mercredi 18 septembre 2013

Sables : Chapitre 05



C’est en arrivant au centre de la ville troglodyte qu’un énorme grondement suivi d’une terrible explosion soulèvent Saxxon du sol puis le font percuter l’une des parois. Une épaisse fumée noire envahit les couloirs alors qu’une alarme se met à sonner.
— Coup de grisou !
Les premiers cris retentissent. Saxxon secoue la tête, complètement sonné par l’impact. Sa main qu’il passe sur l’arrière de son crâne revient couverte de sang. Déjà hommes et femmes se précipitent vers la mine pour évaluer les dégâts et tenter de sauver les ouvriers. Lui-même titube vers le lieu de l’explosion. La fumée est évacuée mais sa lourdeur tapisse le sol de la grotte d’un brouillard quasi impénétrable. Saxxon arrive en vue du boyau. Ce dernier est encombré autant d’hommes que de gravats. Le constat est terrible. Le coup de grisou a été tellement puissant qu’il a soufflé la mine principale ainsi qu’une bonne partie des mines secondaires. Féor est là, vêtu d’un habit de nuit, les bras ballant devant ce qui aurait dû être le passage des monte-charges et qui n’est plus qu’un amas de pierres et de roches.
— Pire qu’il y a dix ans…
La voix du chef des mineurs de jour est blanche. Saxxon qui se trouve près de lui se frotte les yeux pour chasser la fumée acide.
— Peut-être qu’en passant par les galeries secondaires… en forant, on trouvera…
Féor plisse les yeux de colère face aux propos du plus jeune.
— On trouvera quoi ? Des cadavres démembrés ? Des corps concassés ? Trois couloirs se sont effondrés coup sur coup, le plus fort coup de grisou depuis… je ne sais même plus quand. Il n’y a plus rien à faire.
— Tant qu’on n’a pas trouvé quelque chose, il y a encore de l’espoir !
— Tu es comme ton père !
Les mots claquent comme une insulte. Saxxon accuse le coup sans comprendre. Féor continue.
— Tu traînais encore dans les jupes de ta mère, il y a dix ans. Tu n’étais pas là, tu ne comprends rien.
Saxxon saisit le biceps du mineur, le serrant fortement.
— Tu ne vas vraiment rien faire pour les aider ? S’il y en a encore en vie ? Pense à leur famille !
Féor se dégage d’un mouvement brusque, serrant les dents tout en fixant le jeune homme dans les yeux.
— Pour retrouver des éclopés ? Surement devenus aveugles par la chaleur du gaz, les membres broyés ou amputés ou bien le cerveau tellement éclaté qu’ils ne savent même plus pisser seul ? Crois-moi mon gars, il est préférable qu’ils soient morts.
En disant cela, Féor secoue la tête avec fatalisme. Saxxon serre les dents. L’homme poursuit.
— Quel serait leur avenir au sein de notre communauté ? Nous n’avons pas besoin de bouches supplémentaires à nourrir. Des bouches inutiles.
Féor se secoue, redressant le dos et carrant ses larges épaules.
— Demain nous passerons par les mines inférieures. Il nous faut continuer le forage. Si nous ne récoltons pas de pierres à carburant dans les plus brefs délais, la colonie n’aura plus aucune raison de vivre. Pense bien à cela, fiston. Quoi qu’il arrive il faut persévérer Les villes-bulles se foutent de ce qui nous arrive, elles veulent leurs bijoux et leurs maudites pierres. Elles nous tiennent à la gorge… à la gorge…
Sur ces dernières paroles, Féor retourne vers le centre de la cité, le pas traînant. Saxxon reste à fixer la montagne d’éboulis comme beaucoup d’autres. Les femmes pleurent en silence, chassant vite leurs larmes alors qu’elles retournent vers la ville, tirant leurs enfants encore endormis. Saxxon réalise enfin pleinement la rudesse des mines ainsi que de son monde. Les villes-bulles qui font tant rêver Eudora lui semblent telles des charognards, exigeant de plus en plus d’eux en leur donnant leurs miettes en échange. Un à un les mineurs disparaissent dans les restes de brouillard. Seul, Saxxon reste pensif un instant. Au fond de lui, ni colère, ni amertume, juste un sentiment diffus de vide. Comme les femmes avant lui, il reprend le chemin de son logement au cœur de la cité. Déjà, plus aucun bruit ne trouble le silence profond de la mine. Le calme en est presque surréaliste. Pour quelques heures, le monte-charge et le système d’évacuation des boyaux restent silencieux.
Arrivé dans son petit logement, il découvre Eudora assise sur sa couche. Elle est assise le dos droit et les mains tellement serrées sur son vêtement que ses jointures sont blanches. Le visage de la jeune femme est livide. Saxxon s’assoit à côté d’elle en silence tandis qu’il entoure les frêles épaules de son bras. Un instant Eudora presse son visage contre l’épaule accueillante de son ami, mais relève rapidement la tête, les yeux secs. Elle souffle un bon coup.
— Je pars avec le convoi dans quelques heures. Je suis venue te dire au revoir. Tu me trouves peut-être égoïste de suivre mon rêve alors qu’il y a eu tant de pertes mais je ne peux plus reculer.
Saxxon la regarde un long moment. Sa beauté est frappante. Il sourit tout en lui caressant la joue. Dire que cette femme aurait pu être la sienne ! D’un mot, d’un geste il pourrait la retenir. Elle comme lui le savent.
— Prends soin de toi, Eudora. Je te souhaite de retrouver ton père.
La jeune femme a un sourire triste mais se lève lentement. Elle lui effleure les lèvres d’un chaste baiser.
— Merci, Saxxon. Merci pour tout ! Toi aussi réalise tes rêves !
Elle disparaît sans un regard. Saxxon lâche un énorme soupir tandis qu’il s’allonge encore tout habillé sur son lit. Dans quelques heures la vie reprendra son cours. La sienne et celles des autres. Il faudra faire avec les disparus. Avancer, creuser le cœur du monde pour pouvoir survivre. Tout au fond de lui Saxxon espère pourtant un changement. Cette petite voix qui murmure inlassablement que la vie ce n’est pas que cela.

C’est une journée morose pour les mineurs. Le silence est de mise. Un silence pesant, comme les pertes de cette nuit sur le cœur des hommes. Pourtant, comme tous les jours, Saxxon s’est positionné devant l’ouverture puis a regardé un long moment l’étendue de sable. Au lieu du décor placide et serein des dunes arrondies par la brise, ce sont des crêtes acérées qui se dessinent à travers des bourrasques agressives de vents tournants. Le ciel si bleu est blanc. Il brille presque d’une lueur lugubre annonciatrice de tempête. Il lui semble voir quelques reflets entre les tourbillons de sable mais aucun convoi n’est prévu puisqu’il attend à la ville, la fin du chargement de minerais, Eudora à l’intérieur. Mettant cela sur le compte du sable, il quitte son observatoire. Au lieu de prendre le monte-charge, maintenant détruit, le groupe de mineurs emprunte les vieux chemins des mines. Ça et là, le sol est recouvert de sable ou de pierres tombées des murs ou du plafond. Parfois un éclat brillant, indique quelques cristaux ou quelques gemmes non extraites car jugés de mauvaise qualité. Les mineurs progressent à un bon rythme, leurs pas résonnent contre les parois plus ou moins fort selon la strate traversée. Derrière eux, les wagons à mains grincent le long des anciens rails. Il leur faut environ une bonne heure et demie de marche pour atteindre un boyau de mine non encore travaillé. Féor passe sa main sur la paroi qui s’effrite.
— Il faudra être prudent. C’est une strate fragilisée et poreuse de pierre-ponce. Nous avions préféré l’autre côté pour plus de sécurité. Il n’y a pas eu de relevés, donc ce qui se trouve derrière est inconnu. Prions que ça soit ce que nous cherchons ! Première ligne, en position !
Les foreurs empoignent leurs outils et les démarrent. La pierre se perce comme du petit beurre, créant une fumée blanche, grattant la gorge, emplissant les filtres des masques de respiration, se déposant en fine poussière sur les verres des lunettes de protection. Plus d’un doit faire une pause forcée, toussant et vomissant sous l’effet de la poussière due à l’érosion de la pierre.
À la pause midi, les hommes sont recouverts de cendres blanches et à bout de souffle. Les vivres sont partagées, de même que l’eau puis le labeur reprend.
Saxxon reprend sa place dans le groupe de tête des foreurs, pour le moment aucune trace d’un quelconque minéral pouvant servir aux échanges avec les villes-bulles. Un peu de fer, un peu de cuivre quelques traces d’or mais rien d’autre. Puissamment son foret perce le mur devant lui. Ses larges mouvements de bras élargissant au maximum le trou, puis d’une pression de la main, un liquide corrosif gicle de sa foreuse pour se répandre sur la roche et y ronger la matière. Encore quelques mouvements, son foret touche une strate plus solide, envoyant des étincelles qui percutent ses lunettes de protection, brulant quelques molécules inflammables. Saxxon a un mouvement de recul trop vif, le foret cède. Il crie pour prévenir ses collègues du changement de strate.  Ceux-ci le rejoignent. Féor lui met une claque dans le dos.
— Une strate de marbre ! Et du rose en plus ! Ça ne vaut peut-être pas de la pierre à carburant mais il y a un vieil appel d’offre qui a toujours cours. Beau boulot, fiston !
— Je n’y suis pour rien, tu sais.
Féor lui met une autre claque dans le dos.
— Ouais, mais ça nous ôte une grande épine du pied.
Les mineurs, ragaillardis par la nouvelle, creusent avec un souffle nouveau les derniers mètres de pierre-ponce. Saxxon se dirige vers les sacs, fouillant pour trouver des forets de secours. Voyant qu’il n’y en a plus, il fait signe à Féor qu’il remonte vers la réserve pour en chercher. Un trajet d’une bonne heure puisqu’elle se trouve à l’autre extrémité de l’entrée des mines secondaires. Une fois à l’intérieur de l’entrepôt, il repère les forets de rechange perdus entre diverses machines à réparer, le tout empilé précairement en tas instables. Le jeune mineur est obligé de repousser de vieux rails rouillés afin d’atteindre les sacs. Ensuite, il cherche les pointes adaptées à sa machine, faisant le plein pour plusieurs mois. Alors qu’il se penche vers un cinquième sac à examiner, une explosion fait trembler les fondations. Il a juste le temps de se dire qu’il s’agit d’un deuxième coup de grisou et que cette fois-ci la mine ne s’en relèvera pas, avant qu’une barre métallique lui tombe dessus, le frappant exactement à l’endroit de son premier traumatisme. Il perd connaissance.

Saxxon se réveille quelques heures plus tard, ankylosé et fourbu. Une main sur l’arrière de son crâne révèle une magnifique bosse entourée de sang séché. L’air est froid. La nuit doit être tombée depuis un moment. Alors qu’il quitte la réserve pour retourner à la ville, il s’étonne qu’aucun de ses collègues de jour ne soit venu voir le pourquoi de son absence. Était-ce bel et bien un coup de grisou ? Est-il seul à présent ? Saxxon ralentit le pas. Le silence est étrange. Par acquis de conscience il retourne à la mine secondaire. Le lieu est tel qu’il l’avait laissé. Pas d’éboulement. Le soulagement est de courte durée car tous les outils sont là, abandonnés par leur propriétaire. Des traces brunes tapissent le sol par endroit. Du sang ? Que s’est-il passé ? Par précaution, Saxxon ramasse une barre de fer. Il décide de rejoindre la ville par un autre chemin, faisant par là un détour d’une heure de marche. Ce trajet le mène devant l’alcôve du vieil Énoch. Cette dernière est défoncée. Les miroirs servant d’appel de lumière sont brisés et le corps sans vie du vieil homme gît sur le ventre, au milieu de ses livres déchirés et souillés. L’homme apparemment s’est battu comme un lion mais cela n’a pas suffi. Saxxon se précipite vers le cadavre, le retournant. Les yeux vides de l’ermite le fixent. Sa bouche est ouverte dans un cri d’agonie alors qu’une immense plaie aux contours cautérisés part de sa gorge vers son cœur, sans doute laissée par un laser. Après l’inquiétude et la tristesse, une rage sourde s’infiltre dans le cœur de Saxxon. Lui qui disait ne rien ressentir, est parcouru de frissons de colère incontrôlable. Il se redresse, récupérant la barre de fer utilisée par Énoch pour se protéger, abandonnant le cadavre. Ses mains se convulsent presque sur les armes. Le fer grince sous la poigne puissante du jeune mineur. Le pas qu’il adopte pour rejoindre la cité est déterminé. Il ne sait pas ce qu’il s’est passé mais il compte bien le découvrir.
C’est en arrivant vers l’une des ouvertures menant à l’extérieur des grottes qu’il comprend : le boyau est éventré, tombant à pic sur ce qui aurait dû être les étages inférieurs mais qui n’est maintenant plus qu’une brèche immense donnant directement sur le désert. La tempête qui y fait rage depuis le matin, s’y engouffre, charriant avec elle des vagues de sable blanc. Un vaisseau noir à la proue profilée comme un sabre en est à l’origine. Une attaque de pirates ! Deux hommes inconnus de Saxxon montent la garde, armés de fusils soniques. Ils sont en train de rire. La rage de Saxxon est décuplée. Il descend le long de la paroi, s’aidant les protubérances, pour se faufiler entre la structure noire de la coque et la roche. Une fois sur le sol, il s’avance vers les hommes sans se cacher. Ce n’est qu’au moment où il arrive à leur niveau, que les gardes réagissent. Mais trop tard. La force que met Saxxon dans son geste arrache la tête du premier et brise la nuque du second. Les hommes s’effondrent sans avoir pu donner l’alarme. La colère du jeune mineur semble s’essouffler sous cette débauche de haine. Il reste un moment devant les cadavres à regarder leur sang se faire absorber par le désert. Il en pousse un du pied. Ses mains se crispent une nouvelle fois sur ses armes mais cette fois-ci, ses pensées sont plus froides. Avec prudence, il se dirige à présent vers le cœur de la cité, prenant le temps d’analyser la situation au fur et à mesure qu’elle se dévoile devant ses yeux.
Caché dans un vieux tunnel à moitié enseveli, au-dessus de la place, il étudie froidement ce qu’il voit : plusieurs groupes d’hommes armés patrouillent. D’autres discutent avec animation, voire colère. Un peu plus loin, quelques-uns gardent l’entrée de l’entrepôt général des minerais. Quelques cadavres gisent sur le sol sans que personne ne s’en préoccupe. Les pirates marchent dans les flaques de sang comme si de rien n’était. Saxxon se déplace lentement le long d’une fine margelle à plusieurs mètres de hauteurs, collé contre la roche. À en juger par les cris de colère et de rage, les habitants de la ville doivent être emprisonnés dans la section plus récente de la cité où les espaces sont plus grands. Aussi silencieux qu’une ombre, Saxxon regagne les tunnels, connaissant la topographie des boyaux comme seuls les habitants de la cité la connaissent. Par moult détours, il arrive à s’approcher du lieu de détention de ses voisins et amis mais pas assez pour intervenir. De son point de vue, à l’intérieur d’un étroit boyau servant à la circulation de l’air, il voit la place centrale. Les femmes et les enfants y sont parqués au centre avec une partie des pirates qui les tiennent en joue. Les hommes sont divisés en petits groupes pour plus de sécurité, également tenus en respect et par les pirates qui les menacent et par ceux qui gardent le groupe central. Le message est clair : le premier qui se rebelle est tué ainsi que les femmes et les enfants. Un homme est là, les bras croisés. Il regarde sans émotion deux de ses hommes interroger de façon musclée les mineurs de jour. D’un geste de tête, le pirate aux cheveux longs acquiesce donnant ainsi l’ordre à l’un de ses hommes de main, ressemblant à un gorille, d’appuyer sur la détente de l’arme sonique. Le son grave et bourdonnant est bref. Galon s’écroule, le front fendu par l’onde tueuse. Sa femme hurle, serrant ses enfants contre elle mais son cri est stoppé net quand elle se prend une gifle retentissante d’une femme pirate au visage ingrat. Une belle femme s’avance alors d’une démarche chaloupée. Sa peau noire semble briller sous son vêtement et sa chevelure immaculés , dévoilant sans pudeur ses jambes et ses hanches. Elle éclate de rire devant les pleurs silencieux des femmes. L’Atréyade se penche pour saisir le visage rond d’une petite fille. Ses ongles ivoire, aussi aiguisés que des griffes, s’enfoncent dans les joues rebondies de la fillette.
— Ne pleure pas, ma mignonne… encore quelques années et tu feras le bonheur de beaucoup d’hommes.
La fillette, qui ne comprend pas, pleure de façon hystérique, tentant de se soustraire de la poigne de la femme qui rit de plus belle. Elle continue.
— Allons, allons… Sura est là. Ce n’est pas si terrible après la première fois. Tu apprendras !
La voix de l’homme aux cheveux longs claque. Il parle à la femme dans une langue étrangère à celle de Saxxon. En réponse, Sura relâche la petite qui recule, les joues saignantes là où les ongles ont entaillés sa peau. L’Atréyade répond dans la même langue, quittant la place dans une démarche de reine. L’homme s’avance pour être bien vu. Saxxon le détaille : sa prestance, sa beauté froide, son calme… ses larges mains se serrent sur les deux barres de fer, il sent de nouveau la rage bouillonnante l’envahir, diffusant en lui une chaleur si peu commune qu’il n’entend pas le début de ses paroles.
— … en faites partie. Vous serez libres si vous nous obéissez et acceptez nos conditions. Les morts sont inutiles, le sang est précieux. Vous êtes précieux… mais pas irremplaçables. Vous avez le savoir-faire qu’il nous manque. Cela sera un gain de temps pour nous tous. Résistez si vous le souhaitez et mourrez bêtement. Nous n’exigeons rien de plus que la gestion de vos ressources. Continuez à vivre ici comme avant, à faire votre travail convenablement, nous gérons le reste. Moi, Hurlevent, vous promets sur le désert et sur mon vaisseau que vous aurez la vie sauve, de la nourriture et de l’eau en quantité, accès à une vie plus que correcte si vous suivez nos instructions. Je vous laisse réfléchir jusqu’à demain. Ceux qui veulent quitter la cité sont libres de partir mais sans avis de retour.
Hurlevent fait mine de quitter la place mais revient sur ses pas, un sourire en coin aux lèvres.
— Ah j’oubliais, toutes les lignes de communications vers les villes-bulles sont inactives à cause de la tempête. Me tuer ne changera rien, d’autres viendront après moi. Je suis bien plus magnanime que les autres. Je sais où est mon intérêt et il passe par votre coopération et votre survie. Trahissez-moi et vous connaîtrez la colère de Hurlevent : vos enfants seront vendus ou mis à mort, vos femmes seront données aux bouges des oasis et chaque homme sera torturé jusqu’à ce que mort s’en suive. Demain à la première heure, j’attends votre réponse.
L’homme quitte les lieux, suivi de ses hommes, laissant les troglodytes seuls.
Après les embrassades des retrouvailles, les discussions entre les adultes s’enchaînent. Rapidement deux groupes se forment : celui voulant suivre Hurlevent et un autre plus petit souhaitant se battre. Ce dernier est composé des plus jeunes. Saxxon reste caché, préférant ne pas se montrer. Il monte son propre plan alors qu’il écoute les conversations de plus en plus véhémentes entre les troglodytes. Féor sépare un groupe qui en est venu aux mains. Sa voix retentit contre les parois de roches.
— Suffit ! Nous devons rester unis et calmes ! Trop de morts sont déjà à déplorer. Essayons de réfléchir au lieu de nous battre ! Ce Hurlevent nous laisse la nuit. Utilisons ce temps de façon intelligente !
Les autres se taisent mais les visages sont marqués de chagrin et de haine. Féor s’assoit difficilement sur le sol, blessé à une jambe et au front. Il respire difficilement, frottant l’endroit où une de ses côtes a été enfoncée.
— Nous ne sommes pas assez nombreux pour résister. Les plus forts ont été habilement estropiés ou tués. Les pirates ont été assez malins pour utiliser les femmes et les enfants. La catastrophe de cette nuit rajoute à notre malheur. Soyons intelligents. Ils nous ont promis qu’on aurait la vie sauve si on coopérait, alors coopérons.
Plusieurs mineurs se dressent pour protester avec force. Le chef des mineurs lève la main pour calmer le jeu et continue sur sa lancée.
— Nous avons les enfants à protéger. Pour le moment nous n’avons pas d’autres alternatives que de suivre les ordres des pirates. Nous connaissons les galeries, nous pouvons nous en sortir mais restons tranquille.
Voyant que Féor arrive à contenir les villageois, Saxxon s’écarte de son point d’observation. A cet instant les pirates rappliquent en nombre dans la salle, Hurlevent à leur tête. Ce dernier attrape Féor par le col de sa veste, le menaçant d’un grand couteau.
— Deux hommes à moi sont morts. Qui a fait ça ? Je t’avais prévenu, mineur, que la trahison serait punie de mort.
Féor blanchit en tentant de parler. Le capitaine du Khamsin secoue l’homme malgré la différence de gabarit.
— Parle !
— Je… je n’en sais rien ! Nous sommes tous là !
— Tu mens ! Tu mens !
— Non ! Non je…
Hurlevent repousse l’homme dont la jambe lâche. Féor s’écroule contre Rédac. Le pirate fait signe à Moreau.
— Tue un enfant.
Féor se relève en hurlant.
— Non ! NON ! Je vous jure que…
Moreau met en joue un petit garçon que sa mère tente de protéger de son corps. Une barre de fer vole dans les airs, s’abattant sur le second de Hurlevent, lui brisant l’arrière du crâne. Le capitaine est recouvert de sang ainsi que de cervelle.
— QUI A FAIT CA !
Les pirates se tournent vers Saxxon, qui est assis sur la margelle. Il agite la seconde barre de fer.
— La prochaine est pour toi, Hurlevent !
— Je pourrais t’abattre comme une Sirène !
— Fais-le, je n’ai pas peur de mourir ! Mais je ne mourrai pas seul ! Tu m’accompagneras !
Hurlevent part d’un grand éclat de rire.
— Imbécile !
A cet instant, une décharge électrique de forte intensité, touche Saxxon qui s’écroule de son perchoir le corps parcouru de spasmes. La chute est de plusieurs mètres. Bethlehem s’approche du corps étendu avec précaution.
— Il est vivant ! Je ne sais pas comment il a fait, mais il est vivant !
Hurlevent hoche la tête.
— Kelvin, prend trois hommes et conduis-le à l’infirmerie. Tu es nommé second suppléant le temps que j’en trouve un autre.
L’analyste hoche la tête, désignant trois hommes pour porter Saxxon. Le capitaine se retourne vers les mineurs.
— Comme vous voyez, j’aurais pu le tuer mais je ne l’ai pas fait. Obéissez.
Féor, encore blême, hoche la tête. Hurlevent sourit.
— Bon garçon. Dormez à présent. Demain vous recommencerez l’extraction.
Les pirates quittent une fois de plus la place, laissant quelques hommes en faction.

4 commentaires:

  1. Yop me re pour le chapitre 5. Eh bien, tu commences fort dis donc. Direct accident grave dans la mine, pire même un désastre pour la communauté. Un véritable coup dur qui vient encore plus démontrer la dureté de leur monde. La fatalité si terrible qui ne peut être combattue et cette résignation à sauver des survivants… Les paroles de Féor sont terribles mais hélas bien vraie dans ce contexte. Saxxon a appris une dure leçon, le lecteur aussi d’une certaine façon ^^

    C’est terrible aussi la façon dont les villes-bulles ont à sucer jusqu’à la moelle les villes minières, plus toujours plus, peu importe les pertes humaines ou leur misère.
    Et là, deuxième coup dur pour la cité, une attaque des pirates, faisant des victimes supplémentaires après l’effondrement de la mine. Une petite pensée pour feu Enoch, c’était un bon bougre, paix à son âme ^^ Il semblerait que l’attaque et la mort de l’ancien aient réussi à faire ressentir quelques émotions fortes à ce très cher Saxxon, doit-on s’en réjouir ? Euh ouais c’est plutôt extrême comme réaction mais chapeau mon gars. Il ferait un parfait tueur dis !! Et ce lancer, je suis impressionnée ! C’est une première rencontre riche en émotions, pas vraiment en douceur XD

    Bon, pour l’instant Saxxon est prisonnier et blessé, son « talent » pour tuer trois hommes et s’être faufilé en douce lui donneront-ils des points vis-à-vis de Hurlevent, sera-t-il impressionné par la ténacité du jeune mineur ? Pleins d’interrogations, de nouvelles rencontres, pleins de choses à découvrir !! Kyaaah je file sur le chapitre 6 ^^

    Merci encore pour ce chapitre, j’adore toujours autant cette nouvelle histoire =D

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le chat est de retour ^^.
      Merci pour ce message. J'ai pris le temps de reporter tes commentaires de l'autre blog sur celui-ci.
      Oui, j'espère que la mise en scène ne t'a pas trop dérangé et que cela n'est pas trop... excessif !

      Supprimer
    2. Ah oui tu as transféré mes commentaires ici? O.O J'avais pas vu, wouah, je suis toute Gnémue!! *rougi*
      Oh non, ne t'en fait pas je n'ai pas trouvé que c'était excessif pas dans ce contexte en tout cas ^^

      Supprimer
  2. J'ai eu du mal à m'arrêter dans ma lecture pour écrire un commentaire, preuve que je me suis plongée dans l'histoire qui m'a complètement happé !
    Tout est très bien amené, même si on s'en doute gros comme une maison, le fait qu'il soit assommé est intéressant. . . ça le met en avant un peu comme un héro, un élu, mais un peu par la force des choses, même s'il en a le caractère par bien des aspects ! Bref je retourne à ma lecture ^^

    RépondreSupprimer