mercredi 18 septembre 2013

Sables : Chapitre 06


À peine deux jours qu’Amaury a pris possession de la mine de Narval que déjà son envie de quitter la roche se fait sentir. Deux nuits qu’il tourne en rond dans sa cabine sur le Khamsin, patientant, sur le qui-vive, que les mineurs se révoltent. Pourtant rien. Attendent-ils qu’il relâche sa vigilance pour passer à l’action ? Sont-ils en train de fomenter un coup dans son dos ? Les pirates affectés à la surveillance des mineurs disent que tout est normal. Les hommes creusent, extrayant les minerais et les gemmes, mais rien. Même la cadence est satisfaisante ! Amaury se laisse tomber dans son fauteuil, épuisé nerveusement. Sa tête est rejetée en arrière alors qu’il se perd une fois de plus dans ses pensées, ne voyant pas vraiment les fresques abstraites peintes sur le plafond de sa cabine. Que dire du jeune mineur qui l’a défié ? Amaury est allé le voir plusieurs fois à l’infirmerie. Le médecin du vaisseau, Borge, dit que son état est satisfaisant. Pourtant il est toujours dans le coma. Le capitaine a eu le temps de l’observer, du moins physiquement. Son visage aux traits rudes aurait pu avoir une certaine beauté si les fines cicatrices qui le bardaient n’étaient pas là. Sa musculature est impressionnante, sortie du même moule que Moreau. En pensant à son second, mort bêtement, Hurlevent bout de rage. Pourquoi n’a-t-il pas achevé le mineur ? Il se rassure en se disant que c’est pour mieux lui faire payer cela. Mais son côté froid et pragmatique revient. Moreau mort, aucun n’est capable de devenir son second comme l’était l’ancien mineur. Il faudra donc former un nouveau sans les défauts du précédent. Oui, un second, un vrai. Un pilier sur lequel s’appuyer. Pour cela, Amaury devra être malin, savoir manœuvrer l’homme. Surtout que maintenant qu’il est établi à la mine, cela va devenir plus compliqué. En premier, effacer Narval de la carte des villes-bulles. La faire devenir une mine fantôme. Cela sera facile, vu l’accident qui a eu lieu juste avant son arrivée. Le convoi, parti trop tôt pour être pris, pourra diffuser la nouvelle. Ensuite continuer à approvisionner la cité, pour cela il devra établir un plan strict de razzia sur les convois et pourquoi pas sur les villes-bulles inférieures. Mais avant, son but est simple : Se venger de la Flibuste qui, non content de l’avoir laissé se débrouiller seul, s’est échappée avec la plus grosse partie des réserves de la cité. Au lieu d’avoir un bastion de premier ordre, Amaury avait entre ses mains une ville moribonde.
Kelvin se fait annoncer alors qu’Amaury retourne le problème de la mine, une fois de plus dans sa tête. Le capitaine se redresse sur son siège tandis que son second par intérim entre dans le bureau.
— Salut capitaine.
— Kelvin.
L’analyste tient une tablette dans la main. Il s’assoit en face du pirate en souriant.
— Les communications sont rétablies avec l’extérieur. La ville-bulle de Gavroche essaie de nous contacter depuis hier.
— Gavroche est une ville secondaire, c’est bien ça ?
— Si tu la compares à CityHall, elle est même tertiaire. Apparemment c’est le principal interlocuteur de Narval.
— Alors ne réponds pas, laisse-les appeler dans le vide. Quand ils enverront les secours nous agirons comme prévu.
— Ok.
— Des nouvelles d’Ali ?
Kelvin secoue la tête, faisant danser ses boucles blondes.
— Pas du tout. Ça ne m’étonnerait pas qu’il ait tourné sa veste. D’un côté ça l’arrange bien que tu sois à un endroit bien précis. Il saura te trouver… ou te trahir.
Amaury balaie l’objection de l’analyste d’un geste de la main.
— Ça serait contre son intérêt.
— Sauf si son intérêt a changé. Ta tête est mise à prix plus que de raison. Avec le coup de la Flibuste, nous sommes en état de faiblesse, voire de siège.
Les yeux de Hurlevent se plissent dangereusement, sans pour autant effrayer son second qui sourit tranquillement en consultant ses données. Le capitaine se penche vers son bureau.
— Finis ta pensée Kelvin.
Les yeux azures de Kelvin se plongent dans ceux couleur olive de son supérieur.
— Nous avons assez de réserve de nourriture pour trois jours au plus. Si les mineurs manquent du minimum, nous courrons à notre perte. Ils sont assez dociles parce que tu leur as promis une vie descente. En parlant de ça, tu devrais les autoriser à inhumer leurs morts.
Amaury répond par un grognement avant d’enchainer.
— Niveau extraction ?
— Le planning est pour le moment respecté. Ils travaillent sur une strate de gemmes.
— Pas de pierres à carburant ?
— Pas encore. Yapee travaille sur une machine d’analyse. Il en a encore pour quelques jours. Cela sera une bonne avancée pour les mineurs car la leur est basique.
— Bien. Autre chose ?
Kelvin transfère d’un simple geste du doigt les données de sa tablette vers celle d’Amaury puis se lève.
— Pas pour le moment. Ah si, Sura commence à créer des problèmes.
Amaury soupire.
— Quoi encore ?
— Elle s’invite dans les lits des mineurs, malgré leur femme.
— Par les Jumeaux, elle n’arrête donc jamais ?
— Je crois qu’elle t’en veut encore de l’avoir chassée de ta couche.
— Pire qu’une maladie vénérienne !
— Au moins Moreau savait la gérer.
— Tu insinues que je n’y arrive pas, Kelvin ?
— Pas du tout, Amaury. Au fait, pour les inhumations ?
— C’est bon.
Sur un dernier sourire l’analyste quitte le bureau. Amaury se frotte le visage puis se pince le nez. Il souffle un bon coup, quittant d’un pas décidé sa cabine. Tant qu’il n’arrivera pas à prendre du recul par rapport aux problèmes, il n’en verra pas le bout. Il descend vers l’infirmerie qui se trouve au cœur du Khamsin. C’est l’une des parties les plus grandes et les plus claires du vaisseau. Les pas du capitaine résonnent sur les dalles. L’ensemble est blanc et vert. De chaque côté du mur une dizaine de lit s’alignent. Une pièce réservée aux interventions chirurgicales d’urgence ainsi qu’une autre pour les consultations privées complètent l’infirmerie. Le mur du fond, en plus d’être pourvu d’un immense placard où sont rangés les médicaments et les instruments, est complété par un bureau ovale ainsi qu’une console autonome de données. Un seul des lits est occupé. Saxxon repose, branché à une machine qui traite sans interruption les données vitales de l’homme. Le capitaine fronce les sourcils. Où est donc passé Borge ? Des sons étouffés lui parviennent de la salle de consultation restée entrouverte. Le capitaine s’avance en silence. En poussant la porte du bout des doigts, il voit le médecin en train de besogner une femme à quatre pattes devant lui. Amaury sourit, reconnaissant le pantalon d’uniforme de Varga. Au moins, il y en a une qui s’amuse ! Laissant à leurs ébats les deux amants, le capitaine s’approche du lit de Saxxon. Une fois à sa hauteur, il regarde d’un air concentré le jeune mineur. Amaury retient un mouvement de recul quand deux iris sombres se plantent dans les siens. Les deux hommes se fixent en silence. Saxxon est le premier à céder. Il papillonne des paupières et tourne la tête. Amaury sourit en s’asseyant sur le siège près du lit. Il croise ses longues jambes.
— Enfin réveillé ?
— Comme tu peux le voir.
La voix de Saxxon est rêche et cassée. Il s’humecte les lèvres, cherchant un peu de salive pour l’hydrater. Le pirate regarde l’homme tenter de bouger pour prendre le verre d’eau posé près de lui. Saxxon ressemble à un insecte coincé sur le dos. Le moindre mouvement le fait frémir de douleur. Amaury le laisse se démener une longue minute avant de lui tendre le verre. Après un coup d’œil méfiant, le mineur avale l’eau par petites gorgées. Amaury note mentalement la technique car c’est celle d’un survivant du désert. Boire l’eau goulûment d’un trait n’hydrate en rien les muqueuses, sans parler que l’abondance soudaine de liquide peut faire vomir celui qui en manque. Donc Le mineur a déjà connu la grande soif. Saxxon conserve le verre entre ses grandes mains, faisant d’une pierre deux coups : Gardant une arme à portée et ménageant ses forces au lieu de les dépenser dans des gestes inefficaces et fatigants. Amaury sourit devant cela. Ce garçon était plus qu’intéressant !
— Quel est ton nom ?
— Pourquoi je te le donnerais ?
— Je peux aisément le découvrir, tu sais. Mais je veux que tu me le dises de ton propre chef.
— Pourquoi ?
— J’ai envie de te connaître. Tu as tué mon second d’un seul lancé, ce qui n’est pas chose aisée. Tu es très fort.
— La flatterie ne marche pas sur moi.
— Je me doute. J’exprimais seulement les faits. De même que tu es téméraire de m’avoir défié seul.
— Je ne t’aurais pas laissé tuer un enfant.
— La sensiblerie n’est pas de mise dans le désert. La preuve, tu aurais pu rester caché et faire un travail de sape sans que je sache qui tu étais. C’est de la stupidité. Maintenant tes amis sont à ma merci… et toi aussi.
Les yeux de Saxxon se plissent sous le sourire du pirate.
— Pourquoi ne m’as-tu pas tué ?
— C’était pile ou face. Tu as survécu. Ta mort aurait été dommage mais je m’en serais rapidement remis. Les Jumeaux ont décidés que tu devais vivre, c’est qu’ils ont des projets pour toi, et moi aussi.
— Je ne crois pas aux Jumeaux.
Amaury éclate de rire.
— Moi non plus.
Puis le pirate redevient sérieux.
— Ton nom, mineur.
— Pourquoi te le dirais-je, pirate ?
Le capitaine hausse les épaules puis croise les bras.
— Pour plus de facilité dans la communication. Mais soit, je ferai sans.
A cet instant Borge sort de la salle de consultation, finissant de se rhabiller.
— Je savais bien que j’avais entendu des voix. Capitaine.
— Borge. Varga.
La pilote hoche la tête. Son visage ingrat est encore rougi de plaisir. Elle quitte l’infirmerie sans un regard. Borge se penche sur la machine.
— Il semblerait que tous les paramètres sont bons quoiqu’encore faibles. Vous êtes un phénomène peu courant, jeune homme, une vraie force de la nature. Rien que le traumatisme crânien aurait dû vous laisser sur le carreau. De la chute vous n’avez que deux côtes enfoncées et une foulure.
Le médecin se tourne vers le capitaine.
— Qu’en faisons-nous, capitaine ?
— Remets-le sur pied mais attache-le.
— Bien capitaine.
Amaury regarde une nouvelle fois le jeune mineur, détaillant l’homme sous les draps. Oui, c’est quelqu’un de très intéressant. D’un dernier hochement de tête, le capitaine quitte l’infirmerie.

Des bruits de martèlement résonnent contre les parois sombres de la grotte. Un rythme régulier qui semble durer une éternité, puis qui s’essouffle dans un léger cliquetis. Amaury descend le pont abaissé vers le sol. Tout est sombre autour de lui sauf un rai de lumière tombant directement sur la roche, décrivant un cercle de plusieurs mètres d’envergure. En son centre, un établi de fortune est installé. Des câbles sont reliés à divers générateurs et ordinateurs. Une profusion d’outils est étalée autour des machines. Assis à même le sol Yapee bricole une boîte noire aussi grande qu’un avant-bras. Amaury regarde le vieil homme un long moment. Pendant un instant, il a la sensation d’un dédoublement et à la place du mécanicien, il voit un jeune homme fringant. Le pirate cligne des yeux pour faire disparaître l’illusion puis s’approche de l’homme concentré sur son ouvrage. Dès que l’ombre d’Amaury grignote un peu de la lumière, Yapee sursaute, levant la tête et un tournevis sonique pointé vers l’intrus. Amaury lève les mains en signe de paix en souriant. L’ancien relâche son souffle, l’invitant à s’installer plus près de lui. Le vieux mécanicien sourit, commençant à parler au capitaine en une succession de mouvements fluides de ses mains.
Alors fils, tu t’ennuies ?
— C’est l’impression que je te donne ? De venir te voir quand je m’ennuie ?
Le mécanicien éclate de rire alors qu’aucun son ne quitte sa bouche édentée. Il secoue la tête.
Un peu, ma foi.
L’homme observe le pirate un moment de ses yeux pétillants de vie. Il reprend les mouvements de ses mains.
Quel est ton souci, capitaine ? Tu ne te plais pas ici. Tu es fait pour le désert, pas pour rester dans la roche.
— Ne crois-tu pas que je le sais.
Amaury soupire, gardant le silence. Le vieil homme attrape son tournevis pour bricoler le cœur de la machine. Un long moment le capitaine regarde son compagnon travailler. Il admire la dextérité de ses doigts qui s’agitent, créant quelque chose à partir de pratiquement rien. Le mécanicien repose ses outils, fixant le capitaine du Khamsin en soupirant. Ses doigts bougent rapidement.
Qu’est-ce qui te travaille, Amaury ? Tu es venu ici pour éclaircir tes idées. Elles bouillonnent tellement sous ta caboche qu’elles m’empêchent de travailler correctement. Je suis sourd, fils. Pas aveugle. Tu peux peut-être cacher ce que tu penses aux autres mais pas à ton Papé.
— Tu n’es pas mon Papé.
— Je suis ce qui se rapproche le plus d’un Papé pour toi.
Yapee lui tapote le genou en souriant.
— Dans tout ton entourage, je suis celui dont tu n’as rien à craindre. Ma vie est derrière moi que m’importe la richesse ou le pouvoir. Je suis heureux avec trois bouts de fer, un fils et un tournevis. Je ne te convoite pas, comme certains. Je ne te méprise pas comme d’autres. Je ne t’adule pas, comme les derniers. Je te vois tel que tu es. Tu le sais. Je sais qui est Amaury Hurlevent.
— Et je devrais te tuer pour ça, vieil homme.
L’ancien éclate d’un rire silencieux.
— Tu ne le feras pas, tu as besoin de moi pour ce que je représente et ce que je t’apporte. Parle donc, fils.
Amaury soupire de nouveau longuement avant de se lancer.
Je ne comprends pas les mineurs. Comment peut-on rester enfermés sous terre à creuser la roche sans voir les Jumeaux, sans jamais chercher plus loin. C’est une vie de misère ! Ils sont à la merci des Villes-bulles. Si elles décident de les oublier, ils meurent en silence. Ils sont à la merci des pirates. On vient, on pille, on tue et on repart et eux restent là… immobiles. Aucun avenir. Rien… et personne ne bouge. Pourquoi ? On est là depuis plusieurs jours et rien. Je ne comprends pas.
Yapee sourit doucement à Amaury, l’incitant à continuer.
— Si ça avait été ma mine, je me serais battu comme un fou pour en reprendre le contrôle. J’aurais forcé les barrages, j’aurais incité mon peuple à se battre !
Le vieil homme secoue la tête.
— Tu es comme le sable du désert, fils. Tu cours, tu glisses, tu chauffes, toujours en mouvement, jamais immobile très longtemps. Eux ce sont des rocs. Ils survivent à leur façon. Elle te parait peut-être lâche, mais réfléchis : leur cité est un bastion à elle-seule. Sans eux et les pierres à carburant, les villes-bulles s’écrouleraient les unes après les autres. Sans la nourriture des villes-bulles les cités périraient lentement. Chacun tient l’autre par les couilles. S’ils ne se révoltent pas c’est qu’ils ont échangé un maître contre un autre mais le travail qu’ils font reste le même.
— Mais être libre…
— N’est pas dans l’esprit de tout le monde. Les villes-bulles ne sont pas « la vie meilleure » de ces gens. La liberté pour quoi ? A quoi leur serviraient les gemmes et les pierres à carburant ? Ils n’en n’ont pas besoin s’ils étaient libres. Prends un bébé sirène, enferme-le, nourris-le, fais-lui faire une activité pendant plusieurs années puis relâche-le… il crève.
— Ce ne sont pas de stupides animaux ! Ils sont humains, comme moi. Pourquoi se contenter d’une miette quand on peut avoir le monde ?
— La sécurité, la zone de confort. Si certains veulent partir ils sont retenus par les murs qu’ils ont créé eux-mêmes : un travail à finir, une femme, un enfant, un objectif… puis un autre. Au final à quoi bon ?
Yapee tapote une nouvelle fois le genou du pirate.
— Ainsi va la vie, ici.
— C’est stupide !
— C’est leur vie. Différente de la tienne en tout point.
Amaury se lève, époussette sa combinaison avant d’hocher la tête en direction du vieil homme. Il quitte les lieux aussi silencieusement qu’il était venu.
De retour sur le Khamsin le capitaine remonte vers sa cabine. Devant elle, il trouve Betlemhem qui sautille, se tire les cheveux, se pince le nez, se frotte le coude, nerveux comme un chat avant un orage.
— Tem !
Le jeune homme sursaute en se tournant vers Hurlevent.
— Ah capitaine ! Vous êtes là. Il faut que je vous parle, c’est urgent.
Amaury fronce les sourcils.
— Tu aurais pu me contacter par le modulateur.
L’autre secoue la tête les lèvres pincées. Le chef des pirates entre dans sa cabine, suivi par la vigie. Il s’installe derrière son bureau, invitant le jeune homme nerveux à prendre place en face de lui. Ce dernier s’assoit, mais ne peut s’empêcher de gigoter. Les sourcils toujours froncés, Amaury croise les doigts sous son menton.
— Qu’est-ce qui est si urgent et secret pour que tu veuilles me voir face à face, Tem ?
La vigie croise, puis décroise les jambes avant de se frotter les mains et de finir par tordre ses doigts.
— On a un gros problème, Capitaine.
Tem se tire l’oreille droite avec la main gauche.
— Je crois qu’on a un traître dans l’équipage. Ça ne va pas vous plaire.
Les yeux olive du capitaine se plissent de colère.
— Je t’écoute.
Bethléhem se raidit sous le regard glacial de son supérieur. Une… deux… trois secondes avant qu’il recommence à bouger, puis à parler.
— Je n’ai pas encore trouvé de qui il s’agit mais je peux vous dire que plusieurs communications ont été passées en dehors des fréquences communes. Les traces ont été effacées mais pas assez profondément pour que je passe à côté. J’ai corrigé une faille de sécurité dans la gestion du moteur du Khamsin. Je vous conseille de demander à Yapee de contrôler mécaniquement plus souvent les installations.
— Tu es sûr de ce que tu avances, Tem ? Ce sont des accusations graves.
Le jeune homme hoche la tête avant de se frotter le coude, puis le genou.
— Mon travail est fait sérieusement, capitaine.
— Ce n’est pas toi que j’accuse.
Bethléhem grimace.
— Je sais que vous pensez que je suis trop jeune, capitaine et que vous avez une confiance aveugle en votre équipage.
— Tu es jeune, Tem. J’ai autant confiance en toi que dans les autres. Ce que tu me dis est… déstabilisant si cela s’avère exact.
Encore une grimace de la vigie avant qu’il ne regarde brièvement ses mains, puis Hurlevent.
— Je suis sûr et certain qu’il y a quelque chose de pourri, Capitaine. Ce n’est pas la première fois mais là… ça devient sérieux.
— Comment ça, « pas la première fois » ?
Le jeune homme se redresse en avalant bruyamment sa salive.
— Je… je veux dire qu’avant j’avais noté des décalages dans les stocks et parfois dans les mesures de carburant mais cela pouvait sembler normal par l’usure du matériel ou quelques erreurs humaines, vraiment rien de grave. Les explications étaient tout à fait plausibles… mais là… Je veux dire… c’est trop gros pour que cela passe inaperçu.
Amaury agite la main, le visage figé dans la réflexion, faisant taire la vigie. Le silence s’installe, juste troublé par les mouvements irrépressibles de Bethléhem. Hurlevent le fixe.
— STOP ! Arrête de bouger !
Tem se fige, raide comme la justice, les poings et les jambes serrés, respiration coupée. Amaury ferme les yeux, tentant de se calmer. Il lâche son souffle lentement avant de secouer la tête.
— C’est bon, c’est bon…
— Pardon capitaine.
— C’est bon, je te dis ! Bon. Tu vas me tenir au courant discrètement. Avec la traîtrise de la Flibuste, je veux être prévenu au moindre écart. Je te fais confiance. Tu viens me voir à n’importe quelle heure, dès que tu notes une anomalie.
— Bien capitaine. Vous pouvez me faire confiance !
La vigie quitte le bureau en souriant. Amaury se laisse aller sur son fauteuil, fermant les yeux. Il tapote quelques touches sur l’accoudoir faisant jaillir une musique nostalgique du plafond. Il lâche un soupire. Les soucis s’accumulent. Il sent leur poids sur ses épaules.

3 commentaires:

  1. Et voilà, je viens de rattraper mon retard. On retrouve ici Hurlevent, qui m’a l’air aussi calme qu’un lion en cage… Quelle frustration pour lui cette vie dans la ville minière, rien ne bouge, personne ne se révolte… Il s’ennuie à mourir oui. Aha c’est donc pour ça qu’il a gardé Saxxon en vie, il lui donne du fil à retordre le bougre ! XD D’ailleurs, ne ferait-il pas un parfait remplaçant de Moreau ?!! Ah qui sait, peut-être qu’il finira par se laisser convaincre par le pirate… Amaury a en tout cas l’air intrigué, on dirait qu’il évalue Saxxon. D’ailleurs j’adore la façon qu’il a de rétorquer au pirate, je sens que je vais me régaler à chacune de leur future joute verbale ^^

    Oho des problèmes à l’horizon ? Trahison de la Flibuste, le prince qui est vraiment très louche (désolée mais je le sens vraiment pas ce type, tout chez lui transpire la trahison, l’arnaque, la malice…) Je me fais peut-être des idées. Ensuite Sura… Qu’est-ce que je disais… la voilà qui vient foutre le boxon dans la ville. Elle aussi je la sens pas, je veux dire par là qu’elle a bien l’air du genre à retourner sa veste juste parce qu’elle s’est faite jeter par Amaury. Mais bon, ce ne sont que des impressions ^^ Et enfin une trahison d’un des membres de l’équipage… ça sent pas bon ça. Le voilà dans une situation complexe, hors de ses sentiers battus. Le fait de devoir rester dans la ville minière risque bien de lui retomber dessus. Et trouver la taupe risque de s’avérer plutôt ardu.

    Ah oui et aussi tu as éveillé ma curiosité sur les origines d’Amaury, sur sa relation avec Yapee… Quel secret connait-il sur Amaury. Des soupçons germent dans mon cerveau tordu mais pour l’instant je les laisse de côté, on verra bien par la suite ^^

    Une lecture très agréable comme toujours, et ravie aussi comme toujours par le développement de cette histoire. Les choses bougent pas mal dans ces chapitres, je suis de plus en plus curieuse de voir comment tu vas mener tout ce beau monde… Merci pour ce chapitre et bonne continuation à toi !!

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    1. Je garde toujours deux ou trois personnages sous le coude susseptible (ou non) de faire des vagues dans l'avenir proche (ou non) de nos héros. Amaury tout comme Saxxon ont un passé assez trouble, mais je te laisse découvrir cela au fil des chapitres.
      Chaque personnages de l'histoire est important. Il a un potenciel aussi élevé (voir plus) que celui des héros. Garde l'oeil ouvert !

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  2. Chapitre très intéressant, j'aime aller en profondeur découvrir encore et toujours plus des facettes des personnages. De plus l'intrigue ne s'arrête pas au contraire elle s'intensifie et se complexifie. Mélange de conversation sociologique, philosophique et de trahison avec une pointe de défis. . . Oui j'aime beaucoup !

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