mercredi 18 septembre 2013

Sables : Chapitre 02



Amaury quitte sa couche. Il enfile un peignoir en riches étoffes sur son corps nu, sans l’attacher. Ses cheveux longs sont emmêlés. Il reste un moment à regarder le corps alangui sur ses draps rouge sang. La femme est magnifique. Une beauté à la peau noire et veloutée aux courbes exquises. Ses cheveux sont pourtant blonds comme le sable du désert, contrastant de façon saisissante avec le reste de sa physionomie. Cette femme fait partie du peuple des Atréyades. Le seul peuple réussissant à vivre dans le désert sans la protection des roches troglodytes ou bien des dômes inébranlables des villes-bulles. Son nom est Sura. Dans sa langue ce mot est celui utilisé pour : la clé. Amaury ne connait pas exactement l’âge de Sura, proche du sien surement mais avec le peuple du désert, c’est assez délicat de savoir. En silence, il quitte la chambre richement meublée qui est la sienne. Sous ses pieds, malgré les épais tapis, il ressent les vibrations de son vaisseau. Un engin de métal et de verre de plus d’une centaine de mètres de long. Une ligne taillée pour la vitesse et le combat. Sa coque est faite en un matériau résistant aux sables corrosifs, aux vents des tempêtes de niveau trois mais surtout à la chaleur. Son vaisseau, Amaury en est fier.  Depuis maintenant huit ans il sillonne, avec son équipage, les mers de sable de la planète, sans loi, sans règle sauf celle qu’il impose à ses hommes. Amaury est Hurlevent.
Hurlevent. La seule mention de son nom fait trembler les hommes. Il n’est pas le seul pirate sur les mers de sable, ils sont tout au plus une douzaine. Pourtant sa réputation est la plus sanglante. Amaury ne se considère pas comme un barbare sans limite, se vautrant dans le sang et la luxure, il est du genre méticuleux à l’ouvrage. Quand il frappe il frappe juste et fort. On le dit cruel mais de son point de vue, c’est le contraire. Laisser vivre des enfants alors que les parents sont morts est, pour lui, une mort lente et beaucoup plus barbare que réunir les familles. La vie n’est pas toute noire ou toute blanche, elle est dure. Piller pour s’enrichir ou satisfaire ses besoins, tuer pour se protéger et ne laisser aucune trace, fuir, se battre, résister, vaincre… pour Hurlevent la liberté est à ce prix. Rien ni personne ne se mettra entre elle et lui. Libre il est, libre il restera.
Amaury laisse derrière lui la chambre emplie d’odeurs de plaisir, pour le salon qui compose le reste de sa cabine à bord du Khamsin. De là, il a une vue sur le désert à travers les épaisses vitres de protection. Seul endroit, avec le poste de pilotage en dessous, où il y a une vue directe sur le désert. Ailleurs, pas de vitres mais des écrans reliés à diverses caméras intégrées dans la coque, donnent une impression d’espace. Le pirate pose la main sur le vitrage. Dehors le vent se lève, décapitant les dunes mouvantes, telle l’écume sur la mer. Le ciel jusque-là immaculé se couvre lentement de nuages d’un gris sombre. Hurlevent sourit. Un bon jour pour monter une attaque. Il rejoint son bureau, se servant un verre d’eau pure. Les pans de son peignoir ouvert dévoilent son corps sans pudeur. Amaury possède une peau pâle, comme les gens des villes-bulles. Il a un corps plutôt longiligne et sec. Son port est altier. Son visage fin est agrémenté d’un nez aquilin ainsi que des lèvres fines. Ses yeux en amande d’un vert olive rehaussent la beauté austère de ce visage. Pourtant ses traits sont figés dans un masque d’implacabilité. D’un geste distrait, il attache ses cheveux noirs avec un lacet qui traine sur son bureau. Amaury allume la petite console devant lui, regardant les paramètres du Khamsin. La dernière tempête a laissé des lésions non encore réparées qu’il faudra rapidement consolider par peur de ne pas survivre au prochain haboob. Les réserves de pierres à carburant et d’eau s’amenuisent dangereusement. Une razzia sur les villes minières devient de plus en plus nécessaire. Le capitaine appuie sur une touche du pupitre.
— Moreau, dans mon bureau.
Une fois son appel lancé, il prend le temps de refermer convenablement son peignoir vert moiré de brun et de discipliner un peu mieux sa chevelure abondante. Elle lui cascade jusqu’au milieu du dos, plusieurs fois son second lui a fait la remarque de la couper car celle-ci est un danger potentiel, dans les corps à corps, entre autre. Il a toujours refusé. Depuis huit ans, Amaury ne l’a pas coupé et ne la coupera pas. Avant d’attacher plus soigneusement ses cheveux, il y passe les doigts. Comme les strates dans la roche, chaque centimètre pourrait raconter sa vie. Amaury les natte rapidement alors que Moreau arrive. L’homme est imposant. Une carrure impressionnante, un dos et des épaules très larges, des bras épais et noueux comme un vieil arbre, un visage aux traits simiesques mais un regard d’un bleu pâle respirant l’intelligence. Amaury sourit intérieurement. Une règle qu’il a appris très jeune : ne jamais se fier aux apparences. A première vue, Sura est une femme magnifique mais elle cache un caractère instable et violent. Moreau pourrait passer pour un demeuré qui ne pense qu’avec ses muscles mais, même s’il sait agir avec ceux-ci, c’est son cerveau le plus musclé. Quant à lui, que dire sur sa personnalité ? Oui, les gens sont rarement ce qu’ils paraissent.
Moreau entre dans le bureau de son supérieur. Il a l’impression de changer de monde. Il passe du gris des coursives à un monde empli de tapis moelleux, tentures brillantes, coussins soyeux, meubles précieux en bois. En vrai bois des villes-bulles. Malgré le fait que chaque meuble soit boulonné au sol, l’ensemble est harmonieux en plus d’être fonctionnel. L’homme dévisage le capitaine derrière son bureau. Deux qualificatifs lui viennent immédiatement à l’esprit : élégant et austère. Moreau reste devant le bureau d’Amaury, essayant de décrypter l’humeur de son capitaine. Plutôt serein, cela le rassure. Amaury pianote encore un instant, puis lève ses yeux vers son second.
— Au rapport.
Moreau se racle la gorge.
— Vivres à 40%, Pierres à carburant 36%, eau 46%.
Le capitaine fait un geste vague de la main.
— Je sais, je sais. Je viens de le lire dans le rapport de bord. Du concret Moreau.
— Bien capitaine. Les hommes sont plutôt en bonne forme mais la dernière escale remonte à assez longtemps pour qu’ils deviennent maussades, voire impatients. Plusieurs bagarres ont été signalées surtout au niveau de la machinerie. Ils sont en sous-nombre donc plus soumis à la pression. Je vous suggère d’organiser une sortie récréative. Les femmes ne sont plus assez nombreuses. Les hommes… restent des hommes. Au niveau des naissances, il y a eu trois nouveau-nés dont deux décédés. Un début d’épidémie de Rosela déclaré au niveau central mais circonscrite par le médecin. Il demande de refaire les stocks de médicaments et de renouveler les instruments chirurgicaux. Cela fait cinq cycles que vous êtes enfermé dans vos quartiers, je vous suggère de sortir prendre vous-même la température du bord, cela rassurerait les hommes. La présence de Sura prête à confusion et…
— N’importe quoi !
Moreau sourit.
— Quand les hommes s’ennuient, les hommes parlent, capitaine. Il serait bon de mettre fin aux rumeurs.
— C’est bon, j’ai saisi. Vois avec la vigie s’il n’y a pas un groupe de sirènes ou d’espadons. On va organiser un tournoi de pêche. Le vainqueur aura sa solde de pierres à carburant doublée. Fais également une liste des différentes mines à proximité avec une évaluation de leur protection ainsi qu’une indication sur les dernières livraisons.
— Ca sera fait, capitaine.
— Ne dis pas aux hommes que je participerai au concours. Je vais me préparer, tu peux disposer.
Un hochement de tête suivi d’un demi-tour et Moreau quitte la cabine du capitaine. A peine la porte s’est-elle refermée sur le second que Sura apparait, nue, à la porte de la chambre. Elle passe sa main dans son étrange chevelure d’un geste alangui.
— Alors mon beau capitaine, tu m’as laissé seule.
La femme s’avance vers Amaury d’une démarche chaloupée, venant se coller contre lui. Sa main passe dans l’échancrure du peignoir, caressant la peau de l’homme tout en entrouvrant de plus en plus l’étoffe. Amaury la laisse faire tandis qu’elle presse sa poitrine généreuse contre son torse. Alors qu’elle arrive à la ceinture, il lui saisit le poignet pour l’écarter. La femme gronde, résistant à l’éloignement mais le capitaine la repousse.
— Ça suffit ! Il me semble t’avoir dit de ne pas abuser de ma patience.
Sura reprend sa main, l’arrachant à la poigne du capitaine. Elle commence à l’insulter dans la langue des sables. Un vocabulaire empli de consonnes agressives. L’homme sourit froidement.
— Eh oui ma chère, la lune de miel est terminée. Retourne dans tes quartiers, je suis sûr que tu ne finiras pas la nuit seule. Tu sais trop bien t’y prendre.
— Il me semble que tu as pris assez de plaisir dans mon corps, capitaine.
— En effet mais tu n’étais pas en reste.
— Aucun homme ne me repousse, capitaine.
— Il faut bien une exception.
La femme l’insulte de nouveau dans sa langue, il éclate de rire.
— Je ne l’ai jamais caché, Sura. Tu le savais parfaitement. J’en ai autant à ton service, ma beauté.
Le capitaine se détourne de la femme qui, de rage, tente de renverser une chaise. La chaise pourtant ne bouge pas d’un centimètre. L’homme se retourne vers elle, un sourire amusé aux lèvres.
— Les boulons, ma beauté… les boulons.
L’Atreyades lâche un mot qui claque dans la pièce. Le visage du capitaine se fige, avant de se déformer de rage. La gifle part, envoyant la tête de Sura en arrière.
— Garce !
Elle se redresse, léchant la perle de sang sur sa lèvre sombre, un sourire vainqueur aux lèvres. Le défiant du regard, c’est nue qu’elle quitte la cabine.
Une fois seul, le capitaine prend le temps de se calmer. Le calme et la maitrise sont des armes absolues. Tant qu’un homme reste maitre de lui, ses adversaires sont en mauvaise posture. Il répète ce mantra tandis qu’il s’habille. Rien d’excentrique, les vêtements plus habillés sont pour d’autres occasions. Amaury revêt donc une combinaison standard d’un noir profond. C’est un habit fabriqué dans une matière ultra-résistante et extensible, à base de kevlar ainsi que de fibres de carbone, travaillées et traitées, pour effacer un maximum de ses défauts. La combinaison se porte à même la peau, moulant le corps pour faciliter les mouvements. Alors qu’il ferme les attaches, Amaury disparait pour laisser place à Hurlevent.
Hurlevent rejoint les coursives, arpentant les ponts d’une démarche conquérante. Ses yeux s’égarent sur son vaisseau. Chaque lieu, chaque boulon, chaque levier sont ici grâce à lui, et à son équipage. Ses doigts gantés frôlent la coque. Les matelots stoppent leurs tâches le temps de le regarder passer. Puis le travail et les murmures reprennent. En chemin, Hurlevent les salue, s’enquérant de leur santé en les appelant par leur nom. Le capitaine se fait un devoir de connaitre celui de chacun de ses hommes. Il descend donc les coursives vers le poste de pilotage.
Son arrivée se fait silencieusement. La porte coulisse dans un souffle, révélant la pièce de commandement. Son siège est vacant, situé au centre et en hauteur de la plateforme. De part et d’autre se trouvent les différentes consoles correspondant aux divers postes du vaisseau. Le poste de combat est tenu par un homme d’une cinquantaine d’années aux cheveux poivre et sel. Son visage est buriné par le soleil et ses traits sont taillés à la serpe. Il s’appelle Cormoris. Au poste de pilotage se trouve une femme, la seule femme de l’équipage ayant un rôle autre que l’intendance ou le plaisir. Elle s’appelle Varga. Elle n’est pas jolie, ni même mignonne avec son visage ingrat ainsi que son corps rond sans réelles formes. Mais son esprit analytique de niveau supérieur à la moyenne, fait d’elle un élément indispensable au fonctionnement du Kamshin. A la vigie se trouve Bethlehem : un jeune homme dans la vingtaine tout en nerfs, parcourut de tics nerveux. Ses cheveux couleur sable sont tout le temps en épis car il y passe sans cesse les mains. Il est toujours en mouvement c’est pourquoi son poste, comportant le radar, le sonar et les stations météo, est tout à fait adapté pour son débordement d’énergie. Aux traitements des données se trouve Kelvin. Par son teint trop clair et ses cheveux presque blancs, il est facile de déduire qu’il vient d’une ville-bulle. Son visage ressemble à celui d’une poupée mais ses yeux sont glacials et le pli de sa bouche, amer. Moreau se place sur le fauteuil à droite de son capitaine, gérant les données globales du vaisseau. Amaury prend note des différentes données en souriant. Bethlehem fait pivoter son fauteuil vers son capitaine.
— Capitaine, il y a un groupe de sirènes d’une trentaine d’individus à moins de cinquante temps.
— Bien. Nous irons donc. Moreau fait une diffusion. Concours de pèche à la sirène avec double solde au vainqueur. Cela se calculera à l’année de la sirène. Par contre, pas de massacre, on fait cela pour le sport. Une sirène blessée équivaudra à un malus. On évite les jeunes.
— Bien capitaine.
Le second pianote sur sa console pour passer le message. Une minute plus tard, la voix de Sura, qui s’occupe des diffusions, retentit dans les coursives, expliquant la marche à suivre. Varga prend la parole.
— Vous comptez utiliser quelle munition pour la pêche ?
Amaury ne relève pas l’absence de son titre. Varga est une pierre brute qui n’a jamais été taillée, il l’accepte parfaitement.
— Aucune, ma belle. Nous le ferons à l’ancienne avec des filets et des tasers.
La femme acquiesce, grimaçant un sourire, satisfaite de cette décision. C’est Cormoris qui complète.
— Parce que c’est bien beau, ça. Mais il faudra rapidement faire le plein de munitions, là !
— C’est noté. Autre chose ?
Kelvin sourit au capitaine.
— Tu comptes faire une escale dans peu de temps ?
La voix de l’analyste est veloutée, comme ses yeux caramel. Amaury hoche la tête. Leur passif lui permet le tutoiement. Le sourire du blond s’accentue.
— Je rêve d’un vrai lit, d’un repas de bonne qualité dans un endroit qui ne sente pas la crasse, d’entendre le chant des oiseaux…
Le rire du capitaine résonne sur la plateforme.
— Mon cher précieux… parfois je me demande ce que tu fais ici.
— Je te suis essentiel, Amaury. Tu le sais parfaitement. Puis ma compagnie est agréable… d’ailleurs mes nuits sont solitaires en ce moment.
Bethlehem s’étouffe en lui jetant un regard colérique. Kelvin sourit.
— Je ne parlais pas pour toi, mon petit cœur.
Le jeune homme à la vigie grogne quelque chose d’inintelligible. Varga sourit de façon sarcastique. Kelvin redevient sérieux.
— Une escale devient vitale, Capitaine. Pour les hommes et pour le Khamsin. Même une oasis ferait l’affaire mais nous vivons trop entre nous pour pouvoir souffler.
Le regard vert olive d’Amaury se durcit.
— Moreau m’a déjà passé l’information.
Voyant le visage tendu de son capitaine, Kelvin se tourne vers sa console. Un silence pesant s’installe sur la cabine. L’équipe principale est habituée au changement d’humeur du pirate. Moreau brise le silence.
— Je vous ai transféré la carte que vous m’avez demandé. J’ai relevé trois endroits qui correspondraient à vos exigences.
— Bien. Je prendrai ma décision tout à l’heure.
— Banc de sirènes en vue, Capitaine.
— Parfait, Tem. Je vais me préparer. Moreau, veille à ouvrir le pont trois et fournir les accessoires aux hommes. Sors les Chags.
— Je fais préparer Eagle ?
— Oui, je le monterai. Je rejoins les garages. La passerelle est à toi, Moreau.
— Bien Capitaine Hurlevent.
Amaury quitte le poste de commandement pour descendre plus profondément dans le cœur du Khamsin. Déjà plusieurs dizaines d’hommes sont présents sur la plateforme de lancement des Chags. Ce sont des véhicules sur coussin d’air ressemblant à des motos, adaptés au désert. Il se dirige vers le fond de la plateforme vers un vieil homme vouté qui frotte la carrosserie d’un Chag particulier. Amaury pose délicatement sa main sur l’épaule de celui-ci. Il sursaute violement avant de sourire au capitaine. Il lui manque une grande partie de ses dents, son visage est ridé autant qu’une vieille pomme, mais ses yeux brillent de vie. L’ancien prend le poignet du capitaine pour lui faire faire le tour de la machine. Sa main libre bouge dans des gestes saccadés. Hurlevent éclate de rire, se libérant doucement de sa poigne. Lui aussi commence à bouger les mains tout en parlant.
— Calme-toi Yapee. Je vois bien qu’elle est belle.
L’homme répond avec ses mains, lui expliquant qu’il l’avait modifié de diverses façons. Hurlevent rit devant l’enthousiasme du mécano sourd. Il lui tape sur l’épaule, puis récupère les clés. Après avoir enfourché Eagle, Hurlevent lance la machine qui est quasi silencieuse et la laisse glisser vers le désert. Un a un les autres Chags rejoignent la formation.
La chaleur étouffante du sable monte le long des cuisses des hommes. La réverbération des soleils jumeaux brule les yeux malgré les protections des casques. Les combinaisons noires s’activent, régulant la chaleur et récupérant la sueur en circuit fermé. Un masque à oxygène se positionne sur la bouche et le nez des participants. Plus une once de peau n’est en contact avec les rayons des soleils jumeaux. Les ondes radio ne passant pas, à cause des différentes pierres présentes dans le sol, les pirates ont inventés un langage gestuel ainsi que visuel avec des éclats de miroir. Hurlevent prend la tête des pirates, leur faisant signe d’avancer.
Autour des hommes, l’océan de sable. Un endroit aussi fluide que de l’eau, où les dunes s’enchainent telles des vagues. A perte de vue l’ocre, l’or et le safran. Sous la surface des êtres vivent et survivent. Poissons, mammifères… plongeant au cœur du monde, jusqu’aux roches inébranlables de la planète. La vie grouille plus nombreuse que celle de la surface. Parfois un animal troue la matière, dévoilant sa masse, puis s’enfonçant de nouveau sous le sable dans un geyser de poussière.
Les Chags avancent dans un silence relatif. Seul le frottement des véhicules résonne dans l’absolu du désert. Parfois quelques éclairs éblouissent les pirates, leur indiquant un changement de direction. Après une dizaine de minutes, le groupe arrive en vue des sirènes. Celles-ci remontent à la surface à intervalle régulier pour respirer. De loin, une sirène ressemble à la femme-poisson de la légende. Mais de près c’est un animal couleur chair, au cuir épais et résistant. La tête ronde possède un œil immense qui prend le tiers de la surface. À l’arrière du crâne une nageoire qui grandit selon le nombre d’année de l’animal. Sous l’œil une bouche ronde remplie de dents aussi coupantes que des lames de rasoir. Le corps de l’animal mesure environ deux mètres, finissant par une protubérance en forme de queue. Pour se mouvoir plus facilement deux bras aux doigts palmés finissent l’ensemble. Le cri particulier des sirènes résonne contre les dunes, se répercutant en écho déformé.
Les pirates se mettent en formation, suivant les indications de leur leader. La vingtaine de Chags entoure le groupe de sirènes. Les animaux, sentant la menace, se regroupent, eux aussi. Les sirènes sont des charognards, elles ne sont donc pas dénuées de défense. Elles sont considérées comme des animaux dangereux, voire mortels. Lentement, les hommes rapprochent leurs engins du groupe de tête. Les plus âgés des charognards se mettent en avant, protégeant les nouveaux nés. Leurs cris deviennent assourdissants, s’organisant dans un chant unique qui se transforme en arme. En effet, les sirènes utilisent les sons comme autant d’armes tranchantes. Des arcs électriques clignotent d’un Chag à l’autre, alors que les hommes allument leur taser de combat.
La première ligne des humains s’approche de la tête du banc, pour tenter d’intercepter et de neutraliser les mâles les plus coriaces, mais le chant des sirènes fait son office. Certains hommes, rendus sourds par les ondes, perdent le contrôle de leur véhicule, allant s’écraser contre les dunes. D’autres voient leur combinaison lacérée par les lames soniques. Malgré la difficulté, les hommes réussissent à scinder le groupe, coupant les mâles des femelles et des nouveau-nés. Plusieurs sirènes sont déjà emprisonnées dans les filets des pirates. Mais alors que les sirènes se réorganisent pour passer à l’attaque, elles se figent pour disparaitre d’un coup. Les pirates restent un instant interloqués mais une sonnerie puissante les réveille. Le Khamsin arrive à pleine puissance, suivi de près par un ciel chargé de nuages oscillant entre l’ocre et le noir.
Déjà le sable autour des Chags s’agite, dû aux fortes bourrasques de vent brulant. Les pirates à terre se précipitent sur leur machine ou celle de leur collègue pour tenter d’y monter. En quelques instants le ciel est empli de particules cinglantes qui aveuglent tout en ralentissant les mouvements. Hurlevent fait de grands gestes incitant ses hommes à regagner la sécurité du vaisseau. Le temps leur est compté. Malgré leur célérité, deux hommes ne réussissent pas à grimper à bord du Khamsin et se retrouvent engloutis par le désert. Leur mort est quasi immédiate.
Dans le silence relatif de la plateforme de lancement, les hommes survivants restent sonnés. Plusieurs blessures, dues autant aux sirènes qu’à la tempête, sont à déplorer. L’un des participants au tournoi en mourra quelques heures plus tard.
Amaury retourne dans ses quartiers, donnant congé au vaisseau le temps que la tempête passe. L’ambiance déjà morose, se noircit encore plus suite à la tragédie. Une fois dans ses appartements, Amaury s’affale sur son fauteuil, lançant le programme musical de sa console. Les accords lancinants des violons se mêlent aux accents plaintifs des instruments à vent. Il se laisse transporter par la musique un long moment. Puis, rouvrant les yeux, il consulte le rapport de Moreau sur les mines troglodytes. Trois sont à moins d’un cycle de leur position : Narval, Edonnie, Falaise. Il fait son choix, validant leur prochaine cible d’une simple pression sur la carte. Sous lui, il sent les moteurs du Khamsin sortir de leur veille.

4 commentaires:

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    Nekonouille
    lauregremillet@hotmail.fr
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    Envoyé le 23/07/2013 à 19:56
    Coucou, ça y est j’ai enfin pu me poser tranquille et apprécier ma lecture de ton deuxième chapitre, avec du retard hélas snif. Ah encore une fois, je reste bluffée tant par la qualité de tes descriptions que par tes créations. On découvre ici de nouveaux personnages, un nouveau mode de vie, bien différent de celui des villes troglodytes. J’avoue que j’ai un faible pour les pirates. Alors des pirates du désert, je les adopte!! XD Bon ok, tout n’est pas rose loin de là, tu expliques bien justement le côté sanguinaire de la voie qu’ils ont choisie. Après tout ils vivent dans un monde rude, où la moindre faiblesse ne pardonne pas.
    Alors, ce très cher Amaury, il me semble des plus intéressants comme personnage… Un bon commandant, respecté de ses hommes, qui aime aussi prendre du bon temps. Mais attention mister, rien de plus dangereux qu’une femme qu’on rejette de cette manière ^^ Son équipage a l’air de former une bonne équipe et j’ai été surprise de voir que tu as même créé un personnage sourd ou mal-entendant, et Amaury connait le langage des signes, encore un bon point pour lui XD.
    Là aussi avec cette chasse aux sirènes et la tempête de sable, tu nous montres la dangerosité du quotidien de ces habitants. Ah et pour le prochain pillage, mon petit doigt me dit qu’il va s’agir de la ville de Saxxon XD Enfin… on verra bien hein, je suis sure que tu nous réserves plein de surprises…
    Merci beaucoup pour ce chapitre, j’ai tardé un peu pour le lire, mais j’ai d’autant mieux apprécié ce que j’ai lu et me faire une idée très précise du mode de vie de ces pirates ^^ Alors bravo, et surtout bonne continuation à toi!! Plein de besos miss =D
    A pluche ^^

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  2. report des commentaires
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    Ellie
    ellie.cute3@gmail.com
    88.219.30.140
    Envoyé le 16/07/2013 à 21:10
    Bonjour,
    Je viens de lire les 2 premier chapitres de cette webfiction et j’aime beaucoup ! Pour l’instant on découvre les personnages et je les trouve intéressant, j’ai hâte d’en savoir plus sur eux ! L’histoire a vraiment l’air intéressante !
    Bon courage pour écrire la suite ^^
    ps : Est ce que vous allez publiez cette webfiction au format papier comme vos autres livres ?

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  3. LadyKya
    dracobaskervyl@wanadoo.fr
    109.219.28.161
    Envoyé le 16/07/2013 à 22:36
    J’aime bien le changement de point de vu!!! J’espère que même après la rencontre cela continuera ainsi!!!
    Superbe chapitre 2!!! Par contre je crois qu’un petit lexique serait intéressant! ^^ car même si on devine, le point de vu de l’auteur (c’est à dire toi) (lol) est toujours un plus.
    C’est vrai que le papier moi je préfère!!
    Je suis de tout coeur avec toi!!!

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  4. Alors pour ce chapitre 2 je suis sceptique. . . et un peu perdue ! Si j'ai bien aimé le début et l'entrée en scène d'Amaury (rebaptisé dans mon esprit Heathcliff XD), son caractère et sa façon d'être qui sont attirants mais après j'ai plongé dans la difficulté jusqu'à m'en noyer légèrement. On nous présente des persos comme une liste de course (dans le sens l'un à la suite de l'autre) et je dois y revenir à chaque fois pour me rappeler qui est qui car je me perds dans les conversations. Bon ça encore je pourrais m'en souvenir aux fils des chapitres. Mais ensuite y a cette scène de quidditch à la sirène qui dure deux minutes pour finir avec des morts pour. . . et c'est là que ça me chiffonne vraiment, même si j'ai compris plus ou moins dans l'ensemble ce qu'il se passe, sans que ça me semble fluide, je n'en comprend pas du tout le but ! Surtout qu'Amaury sait qu'il va faire un temps de chien, qu'il en avait l'air content disant que c'était un bon jour. . . bah il commence pas vraiment bien son jour, sauf si on a pas la même définition du mot "bien". Bref un chapitre pour introduire un nouveau perso, un nouveau mode de vie, mais un peu lourd à mon goût !

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