mercredi 18 septembre 2013

Sables : Chapitre 04



— Manœuvres d’arrimage terminées, Capitaine.
— Très bien, Varga. Kelvin, état du Khamsin.
L’analyste pianote sur sa console un instant, le regard concentré.
— Le dernier Haboob a laissé des traces : le pont 4 a perdu un bout de la coque, le moteur principal tient le coup mais les deux annexes sont sur le point de rendre l’âme. La direction est faussée et l’un des propulseurs a été emporté.
Bethlehem prend la parole.
— La station météo principale est morte.
Hurlevent hoche la tête.
— Nous allons rester la journée pour acheter ce qui nous manque. Nous ferons les réparations en route. Kelvin, prévois un roulement. Je ne veux pas que le Khamsin soit sans protection, surtout ici. Prévois aussi la paie des hommes. Une fois le boulot fait, ils auront quartier libre. Par contre Moreau, rappelle-leur bien qu’ici toutes les femmes sont malades. Hors de question qu’on ait une épidémie de chaude-pisse ou une invasion de morpion. Tout homme revenant sur le vaisseau porteur d’une saloperie, sera débarqué sans sommation.
— Bien capitaine.
— Cormoris, je veux que tu fasses personnellement le stock de munitions, et de la bonne qualité, pour une fois.
L’homme hoche la tête. Le capitaine se lève de son fauteuil.
— Je vais dans mes quartiers. La passerelle est à toi, Moreau.
Hurlevent quitte le poste de pilotage vers ses appartements. Il s’approche d’une des grandes baies pour regarder à l’extérieur en fronçant le nez. Dehors, la vie grouille autour de l’oasis. Il n’y en avait que très peu d habitées, et celle-là comme les autres, était un repaire de coupe-jarrets, de bandits, de prostitués en tout genre et de mendiants. Les déchets des villes-bulles. Les habitations de l’oasis sont plus ou moins solides, selon le temps de résidence ou bien de survie. Les rues, ou assimilées, ne sont que fange, gadoue et saleté. L’odeur est forte également. Mais ce qui a fait que Hurlevent choisisse cette oasis, plutôt qu’une autre, sont les forges et les mines de fer à ciel ouvert. En effet, le métal, directement traité après l’extraction est modelé en ce que le client à besoin, sur simple demande : pièces mécaniques, coque, armes, outillages… Il suffit d’en mettre le prix. Le pirate a un sourire supérieur. Tout était à vendre ici-bas. Tout ! L’amour, la loyauté, le courage autant que la nourriture, l’eau, le matériel…  Lentement il se dirige vers son armoire. Une fois ouverte, il la fouille un moment avant d’en sortir les vêtements choisis: Sur sa combinaison noire de survie, il enfile simplement une cape. Une lourde cape en velours cramoisi doublé en cuir de sirène. Il ceint ses armes, les voyantes et les plus discrètes. À sa ceinture se trouve un pistolet à long canon, à son poignet droit un générateur d’onde qui se sert du son comme arme, à son avant-bras gauche un trident. Dans toutes les petites poches de sa large ceinture se trouvent des mini-bombes solaires, des fumigènes, du poison ainsi que quelques remèdes de première urgence. Il cache également quelques armes à certains endroits stratégiques. Une fois fait, il se dirige vers le coffre dissimulé de sa chambre pour se saisir de deux bourses. Une petite avec quelques grammes de pierres à carburant taillées en petits lingots et une autre pleine de pierres diamantaires. Le capitaine épingle un badge de communication sur sa tunique, puis  se dirige vers l’oasis.
L’odeur est écœurante. Hurlevent ne peut s’empêcher d’avoir un rictus de dégoût. Même rictus qu’il a quand il croise les habitants de l’oasis. Ils sont sales, ils braillent, ils vivent dans la boue. Le sable si pur du désert est noir et fangeux. Il marche sur les chemins sur pilotis, essayant d’éviter les tas de déjections et d’ordures. Parfois il est obligé d’enjamber un corps, vivant ou non. Les habitations sont les unes sur les autres, certaines recouvertes de boue séchée, d’autres fabriquées de brique et de broque, aucune ne semble pourtant fermée. De temps en temps, des hurlements d’adultes se disputant ou des pleurs d’enfants démontrent la pauvreté autant d’éducation que de biens. Des gamins pouilleux lui tournent autour, tentant de lui dérober ses bourses. Il assène plusieurs claques de ses mains gantées, repoussant les marmots comme il peut, mais ils semblent revenir toujours plus nombreux. Des femmes le hèlent pour lui vendre nourriture gâtée, eau polluée, corps maladifs. Le pirate passe sans s’arrêter, avançant d’un pas rapide vers son but. Au loin les usines crachent de la fumée noire qui irrite la gorge et le nez. Le bruit incessant de la forge ainsi que des moteurs font presque trembler le sol. Amaury se dirige vers le bâtiment qui semble le plus solide et le plus durable. Une construction en pierre pourvue d’une porte solide gardée par deux armoires à glace.
— Je suis attendu.
Les deux armoires le dévisagent un long moment. Amaury reste de marbre. L’un des hommes tend les mains vers lui, il fait un pas en arrière.
— Pas d’armes chez le Prince.
Hurlevent retient un sourire. Il tend docilement le pistolet, le générateur et le trident aux hommes. Celui qui lui a fait signe, lui indique sa ceinture qu’il déboucle avec lenteur. Une fois la ceinture réceptionnée, l’armoire qui a précédemment parlé, lui fait signe d’entrer. Amaury est déstabilisé dans un premier temps par l’obscurité de l’antichambre alors que les Jumeaux brillent de tout leur feu à l’extérieur. Il prend donc le temps de s’habituer à l’ombre, nerveux. N’importe qui pouvait abuser de cet instant de faiblesse. Puis il se dirige vers l’ouverture d’où lui proviennent les voix d’hommes et de femmes. Le pirate s’arrête à l’entrée, découvrant avec lenteur les lieux et leur propriétaire. La pièce est plutôt grande, mais sombre. Elle est éclairée par des vasques montées sur pied. Dans ces vasques se trouve une sorte d’huile qui se consume lentement dans une flamme bleutée, dégageant une odeur âcre. Les murs sans fenêtre sont recouverts de tapis et de tentures. Leurs différentes couleurs rendent l’ensemble criard, limite vulgaire. L’air saturé des fumées de la poudre d’ange, est évacué par un immense ventilateur qui bourdonne en sourdine. Assis à même le sol se trouve le « prince ». Un homme d’une corpulence certaine, pour ne pas dire obèse. Son visage déborde de bajoues. Ses yeux noirs sont perdus derrière les renflements de peau. Seule une lueur d’avidité pure en émerge. Il est vêtu d’une tunique d’un blanc douteux où s’auréolent de larges plaques de sueur. Il est affalé sur une montagne de coussin. Derrière lui, lui tenant un éventail, se trouve une jeune fille à peine majeure, enchainée de son cou, au poignet de l’homme. Elle n’est vêtue que de quelques bijoux stratégiquement positionnés. Une autre femme plus âgée se tient de l’autre côté en retrait de l’homme. Elle est voilée des pieds à la tête d’un tissu translucide d’un noir profond. Elle porte un narguilé que le « prince tète comme s’il était au sein de sa mère. Autour de lui, se trouvent trois hommes. Deux à sa gauche et un à sa droite. Amaury s’avance d’un pas, entrant dans la pièce. Le « prince » s’arrête de parler, avisant l’homme. C’est avec de grands gestes qu’il invite Amaury à s’approcher.
— Ah ! Enfin, Hurlevent ! Bienvenue, mon ami ! Approche ! Installe-toi. Comme tu le vois, il ne manquait que toi !
Le pirate s’installe donc à la place libre, à droite du maître des lieux. Il a un signe de tête pour les trois autres hommes. Amaury prend une position faussement à l’aise, souriant à son hôte.
— Alors comme ça, Ali, tu te fais appeler « prince ». Tu as pris du galon !
L’homme a un geste négligé de la main.
— Les affaires sont les affaires ! Femme, serts-lui de l’eau. Et de la pure ! Je ne te présente pas les autres, vous vous connaissez.
La femme vêtue de noir s’éclipse dans un froissement de tissu. À côté d’Amaury se trouve un homme au visage en lame de couteau. Son nez comme son menton ont des arrêtes aigües. Ses joues sont balafrées de cicatrices. Il s’agit d’Anton Flibuste. Un pirate tout comme lui. En face, près d’Ali se trouve celui qui se fait appeler Le Forgeron. C’est l’homme qui dirige les forges d’une main de fer. D’ailleurs il n’en possède qu’une seule. Le reste de sa personne est massive de la tête au pied. Sous la graisse, due à l’âge, se trouvent toujours les muscles d’acier qui ont fait de lui un maître dans son domaine pendant plus de trois décades. Enfin, à côté de cette force de la nature, un homme plutôt menu, la tête chauve sur un visage lunaire. C’est le genre de personne qu’on voit mais qu’on ne regarde jamais. Un être sans consistance, presque fantomatique. C’est pourtant une personne incontournable de l’oasis. C’est lui qui fixe le prix de tout ce qui est monnayable. Il a une mémoire incroyable. Il porte le nom du Cambiste.
Toujours silencieuse, la femme en noir réapparaît, avec un plateau où trône une carafe d’eau pure ainsi que cinq verres vides. Elle le dépose au milieu du groupe. Ali lui donne un coup de pied, elle ne gémit même pas alors qu’elle s’écroule à genoux.
— Alors femme, qu’attends-tu pour nous servir ? N’en renverse pas une goutte, ou bien il t’en cuira !
Ali tire sur la chaîne, faisant ployer la jeune fille.
— Le narguilé.
La jeune femme se précipite, s’agenouillant pour lui tendre l’embout.
— Pas moi, pauvre idiote ! Les invités d’abord !
Ali sourit à ses visiteurs.
— Un peu de poussière d’ange ? De première qualité, soyez-en sûr! Mais avant, levons nos verres ! A notre future association !
Il est le premier à boire le liquide cristallin, incitant les autres à l’imiter car prouvant par ce geste que l’eau n’est pas empoisonnée. Une fois que chacun a bu une gorgée et que le narguilé a fait le tour, le Cambiste prend la parole d’une voix légèrement sifflante.
— Vas-tu nous dire enfin pourquoi tu nous as fait venir ? Je suis un homme tout autant occupé que toi, je te le rappelle.
— Allons, mon bon ami, un peu de patience.
La fausse bonhomie d’Ali exaspère Hurlevent. Il fait tourner son verre entre ses doigts. Ce fourbe a sûrement en tête un plan assez juteux pour être intéressant mais aussi dangereux, car Ali n’est pas du genre à faire des cadeaux sans attendre quelque chose en contrepartie. Amaury regarde la jeune fille qui lui présente l’embout du narguilé. Elle a la peau dorée, tout comme Ali mais contrairement à ce dernier, la sienne est loin d’être souillée de graisse ou de reste de maladie. Ses courbes sont encore jeunes, manquant de la lascivité d’une femme plus âgée mais elles ont une fermeté que peu de femme possèdent encore. Captant le regard du pirate, elle le regarde à travers de longs cils épais d’un noir absolu. Le sourire qu’il reçoit est loin d’être innocent, de même que le frôlement des doigts de la fille sur son menton qui pourrait passer pour accidentel. Amaury prend une longue aspiration de fumée de poudre d’ange. Il sent un moment son esprit se remplir de brouillard, puis tout semble tellement plus limpide. La poussière d’ange est tirée des excréments de l’ange des mers. C’est un cousin aux immenses raies Manta qui ont leur territoire autour des baies et des sables peu profonds. Les déjections des anges se mêlent au sable et lorsqu’elles se solidifient, cela devient un bloc friable qui, une fois traité et réduit en poudre, est une drogue très prisée. Elle peut se consommer brûlée, injectée, avalée, ou aspirée. À petites doses, ses effets sont délassants pour le corps et excitants pour l’esprit. Elle permet une accélération des connexions neurales. Pris à doses excessives, elle rend évidement dépendant. Elle crée l’illusion que tout va bien, laissant la personne dans un état semi-comateux de bien-être. Les gros consommateurs se reconnaissent aux abrasions autour de la bouche et du nez. Pour le moment, l’esprit de Hurlevent est clair. Les couleurs lui paraissent plus lumineuses, presque douloureuses. Il comprend enfin pourquoi Ali vit dans une semi-obscurité.
Le prince attend que ses invités retrouvent pied avant de renvoyer ses femmes d’un geste de la main. Il se les frotte ensuite puis se redresse sur ses coussins.
— Parlons peu mais parlons bien. L’association que je vous propose sera bénéfique pour nous quatre. Vous avez besoin de matériaux pour vos vaisseaux et j’ai besoin de matière pour vous satisfaire. Ne nous voilons pas la face, l’oasis est en train de pourrir sur place. Les mines ont de moins en moins de filons exploitables. Le fer perd en qualité et qui dit perte de qualité pour moi, dit perte de qualité pour vous. Le Forgeron est d’accord avec moi.
L’ancien maitre hoche la tête avant de renchérir.
— De même que la main d’œuvre. Plus le temps passe, plus les habitants sont avilis par la poussière d’ange. Je n’ai plus un seul homme compétent. Ceux qui pourraient être digne de mon art, sont réduits en bouillie par cette saloperie de drogue. Elle se glisse partout, même dans l’eau.
Le Cambiste se tord le nez avec les doigts.
— Je ne vois pas le rapport avec moi et les pirates, Ali.
— C’est pourtant simple. J’ai besoin d’une nouvelle mine de fer et de nouvelles mains d’œuvres, de qualité en priorité. Le commerce est plus que lucratif, tu seras le premier à le reconnaître, mais j’essaie de voir plus loin. Toi, Cambiste, tu es celui qu’il me faut. Il me faut un gestionnaire capable de négocier avec les villes-bulles elles-mêmes…
Anton Flibuste lève la main.
— Si tu veux négocier avec les villes-bulles, ne compte pas sur moi pour t’épauler. Si je suis un pirate, ce n’est sûrement pas pour me retrouver nez-à-nez avec elles.
Ali secoue la tête.
— Tu ne comprends pas, une fois que je serai assez puissant pour que les villes-bulles  comptent avec moi, j’aurai plus de pouvoir qu’elles et certaines choses vont changer. Nous pataugeons dans leurs détritus, nous vivons en-dessous de tout, d’eux, des mines… mais nous, plus que quiconque, avons le droit de vivre sur cette planète.
Amaury éclate d’un rire d’acier.
— Tu as trop abusé de la poussière d’ange, Ali.
— Laisse-moi finir, Hurlevent. La liberté que tu chéris plus que tout, l’océan de sable… que crois-tu qu’il arrivera si les villes-bulles décident de le coloniser ? Tous les cycles, elles s’agrandissent. Elles ont déjà avalé Contral, Mayerne, Toulouse… Chaque point d’eau est assimilé à plus ou moins long terme. Que tu le veuilles ou non, Hurlevent, même toi, tu as besoin d’eau. Et des fournitures que je te vends.
Le visage d’Amaury se durcit.
— Ne te crois pas indispensable. Tu n’es pas le seul sur le marché. Puis si ce n’est pas toi ici, ça sera quelqu’un d’autre là-bas.
Ali éclate de rire, finissant par claquer sa langue entre ses lèvres.
— Je ne suis pas indispensable, soit. Mais je suis le meilleur. Je suis le meilleur car j’ai réussi à m’entourer d’hommes doués et de confiance. Tue-moi, Hurlevent. Sors donc le poinçon empoisonné que tu caches dans ta manche, transperce-moi la gorge, expose ma tête au centre de l’oasis. Fais-le donc et perd ta plus belle chance d’affronter directement les villes-bulles que tu hais tant ! Je t’offre sur un plateau, dans quelques années, la possibilité de te venger d’elles. Pour cela j’ai besoin d’une mine prolifique et d’hommes et de femmes capables. Attaque une mine pour moi, tue la moitié des habitants, ne gardant que les meilleurs et les femmes. Je m’occupe du reste. Dans quelques années nous serons assez puissants, Hurlevent. A nous cinq, nous allons régner sur ce monde.
Anton applaudit lentement, de façon moqueuse.
— Quelle fougue ! Quelle ambition surtout ! Mais je ne vois rien d’intéressant pour ma part. Tu nous demandes de te libérer une mine, de risquer notre peau et nos hommes pour te faire un petit nid douillet. J’attends la contrepartie. Et je ne me contenterai pas d’une vague promesse lointaine. Qu’est-ce que tu m’offres Ali pour que je me salisse les mains pour toi ?
— Je ne suis pas un ingrat. Toutes les réparations à l’œil.
— Et le ravitaillement ? L’eau, la nourriture, les premiers soins ?
— Là, c’est toi qui abuses Flibuste ! Si tu veux un port d’attache, ce n’est pas avec quelques hommes tués que tu pourras l’avoir.
— Un port d’attache ? Je ne suis pas un saure de garde !
Le Cambiste lève les mains pour calmer le jeu.
— Restons polis, messieurs. Puisque tout se monnaye, laissez-moi le temps de réfléchir. Une cité minière comporte entre cent cinquante et cinq cents personnes. Pour atteindre le but fixé par Ali, il faudrait donc éliminer environ deux cent personnes pour les plus grosses. Ajouté à cela, que les plus grosses cités sont souvent les plus prolifiques et les mieux gardées, voire surveillées par les villes-bulles elles-mêmes, c’est un ajout de risque. Maintenant à voir si Ali est prêt à se contenter d’une cité de moindre importance mais moins sujette aux protections extérieures.
Le prince grogne un moment avant d’hocher la tête avec regret. Le Cambiste reprend.
— Bien. Ensuite Forgeron, de quoi as-tu besoin ?
— D’hommes pour la mine et pour les forges. Les femmes feront aussi bien l’affaire pour la construction et l’assemblage des pièces. D’ici, j’ai environ une cinquantaine de personnes dont je suis sûr.
— Tout cela ne va pas se faire sans heurt. Ce sont des mineurs, Si vous tuez leur famille croyez bien qu’ils ne vous laisseront pas faire. Je propose donc qu’au lieu de tous les tuer, gardez les enfants sagement dans un coin, avec les jeunes et quelques femmes. Les mineurs fileront droit.
Le Forgeron donne une claque retentissante dans le dos du Cambiste.
— J’aime ton idée, bonhomme.
Flibuste croise les bras.
— Ca ne me dit pas ce que tu peux me proposer pour mon aide, Ali.
— Laisse le Cambiste finir.
Le petit homme se masse l’épaule.
— Pour cela je propose qu’Hurlevent et Flibuste s’associent pour cette mission. Avec leur force combinée, ils pourront mater la mine choisie. Il suffira ensuite de vous séparer, l’un restant à la cité pour établir un semblant d’ordre en attendant l’arrivée d’Ali et du Forgeron tandis que l’autre attirera les rebelles sur les océans. En contrepartie, le ravitaillement et l’aide médicale seront gratuits pour vous deux à chaque demande. Mais tout ce qui touchera aux réparations et aux armes sera payant, comme aujourd’hui avec un tarif préférentiel. Bien sûr, vos allées et venues resteront discrètes et votre équipage évitera de faire du remue-ménage dans la cité. Comme cela la mine restera productive pour les villes-bulles qui n’y verront que du feu et Ali et le Forgeron pourront continuer leurs affaires.
Le prince se frotte les mains, puis regarde le capitaine du Khamsin.
— Tu es bien silencieux, Hurlevent.
— Je me demande comment tu vas réussir à donner le change face aux villes-bulles.
— Ne te soucie pas de cela. Tout est déjà prévu. Le plus difficile sera de tenir la population de la cité le temps que tout le monde s’y mette. Je me charge de leur faire comprendre qu’eux aussi ont tout à y gagner.
Ali tend la main au centre du petit groupe.
— Topez-là !

Amaury sort enfin de la réunion avec Ali et les trois autres. Le Cambiste reste avec le prince pour discuter de leurs affaires, Flibuste et Forgeron sont déjà partis. Lui, arrive dans l’antichambre. La poudre d’ange ayant fini de faire effet, c’est avec un léger mal de tête qu’il se prépare à affronter les Jumeaux. Sur une petite table, se trouvent ses armes. Il les remet une à une, prenant le temps de souffler pour assimiler ce qui s’est dit lors de la réunion. Soudain, une tenture bouge, dévoilant la jeune fille sans sa chaîne, mais nue. Elle s’approche du pirate d’une démarche ondulante, puis se colle à lui. Ses mains caressent le torse de l’homme à travers l’étoffe solide de sa tunique. Amaury reste de marbre.
— Que veux-tu ?
— Toi, beau pirate. Je t’attendais depuis si longtemps. Prends-moi avec toi.
Hurlevent hausse un sourcil, dévisageant la jeune fille.
— Pourquoi je voudrais de toi ?
— Je suis belle, je suis encore pure ! Je réchaufferai ton lit et te donnerai des fils ! Emmène-moi d’ici ! Je ne veux pas rester avec ce porc !
Amaury la repousse.
— C’est ton père.
— Et alors ? Il me vendra au premier venu s’il est assez riche ! Je ne veux pas passer ma vie enchaînée ! Ni à lui, ni à personne !
— Tu racontes des bêtises. Tu es saine, tu es nourrie, tu es protégée. Crois-tu que la vie sur un vaisseau pirate est faite pour toi ?
— Mais je ne suis pas libre ! Toi, parmi tous devrais le comprendre ! Il m’exhibe comme un animal au bout d’une chaîne. Aucune partie de mon corps n’est un secret pour personne ici. Prends-moi avec toi Hurlevent, je suis prête à faire n’importe quoi pour toi, pour quitter ce bouge !
Sans un mot, Amaury tend la main, prenant un sein encore enfantin entre ses doigts. Il le malaxe fortement, sans douceur. La jeune fille gémit entre surprise et douleur. De son autre bras, il l’attire contre lui. Sa main libre s’empare d’une fesse qu’il malaxe de la même façon que le sein. Le souffle de la jeune fille se coupe. Il lâche le sein de la fille, d’un léger coup de pied, il lui écarte les jambes. Ses doigts gantés se glissent entre les cuisses, commençant à fouiller son intimité. C’est un gémissement de douleur qui s’échappe des lèvres de la femme. Quand Amaury force les lèvres pour que son index s’insère en elle, elle le repousse avec force, en larmes. Le capitaine de Khamsin lui dédie un sourire supérieur.
— Retourne dans les jupes de ta mère, petite fille. La vie que tu souhaites n’est qu’un rêve d’enfant.
Sans un autre regard pour la fille en pleurs, Amaury regagne la rue fangeuse de l’oasis.

4 commentaires:

  1. Hello me revala sur ton nouveau blog tout beau, tout neuf ^^ Ça fait un moment que je suis pas passée et j’ai de quoi rattraper cool !! Alors déjà je te remercie pour ces nouveaux chapitres (je le dis ici pour les suivants aussi).

    On retrouve dans ce chapitre Amaury, ça me fait plaisir je suis très intriguée par ce pirate des mers de sables ^^ On dirait que les événements se mettent en route dès ce chapitre. Le Khamsin a besoin de matériaux et qu’il va falloir faire un raid pour s’en procurer. Saxxon, où qu’elle est ta cité ?? Ce chapitre confirme aussi mon intérêt pour ce cher Hurlevent, il est calculateur, méfiant (à juste titre dans ce monde). Bon ok, il se laisse tenter par un peu de poussière d’ange ^^ Les négociations vont bon train et on dirait que c’est ici que se joue le destin de certains personnages. Ses partenaires de négociations m’ont l’air tous aussi louches les uns que les autres. Et tout particulièrement ce prince… Je me fais une de ses images de lui, c’est vraiment pas très flatteur XD. Et quel odieux personnage, il a réduit en esclavage sa propre fille (ou presque), ça craint ! D’ailleurs, c’est la 2ème femme que Hurlevent se met à dos, on dit jamais 2 sans 3, et si j’étais lui, je me méfierais, les femmes peuvent être de vraies vipères…

    Eh bien, un chapitre fort intéressant et d’une richesse niveau description du monde, des personnages… J’adore toujours autant, un vrai régal à lire. Je suppose qu’on va voir par la suite l’attaque de la cité minière, surement celle de Saxxon. J’y go de suite vers ce chapitre !! >o<

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    1. Ca me fait plaisir de te retrouver pour la suite des aventures d'Amaury et Saxxon :)
      Oui le Prince est trrrrèèès louche. Aller, va donc lire à suite, je te retrouve après ^^.
      ton conseil sur les femmes est pertinent ! je vais tenter d'en glisser un mot à Amaury.

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    2. Oui j'y cours, entre les préparations pour le diner XD
      J'ai un mauvais pressentiment sur ce prince, gare à ce que Hurlevent ne se fasse pas avoir par ce grossier personnage!! ^^ Et aussi gare aux femmes oui XD

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  2. Bon quand c'est un chapitre du PDV d'Amaury il est toujours très dense, on vogue de lieu en lieu faisant augmenter la liste des personnages secondaires ! Mais cette fois c'était plus clair. Les descriptions sont riches et les conversations compréhensibles. Mais encore une fois ce petit truc à la fin m'a laissé perplexe. On ne sait pas sur quel pied danser avec ce perso et ce côté cruel pour au fond faire le bien je ne sais pas si c'est la meilleure approche. En tout cas c'est la sienne, radicale et à son image. . . Il va me falloir un peu de temps à m'adapter je pense, c'est dérangeant.

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