Amaury. Celui-ci hoche la tête.
— C’est moins horrible que ça en a l’air. Faisons une trêve, de toute façon tu ne peux aller nulle part sur mon vaisseau. Je te propose de travailler en machinerie le temps de ce voyage, puis nous rentrerons chez toi. Penses-y comme une façon de mieux se connaître, toi et moi. Si tu es un tant soit peu intelligent, ce que je ne doute pas, c’est la décision que tu prendras. Me tuer ne t’amènera à rien, Mineur, juste à mourir à ton tour. Me soumettre aura le même effet.
Amaury tend la main à Saxxon qui est resté allonger au sol. Le jeune homme regarde la main tendue, le visage de son propriétaire et les hideuses cicatrices qui déforment son anatomie. Amaury hoche la tête.
— Je te raconterais un jour.
Saxxon finit par prendre la main en se relevant. Une fois debout, dominant le pirate des épaules et de la tête, il serre fort la main, jusqu'à faire blanchir son propriétaire.
— C’est une trêve pour le moment, mais je compte bien m’emparer de ta tête, Pirate.
Amaury serre la main en retour.
— Je n’attends que cela, Mineur.
Puis il lève les yeux vers le plafond.
— Kelvin, apporte-moi une tenue de mécanicien, la plus large que tu peux trouver. Ainsi que quelques sous-vêtements.
— Bien capitaine.
Les deux hommes se lâchent mutuellement la main. Amaury attrape le drap en soie rouge qu’il lance au mineur.
— Un peu de pudeur, que diable !
Il rit aux éclats devant le visage figé de surprise de Saxxon puis se dirige vers son armoire. Le temps pour Amaury d’enfiler une combinaison noire, et la porte de la cabine s’ouvre dans un souffle. Kelvin apparaît, tenant la tenue demandée. Il pile devant la présence du mineur.
— Tu vis dangereusement, capitaine. Prendre cet homme dans ton lit…
— Il est venu de lui-même… pour me tuer.
Le sourire du capitaine se fane, ses yeux se plissent tandis que sa voix devient glaciale.
— Qui est responsable de la sécurité ? Toi, il me semble. Comment se fait-il que personne n’ait vu sa disparition ?
Kelvin blanchit.
— J’étais avec toi la nuit dernière, Amaury. Tout était normal quand je suis retourné faire mon quart sur la passerelle.
— Qui te remplaçait pour le quart du matin ?
— Cormoris, mais il…
— Suffit ! Cet homme a traversé tout MON vaisseau, armé, pour me tuer et aucun de vous n’a remarqué qu’il a quitté l’infirmerie ? Tu te fous de ma gueule ?
— Non, capitaine. Je te jure que…
— Silence !
Pendant l’échange, Saxxon prend le temps de s’habiller. La combinaison bleue des mécaniciens lui allait à peu près sauf pour les bras. C’est dans un craquement sec qu’il arrache les manches. Les deux hommes se tournent vers lui.
— Ton homme n’a pas tort. Tes superbes engins n’auraient pas pu détecter quoi que ce soit. La putain noire coupait tous les soirs la machine pendant qu’elle me chevauchait. J’ai profité qu’elle ait oublié de les rallumer.
Les yeux d’Hurlevent se plissent dangereusement.
— Qu’est-ce que tu dis, Mineur.
— Que l’Atréyade est une chienne en chaleur.
— Sura ? Tu couches avec elle ?
— Si tu appelles ça comme ça, la réponse est « oui ».
Le visage de Kelvin est impénétrable. Quant au capitaine, ses poings se serrent de rage.
— Kelvin, prends deux hommes et conduis le mineur chez Yapee. Qu’il le surveille et le mette au boulot. Tu fermeras les appartements de cette traînée en code 3 et tu diras à Tem de ne pas te rejoindre pendant deux semaines. Ça sera ta punition. Je me chargerai personnellement de Sura ce soir. Maintenant, obéis et retrouve-moi sur la passerelle pour l’attaque.
Kelvin se raidit tandis que ses lèvres pincées blanchissent sous la punition.
— Bien, capitaine.
Il fait demi-tour d’un pas raide, faisant signe à Saxxon de le suivre. A peine sorti, il interpelle sur son bracelet de communication deux hommes pour escorter le mineur. Dans sa cabine, le capitaine bout de rage. Il lève les yeux au plafond.
— Tem, code 26-12, communication cryptée.
— Bien capitaine. C’est bon, je suis le seul à vous entendre.
— Mets Sura sur la liste et dédie-lui un drone de surveillance permanent. Je veux tout savoir de ses faits et gestes ainsi que ses moindres pensées. Tu pirateras son serveur et ses ordinateurs.
— Bien capitaine.
— De ton côté ?
— Deux communications inconnues encore reçues, je travaille sur le décryptage des données mais pour le moment je fais chou blanc. Je n’ai que des bribes sur les relevés que vous avez demandés, plusieurs membres pourraient convenir. Leurs comptabilités sont irrégulières. Sur Varga et Borge, je n’ai rien pu apprendre de plus. Il semblerait que ce soit par consentement mutuel depuis plusieurs mois. Leur relation est normale. Il semble que… qu’ils s’aiment.
Amaury sourit.
— Tu sembles étonné ? Varga est une femme comme les autres. Ce n’est pas parce que tu ne la trouves pas à ton goût, qu’elle ne l’est pas pour certains. Ah d’ailleurs, Kelvin est puni. Tu garderas tes distances avec lui pendant deux semaines.
— Deux semaines ! Mais vous savez que…
— Il surmontera cela. Je ne suis pas un monstre. Je sais parfaitement que c’est essentiel pour lui de t’avoir près de lui mais un peu de sueurs froides lui fera du bien.
— Bien, capitaine.
— Poursuis tes investigations, Tem.
— Oui capitaine. Capitaine, nous serons en position d’abordage dans trois minutes.
— J’arrive. Code 26-12 annulé. Reprise des communications normales. Cormoris, prépare les canons supérieurs. Varga, tu gères les Chags. Il me faut une dizaine d’hommes. Borge, abordage imminent, reste prêt pour les blessés.
Pendant qu’il donne ses ordres, Amaury laisse place à Hurlevent et le pirate traverse la coursive pour rejoindre la passerelle. À une vingtaine de mètres, le train des convoyeurs brille sous les rayons des Jumeaux. Les mercenaires de sécurité se regroupent alors que le Khamsin lève ses canons et que les soutes s’ouvrent sur les Chags.
— À l’abordage !
— Ordre du capitaine : à l’abordage !

3 commentaires:

  1. Je viens de commencer la lecture de "Sables". J'ai lu les 7 chapitres d'un coup et comme d'habitude tu sais toujours distillé suffisamment d'infos pour piqué notre curiosité.
    Tu sais que je suis fan de ta plume et encore une fois tu me surprends en créant un univers avec ses traditions, ses lois... Des personnages hyper travaillés que l'on découvre un petit peu plus à chaque fois. Le trait mystérieux Amaury que j'ai hâte de découvrir encore plus!!!
    Saxxon qui reste lui aussi très secret et puis tous les autres que tu as développé. Quel est le LIEN entre Kelvin et Tem parce que la punition du capitaine a l'air de déjà les angoisser. Que c'est Yapee sur le passé de Amaury, on sent une relation forte entre ses deux-là. Quelle est la relation entre Amaury et Kelvin. J'aimerais apprendre les circonstances de la rencontre entre Sura et Amaury. Bon j'arrête avec mes questions je sais que tout vient à point qui sait attendre.
    J'espère que "Sables" sortira soit au format livre et ebook.

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    1. Merci pour ton retour. je suis heureuse que Sables t'emporte une nouvelle fois vers un lieu qui te plait.
      Les réponses à tes questions seront là... distiller comme l'eau a travers les roches ! Courage et continue à suivre les chapitres ;)
      Sables est une histoire qui me plait. Si j'arrive à la finir (et je ne vois pas de raisons pour que je ne le puisse pas) elle sortira en papier et e-book, comme les autres.
      Je souhaite aussi que Kitty-chan continue a illustrer l'histoire :) Elle fait un super boulot
      A bientôt

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  2. Pour l'instant ce chapitre est mon préféré, l'action est superbe et laisse en haleine tout le long. On découvre beaucoup mieux les persos et Saxxon se dévoile énormément je trouve, il a beau n e pas dire grand chose son attitude parle pour lui. Je cerne mieux l'histoire et les rôles de chacun c'est plaisant ! Hihi <3

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